Dépression, désespoir, croyances, rituels liés au sacrifice... ce ne sont pas les justifications qui manquent pour expliquer le choix du 3e Pont de Bamako pour se suicider. Certains voient dans l’éloignement de cette infrastructure de toute agglomération la raison de ce choix, ce qui réduit la possibilité de l’intervention d’une personne tierce qui pourrait contrarier le projet mortifère. D’autres, moins pragmatiques, croient savoir que ce pont long de 1.600 mètres est le lieu de rencontre des esprits qui hantent les eaux du fleuve Niger.
Mais le traditionnaliste Kolokoto Doumbia est d’un autre avis «les chocs psychologiques, les traumatismes, les dépressions et les stress sont les conséquences de la désintégration sociale. Dans le paradigme africain, on dit que le couple est un moteur du progrès et que la famille est la première infrastructure du progrès et du développement. Or, briser un couple revient à casser un moteur indispensable de progrès». Il conclut en disant que «la famille est une institution qui permet d’amortir les chocs psychologiques, les traumatismes et les dépressions», qui sont autant de facteurs favorisant le passage à l’acte.
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Le sociologue Bréhima Ely Dicko voit le phénomène sous un autre angle «le suicide n’est pas un phénomène typiquement malien, on le retrouve en Afrique, en Asie, en Europe et en Océanie». Mais pour la cas de la capitale malienne, il précise «qu’au niveau du 3e pont se trouve ”Soutadounou” qui serait une sorte de capitale des djinns et c’est là que les gens viennent se suicider là-bas».
Selon Bréhima Ely Dicko, «je n’ai jamais entendu parler d’un riverain qui se serait jeté à l’eau à cet endroit. Je me pose la question suivante: est-ce que les esprits ne touchent pas les riverains mais s’attaquent autres? car les djinns existent et c’est même dit dans le Coran. Mais la raison des suicides est ailleurs. Les individus peuvent vivre différentes épreuves, souffrent et peuvent se suicider parce qu’ils estiment que leur honneur a été bafoué ou simplement estiment qu’ils manquent d’amour. Ces personnes en souffrance voient dans la mort le soulagement ultime».




