Risque d’invasion de criquets pèlerins: les pays africains les plus exposés et leurs périodes critiques en 2026, selon la FAO

Un essaim de criquets pèlerins à Meru, au Kenya en février 2021

Un essaim de criquets pèlerins à Meru, au Kenya en février 2021. AFP or licensors

Le 07/03/2026 à 13h12

Selon la FAO, trois sous-régions africaines sont les plus vulnérables aux invasions d’essaims dévastateurs de criquets pèlerins de 2026, exigeant de la vigilance selon les calendriers saisonniers.

Sous l’effet combiné du dipôle indien et d’El Niño, 2026 pourrait inscrire la lutte antiacridienne au rang des urgences continentales majeures, interpelle la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO). En effet, les fortes pluies que connaissent plusieurs pays d’Afrique du Nord ces dernières semaines et celles qui sont annoncées ne sont pas favorables qu’aux agriculteurs.

Ces précipitations le sont également pour la reproduction des criquets pèlerins. C’est dans ce contexte que le récent rapport de situation de la FAO, intitulé «Desert Locust Watch» révèle une menace acridienne complexe, amplifiée par des anomalies pluviométriques prévues de mars à août 2026. Les récentes pluies au Maroc, propices à la reproduction des criquets, illustrent cette dynamique.

Pays africains exposés aux criquets pèlerins et calendrier de vulnérabilité

PaysPériodes critiquesAnomalies pluviométriques clésType de menace acridienne
MarocMars, JuilletMars: légèrement sec; Juillet: très humideReproduction hivernale et estivale intense
AlgérieJuinJuin: légèrement plus humideReproduction estivale précoce (centre/sud)
TunisieAvril-MaiAvril-Mai: normalRisque migratoire (adultes venant du Maroc)
LibyeAvril-Mai, JuinJuin: légèrement plus humideReproduction printanière et estivale
TchadJuin-AoûtJuin-Juillet: plus humideReproduction estivale massive
NigerJuin-AoûtJuin-Août: plus humideReproduction estivale prolongée
SoudanAvril-JuinAvril-Mai: plus humide; Juin: normalReproduction printanière intensive
ÉthiopieMars-AvrilMars-Avril: plus humideReproduction printanière (régions Somali/Afar)
SomalieMars-AvrilMars-Avril: plus humide; Juin-Août: secReproduction printanière limitée
ÉgypteAvril-Mai, AoûtAvril-Mai et Août: plus humideActivité hivernale (mer Rouge) et estivale (Nil)

Source: FAO.

L’analyse spatiale et temporelle révèle quatre pôles de vulnérabilité distincts sur le continent africain. En Afrique du Nord, le Maroc constitue l’épicentre immédiat avec une reproduction active hivernale qui devrait persister jusqu’au printemps. Comme le souligne la FAO, «le Maroc connaît une résurgence de reproduction grégaire, avec des élevages localisés persistants».

Les anomalies pluviométriques prévues– mars légèrement plus sec suivi d’avril-mai normaux et juillet très humide– prolongent la menace jusqu’en été, avec des pics critiques en mars (reproduction hivernale) et juillet. Une dynamique qui risque de s’étendre à l’Algérie, où des précipitations légèrement supérieures en juin pourraient déclencher une reproduction estivale précoce dans les régions centrales et méridionales, tandis que la Tunisie et la Libye restent sous la menace de migrations d’adultes si les pluies printanières (avril-mai normales) coïncident avec leurs déplacements.

Dans la bande sahélienne, le Tchad et le Niger présentent le risque estival le plus aigu. La FAO anticipe «un démarrage potentiellement précoce de la saison des pluies au Sahel en juin», avec des précipitations supérieures à la normale en juin puis une humidité persistante en juillet-août pour le Tchad et juillet légèrement plus humide au Niger. Une fenêtre climatique qui ouvre une période critique de reproduction intensive de juin à août 2026. Le Mali et la Mauritanie méridionale présentent des profils similaires, avec un signal humide en juillet accentuant leur vulnérabilité estivale.

La Corne de l’Afrique connaîtra des pressions différentes. Le Soudan devrait voir émerger une reproduction printanière à petite échelle dès mars, renforcée par des précipitations supérieures à la normale d’avril à juin – une période où la FAO estime que «le Soudan pourrait bénéficier de conditions favorables».

