Au moins 7.667 personnes ont perdu la vie ou ont disparu sur les routes migratoires à travers le monde en 2025, selon les données rendues publiques le 26 février 2026 à Genève et Berlin par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Rapporté à l’année, ce bilan correspond à une moyenne d’environ 21 victimes par jour. Si le phénomène est global, l’Afrique occupe une place centrale dans les itinéraires les plus exposés, qu’il s’agisse des traversées vers l’Europe par la Méditerranée, de la route atlantique vers les îles Canaries ou de la route orientale reliant la Corne de l’Afrique au Yémen et aux pays du Golfe.
L’OIM souligne que ces chiffres traduisent la persistance d’une crise humanitaire structurelle affectant les personnes en déplacement. Amy Pope, directrice générale de l’organisation, estime que la répétition des pertes humaines sur les routes migratoires ne peut être considérée comme une fatalité et appelle à la mise en place de voies d’accès sûres et régulières ainsi qu’au renforcement des opérations de secours.
L’institution insiste également sur la nécessité de démanteler les réseaux de passeurs et de trafiquants qui exploitent la vulnérabilité des migrants.
Le total de 7.667 décès ou disparitions enregistrés en 2025 est inférieur aux près de 9.200 cas recensés en 2024. Selon l’OIM, ce recul s’explique en partie par la diminution du nombre de personnes empruntant certaines routes migratoires irrégulières. Toutefois, l’organisation précise que l’accès limité à l’information et les contraintes budgétaires entravent le recensement exhaustif des décès, notamment sur les principaux axes maritimes. Autrement dit, la baisse constatée ne saurait être interprétée comme un indicateur consolidé d’amélioration durable des conditions de traversée.
Les traversées maritimes demeurent parmi les plus meurtrières pour les migrants africains. En 2025, au moins 2.185 personnes ont péri ou disparu en Méditerranée. Parallèlement, 1.214 décès ont été recensés sur la route reliant l’Afrique de l’Ouest à l’Atlantique en direction des îles Canaries. Ces deux couloirs concentrent à eux seuls une part significative des pertes humaines enregistrées dans le monde.
L’OIM précise que le bilan réel pourrait être plus élevé. Au moins 1.500 personnes supplémentaires ont été portées disparues en mer sans que leur sort n’ait pu être confirmé, faute d’un accès suffisant aux informations émanant des services de recherche et de sauvetage.
La restriction croissante des données relatives aux opérations de secours sur les routes maritimes vers l’Europe a conduit à un nombre exceptionnellement élevé de cas non vérifiés. Cette opacité statistique rend plus difficile l’évaluation précise de la mortalité et complique la coordination des réponses humanitaires.
Décès recensés sur les principales routes migratoires liées à l’Afrique en 2025
| Route migratoire | Décès recensés en 2025 | Évolution par rapport à 2024 | Observations |
|---|---|---|---|
| Méditerranée | 2 185 | Baisse annuelle (chiffre 2024 non précisé) | Au moins 1 500 disparus supplémentaires non confirmés |
| Afrique de l’Ouest – Canaries | 1 214 | Non précisé | 42 dépouilles retrouvées ultérieurement dérivant vers le Brésil et les Caraïbes |
| Route orientale (Corne de l’Afrique – Yémen – Golfe) | 922 | 558 en 2024 | Hausse nette ; majorité de ressortissants éthiopiens |
| Total mondial (toutes routes) | 7 667 | Près de 9 200 en 2024 | Données susceptibles d’être sous-estimées |
La question des «naufrages invisibles» illustre cette limite informationnelle. En 2025, au moins 270 dépouilles ont été retrouvées sur les côtes méditerranéennes sans être rattachées à des naufrages identifiés. En outre, trois embarcations transportant les restes de 42 personnes ont été découvertes dérivant vers le Brésil et les Caraïbes après avoir tenté la traversée depuis l’Afrique de l’Ouest vers les Canaries. Ces éléments confirment l’ampleur géographique des routes atlantiques et la difficulté à documenter l’ensemble des pertes humaines.
La dynamique observée en 2025 se prolonge au début de l’année 2026. Au 24 février, la Méditerranée a enregistré 606 décès de migrants en moins de deux mois, un niveau présenté comme sans précédent pour cette période. Dans le même temps, les arrivées en Italie ont diminué de 61%, passant de 6.358 à 2.465 sur la même période comparative.
