À Matoto, les cicatrices des déguerpissements sont encore visibles. Étals arrachés, commerces interrompus, familles fragilisées. Pourtant, au marché Enco5, un souffle d’espoir commence à se faire sentir. La commune, durement touchée par les premières vagues de déguerpissement, bénéficie aujourd’hui d’un programme de relogement, certes complexe, mais porteur de perspectives.
Selon Ismaël Diakité, secrétaire général du marché Enco5, Matoto mise sur cette nouvelle politique: «La commune de Matoto a été la première à subir les déguerpissements. Et nous sommes aussi la première commune à bénéficier du programme de relogement», explique-t-il. Dans l’urgence, des espaces provisoires ont été aménagés, notamment à Enco5, en quittant le rond-point sur le côté droit. «Les femmes sont recasées là-bas provisoirement», précise-t-il, tout en reconnaissant que toutes les victimes n’ont pas encore pu être prises en charge.
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Sur le terrain, l’attente est palpable. Ramatoulaye Diallo, commerçante déguerpie, raconte les démarches entreprises après la récente visite des autorités. «Les autorités au plus haut sommet sont venues à notre rencontre. Elles ont indiqué avoir mis à la disposition des femmes commerçantes la grande cour de Enco5», confie-t-elle. Depuis, les femmes se sont organisées: enregistrements, dépôts de dossiers à la commune, multiples courses administratives. «Nous avons tout fait, maintenant nous attendons», soupire-t-elle, avant de lancer un appel: «Nous prions le général Doumbouya de soutenir les femmes.»
Pour d’autres, l’urgence est quotidienne. M’mah Camara, elle aussi victime des déguerpissements, explique vivre dans une installation temporaire. «Pour l’instant, nous sommes installées là en attendant de finaliser le marché. Cela va durer dix jours», dit-elle avec espoir, mais prudence. Derrière ses mots, une réalité sociale lourde: «Nos commerces nous servent à éduquer nos enfants. Si tu n’as pas de place, tu ne peux pas nourrir ta famille. Beaucoup de femmes ici sont veuves, avec des familles nombreuses.»
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Face à ces préoccupations, les responsables du marché assurent que le projet avance. Ismaël Diakité évoque des discussions en cours avec l’État et les bailleurs de fonds. «Chacun se met autour de la table pour offrir une bonne construction au marché Enco5», affirme-t-il. Les plans sont déjà prêts. «En moins d’une semaine, les ingénieurs ont sorti un plan digne de nom pour un marché moderne, unique en son genre à Conakry.» Entre promesses de modernisation et réalités du quotidien, les femmes commerçantes d’Enco5 restent suspendues à la concrétisation de ce projet. Pour elles, le relogement n’est pas qu’une question d’infrastructures, mais une condition essentielle de survie et de dignité.