En Éthiopie (régions Somali et Afar) et en Somalie, le printemps s’annonce propice avec des pluies légèrement supérieures en mars-avril, mais un assèchement estival prononcé en Somalie (juin-août plus secs) limitera la menace après juin. L’Égypte présente un double risque: activité hivernale dans le sud-est (mer Rouge) et reproduction estivale le long du Nil, soutenue par des précipitations légèrement supérieures en avril-mai et août.

D’autres zones maintiennent une vigilance modérée. C’est le cas pour l’Érythrée et Djibouti qui enregistrent des prévisions pluviométriques majoritairement normales, limitant les risques de reproduction massive. Le Mali et la Mauritanie ne montrent pas d’anomalies significatives avant juillet, reportant leur période critique à l’été. Une stratification géo-climatique qui souligne l’hétérogénéité des défis acridiens à l’échelle continentale.

C’est le lieu d’attirer l’attention sur deux moteurs clés de la crise acridienne. Premièrement, le dipôle positif de l’océan Indien (IOD) couplé à une transition rapide vers El Niño dans le Pacifique, explicitement cités par la FAO comme facteurs amplificateurs des précipitations.

Risques sur la sécurité alimentaire

Ainsi, l’analyse expose un triple défi pour les systèmes agricoles africains. Les coûts de surveillance s’annoncent disproportionnés pour les pays en première ligne: le Maroc et le Soudan devront déployer dès mars-avril des brigades antiacridiennes renforcées, tandis que la FAO alerte sur la nécessité d’un «suivi étroit des cyclones tropicaux» dans la péninsule arabique– menace indirecte pour l’Égypte et la Somalie.

Les pertes agricoles potentielles ciblent spécifiquement les cultures stratégiques: en Afrique du Nord, les essaims résiduels menacent les céréales printanières; au Sahel, une reproduction estivale précoce au Tchad et au Niger pourrait dévaster les récoltes de mil et sorgho dès juin-juillet, risquant de «compromettre la sécurité alimentaire de régions déjà fragiles».

La Banque mondiale, en s’appuyant sur les données FAO de mars 2020, a estimé que, en l’absence de contrôle massif, les dommages et pertes possibles pour les cultures, la production animale et les actifs connexes en Afrique de l’Est élargie et au Yémen pouvaient atteindre 8,5 milliards de dollars pour la seule année 2020.

Un fact‑sheet de la Banque mondiale rappelle que cette estimation à 8,5 milliards de dollars visait spécifiquement un scénario de non‑contrôle coordonné dans la grande Corne de l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan, etc.), ce qui donne un ordre de grandeur maximal pour un épisode d’ampleur comparable aux pires scénarios 2026.

Enfin, les investissements en géomatique deviennent un impératif technique: la télédétection permet d’identifier les “zones vertes” propices aux criquets avec une précision spatiale inédite. Les modèles WCS – capables de zoomer sur le sud libyen ou le nord tchadien – offrent aux États une cartographie proactive pour optimiser les pulvérisations ciblées et contenir l’impact économique. Une approche technologique qui représente le seul amortisseur face à un risque aux répercussions en cascade sur les marchés céréaliers et les budgets nationaux.

Ainsi, comme l’on a pu le noter, le Maghreb– Maroc, Algérie, Tunisie et Libye– cumule une menace immédiate et un risque estival (juin-juillet) d’invasion d’essaims de criquets pèlerins porté par des pluies abondantes anticipées au Maroc et en Algérie méridionale.

Le Sahel central, avec le Tchad et le Niger en épicentre, fait face à une pression estivale précoce dès juin, où un démarrage anticipé de la mousson pourrait déclencher des essaims dévastateurs pour les cultures vivrières. Quant à la Corne de l’Afrique– Soudan, Éthiopie et Somalie–, sa vulnérabilité maximale se concentre sur la fenêtre printanière (mars-juin), alimentée par des précipitations supérieures à la normale dans les zones intérieures du Soudan et les régions Somali d’Éthiopie.

Une stratification temporelle et géographique qui appelle une réponse coordonnée. L’Afrique possède les outils scientifiques pour transformer ces prévisions en bouclier économique. Ne pas le faire reviendrait à ignorer l’avertissement clair du rapport.

Par Modeste Kouamé
Le 07/03/2026 à 13h12