Ramadan au Sénégal. C’est la saison des jellabas et abayas: l’abstinence n’interdit pas l’élégance

Une boutique de vente d'habits à Dakar.

Le 03/03/2026 à 09h27

VidéoDix jours après le début du mois béni de Ramadan, les marchés de Dakar proposent d’autres articles que les dattes et le nécessaire à la rupture du jeûne. Abayas et jellabas, inspirées des traditions vestimentaires maghrébines, ne manquent pas d’attirer l’œil des passants mais font hésiter leurs poches.

Dans son stand, Youssoupha Cissé, vendeur d’abayas, constate une demande constante, portée principalement par une clientèle féminine. Malgré les remarques sur les prix, les achats se maintiennent. «Je vends des abayas pour femmes, de très belles tenues élégantes qui peuvent être portées partout: à la prière, au travail ou pour rendre visite à des proches. Certaines personnes disent que c’est cher. C’est peut-être vrai, mais je vends avant tout de la qualité. Les prix varient entre 5.000 et 15.000 francs CFA selon les modèles», explique-t-il. Pour beaucoup, l’abaya apparaît comme un compromis entre respect des valeurs religieuses et souci d’élégance.

À quelques mètres de là, Kéba Cissé, vendeur d’abayas et de jellabas, confirme la dynamique, tout en soulignant une évolution des habitudes. La mode d’inspiration arabe ou maghrébine s’est progressivement installée dans les garde-robes. Mais contrairement à son voisin, il réalise davantage de ventes auprès des hommes. «Nous vendons, certes, mais pas autant qu’avant. Je vends plus aux hommes qu’aux femmes. Les jellabas blanches se vendent davantage parce qu’elles sont plus abordables. Celles de couleur sont un peu plus chères, non pas à cause de la qualité, mais parce qu’elles résistent mieux aux taches et se salissent moins facilement», précise-t-il.

Si les hommes conservent souvent leur style habituel pendant le Ramadan, le changement est plus visible chez certaines jeunes Sénégalaises. Habituées, le reste de l’année, à des pantalons ou des jupes, elles optent davantage pour des tenues longues durant ce mois sacré.

Pour Aïssatou Diakité, fidèle musulmane, ce choix relève d’une conviction personnelle. «Pendant le Ramadan, il est important de s’habiller correctement, d’abord par respect pour soi-même, mais aussi pour préserver la pudeur et la sérénité de tous. Personnellement, je ne porte que l’abaya durant ce mois béni et je le recommande à toutes les femmes», confie-t-elle.

Au fil des jours, le phénomène se confirme : dans les marchés, les tissus racontent une autre facette du Ramadan. Plus qu’une tendance, abayas et jellabas deviennent l’expression visible d’un mois où foi, identité et commerce se rencontrent.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 03/03/2026 à 09h27