Ce décalage entre la baisse des arrivées et le maintien d’un niveau élevé de mortalité suggère une intensification des risques sur les routes empruntées. L’OIM indique par ailleurs que des centaines de personnes seraient portées disparues en mer sans que ces cas puissent être confirmés.
Au cours des deux dernières semaines précédant le 24 février, 23 dépouilles ont été retrouvées sur les côtes du sud de l’Italie et de la Libye.
Au-delà des routes vers l’Europe, la route migratoire orientale reliant la Corne de l’Afrique au Yémen et aux pays du Golfe a connu une année particulièrement meurtrière. En 2025, 922 décès y ont été enregistrés, contre 558 en 2024. Presque toutes les personnes décédées sur cet itinéraire étaient de nationalité éthiopienne. Plusieurs naufrages de grande ampleur ont été recensés: trois embarcations ont chacune fait plus de 180 victimes. Cette progression annuelle marque une aggravation nette du risque sur cette route.
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Plus largement, plus de 3.000 décès ont été recensés lors de migrations en Asie en 2025, faisant de cette année la plus meurtrière jamais enregistrée sur cet itinéraire pour la troisième année consécutive. Parmi ces victimes figurent 1.540 Afghans ayant fui leur pays. Si cette donnée concerne principalement des flux asiatiques, elle éclaire l’environnement régional dans lequel s’inscrivent les routes africaines vers la péninsule Arabique, souvent interconnectées.
En Afrique de l’Ouest comme dans la Corne de l’Afrique, la persistance de ces décès met en évidence l’ancrage de réseaux de traite et de trafic de migrants qui structurent les parcours clandestins. L’OIM souligne que ces organisations exposent les personnes en déplacement à la violence, aux abus et à des traversées à haut risque.
L’institution appelle les gouvernements et leurs partenaires à renforcer les opérations coordonnées de recherche et de sauvetage et à intensifier la coopération internationale afin de démanteler les réseaux criminels.
Dans le même temps, l’organisation insiste sur la nécessité de développer des voies de migration sûres et régulières afin de réduire la dépendance à l’égard des passeurs. Elle précise que l’insuffisance de voies légales contraint de nombreuses personnes à emprunter des routes irrégulières. Ce constat s’inscrit dans un contexte de contraintes budgétaires affectant les acteurs humanitaires, qui limitent la capacité à documenter les décès et à déployer des réponses adaptées.
Les données disponibles pour 2025 demeurent ainsi soumises à des limites structurelles. L’accès restreint aux informations relatives aux opérations de recherche et de sauvetage, en particulier sur les routes maritimes vers l’Europe, empêche de vérifier un nombre élevé de cas. L’OIM indique explicitement que le bilan réel pourrait être supérieur aux chiffres publiés. En l’absence d’informations consolidées, aucune extrapolation n’est avancée, mais le vide statistique est signalé.
L’évolution des flux au début de 2026 confirme la tension persistante sur les routes africaines vers l’Europe. La diminution des arrivées en Italie, conjuguée à un nombre élevé de décès recensés, témoigne d’un environnement où la réduction apparente des traversées ne se traduit pas nécessairement par une baisse proportionnelle du risque. Les découvertes récentes de dépouilles sur les côtes italiennes et libyennes illustrent la continuité du phénomène.
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Au total, les chiffres publiés par l’OIM pour 2025 et les premières semaines de 2026 dessinent une géographie migratoire africaine marquée par la concentration des pertes humaines sur quelques axes maritimes. Méditerranée centrale, route atlantique vers les Canaries, route orientale depuis la Corne de l’Afrique: ces corridors demeurent les points de friction les plus meurtriers.
L’organisation internationale rappelle que ces décès sont documentés à partir des informations disponibles et qu’ils ne couvrent pas nécessairement l’ensemble des cas. Les contraintes d’accès à l’information et les limitations budgétaires sont explicitement mentionnées comme des facteurs de sous-enregistrement. Dans ce cadre, les données doivent être interprétées comme des minima observés.
La situation décrite pour 2025 et le début de 2026 confirme que la question migratoire en Afrique ne se limite pas aux volumes de départs ou d’arrivées. Elle engage directement la sécurité des routes empruntées et la capacité des États à coordonner les dispositifs de sauvetage. Les chiffres rendus publics mettent en évidence une mortalité persistante, concentrée sur des itinéraires maritimes où la combinaison de longues distances, d’embarcations précaires et d’informations incomplètes accroît l’incertitude.




