Mali. Phytothérapie et contre-indication: «Ce qui a été pris à la nature doit être rendu à la nature», pas jeté à la rue

Des résidus de feuilles et d’écorces d’arbres liés à certaines prescriptions de tradithérapeutes jonchent les rues et carrefours de Bamako.

Le 30/01/2026 à 10h31

VidéoEn médecine traditionnelle, l’usage de différentes parties de plantes est très répandu à la seule condition que les résidus, après usage, doivent être rejetés dans leur milieu naturel. Ne respectant pas cette contre-indication, certains patient s’en débarrassent dans des endroits les plus insoupçonnés.

À Bamako, il n’est pas rare de voir des résidus de feuilles et d’écorces d’arbres joncher rues et carrefours. Ce phénomène est lié à certaines prescriptions de tradithérapeutes, qui recommandent, après un traitement, de se délester des restes de plantes dans la nature.

Pour le chercheur et traditionnaliste Fodé Moussa Sidibé, «guérir par les plantes est notre héritage commun, personne n’est venu nous apprendre comment se soigner avecles écorces ou les racines».

Il ajoute que «la maladie qui est dans le corps sort à travers les plantes, elles-mêmes éléments de la nature». Dans cette logique, explique-t-il, «lorsqu’on prélève des écorces pour soigner un malade, on prend quelque chose à la nature qu’il faut restituer à la nature».

Tout en défendant cette approche, il dénonce cependant l’incivisme consistant à jeter ces résidus sur la voie publique. Il conseille aux praticiens et aux patients de privilégier des lieux appropriés: «les tradithérapeutes doivent dire clairement aux malades qu’après utilisation, les résidus doivent être jetés en brousse, et non dans la rue».

Même son de cloche du côté de Dr Mohamed Berthé, environnementaliste, qui fustige ces pratiques. «Il s’agit d’un dépôt illégal de déchets sur la voie publique», rappelle-t-il, estimant que «le domaine public doit être protégé contre toute forme de nuisance et de pollution». Il souligne également l’existence d’interdictions encadrant ce type de comportement.

Pour endiguer ces dépôts sauvages, Dr Berthé plaide pour une réponse à plusieurs niveaux: «Informer et sensibiliser les citoyens, mais aussi faire appliquer la loi». Il appelle, en outre, à une mobilisation des agents assermentés et, en dernier ressort, à l’intervention de la justice afin de sanctionner les contrevenants.

Par Diemba Moussa Konaté (Bamako, correspondance)
Le 30/01/2026 à 10h31