Rwanda: À Nyirangarama, le sport redonne du souffle à toute une communauté

Hommes, femmes, enfants et personnes âgées se retrouvent pour une pratique sportive collective chaque samedi Chaque samedi à Nyirangaram, au Nord du Rwanda.

Le 23/02/2026 à 10h37

VidéoChaque samedi à 4 h du matin, à Nyirangarama du district de Rulindo au Nord du Rwanda, hommes, femmes, enfants et personnes âgées se retrouvent pour une pratique sportive collective devenue un rituel communautaire. Marche, jogging et étirements façonnent une cohésion sociale née d’une vision locale inspirée par les fameuses journées sans voitures de Kigali.

A 4h du matin alors que la plupart des habitants dorment encore, Nyirangarama s’éveille. À l’heure où la lune cède lentement la place au soleil, un groupe déjà nombreux se regroupe au pied de la montagne de Tare. Certains avancent d’un pas vif, d’autres courent, tandis que des jeunes s’élancent en jogging, animés d’une énergie contagieuse.

Ce mouvement hebdomadaire, bien ancré aujourd’hui dans le calendrier local, n’est pas centré sur la compétition: il s’agit d’un sport communautaire intergénérationnel. Le concept s’inspire des journées sans voitures instaurées dans la capitale rwandaise il y a quelques années, où les habitants sont encouragés à marcher, courir et pédaler. À Nyirangarama, l’idée est reprise, adaptée, et surtout appropriée par la population locale grâce à l’impulsion d’un fils du terroir, homme d’affaires ayant choisi d’investir socialement là où il est né.

« L’avenir de notre nation repose sur la participation de tous», explique Sina Gérard, initiateur du projet. «Nous voulions créer un espace de rassemblement qui soit aussi productif, où l’on transmet aux jeunes la culture de l’effort, la discipline et l’ambition, même lorsqu’on vient de milieux modestes».

Le programme est simple mais exigeant: marche en groupe jusqu’au sommet, puis étirements et exercices physiques encadrés par des coachs professionnels. Vers 7h, la séance se termine, et chacun rentre chez soi pour vaquer à ses activités de la journée, qu’il s’agisse de mariages (fréquents le samedi au Rwanda), de travail ou de repos.

Pour beaucoup, ce rendez-vous hebdomadaire est bien plus qu’une simple séance de sport. Venantie Nyirazigama, une participante de 66 ans, raconte comment cette pratique a radicalement changé sa vie.

«Avant, ma santé était fragile. J’avais des douleurs aux jambes, de l’hypertension, et je vivais isolée», raconte-t-elle. Longtemps sceptique, elle finit par rejoindre le groupe. «Les débuts ont été très difficiles. J’avais l’impression d’être handicapée. Puis, petit à petit, tout a changé».

Six ans plus tard, son témoignage est sans équivoque: «Je me sens rajeunie. Je peux courir, sauter, même jouer au football avec d’autres femmes. Aujourd’hui, je ne prends plus de médicaments pour l’hypertension».

Son témoignage illustre de manière poignante l’effet physique et social du sport: mieux-être, mobilité améliorée, disparition de l’isolement. Ces transformations ne concernent plus seulement les jeunes ou les sportifs confirmés, mais touchent désormais toutes les générations.

L’initiative doit beaucoup à Sina Gerard, homme d’affaires originaire de Nyirangarama, profondément engagé dans le développement local. Connue au plan national pour son entreprise active dans l’agro-industrie et implantée à Nyirangarama, cette figure emblématique a investi dans la région pendant plusieurs décennies. À travers ses activités agricoles et agro-alimentaires, il a contribué à créer des emplois, à soutenir des familles rurales et à impulser une dynamique économique visible dans la vie quotidienne de nombreux habitants.

Pour lui, le sport communautaire est une extension naturelle de ses engagements. Comme il l’explique, l’ambition de ce projet est double: inculquer aux jeunes l’importance du travail acharné dès le départ, et offrir aux personnes âgées un espace pour rester actives et intégrer socialement.

«Nous souhaitons transmettre aux plus jeunes l’importance du travail acharné pour réaliser leurs objectifs… Et redonner espoir aux personnes âgées, en prouvant que la vie ne s’arrête pas avec l’âge», dit-il.

Les résultats, selon les promoteurs, sont mesurables: réduction de l’isolement, amélioration de la santé physique et mentale, mais aussi stimulation d’une culture de partage intergénérationnel.

Au-delà du bien-être et de la cohésion sociale, le sport communautaire de Nyirangarama s’est progressivement imposé comme un véritable vivier de détection de talents. Chaque samedi, parmi les marcheurs et les joggeurs de l’aube, se dessinent aussi des trajectoires sportives prometteuses.

Sous l’impulsion de Sina Gérard, l’initiative a intégré une vision à long terme: repérer très tôt les aptitudes des enfants et des jeunes, puis les orienter vers les disciplines où ils peuvent exceller. Football, athlétisme, basketball, handball, rugby, acrobatie: la diversité des exercices permet à chacun d’explorer ses capacités avant de se spécialiser.

«Nous accueillons les enfants dès l’âge de six ans et les encourageons à essayer plusieurs disciplines. L’objectif est qu’ils découvrent leur passion et leur potentiel. Ensuite, nous les accompagnons», explique l’initiateur du projet.

Cette approche inclusive a déjà porté ses fruits. Certains jeunes, repérés pour leur endurance, leur vitesse ou leur coordination, bénéficient désormais d’un encadrement plus ciblé. Des coachs professionnels assurent le suivi, tandis que des partenariats sont envisagés pour permettre à ces talents de franchir de nouveaux paliers, y compris au-delà des frontières du Rwanda.

Pour beaucoup de jeunes participants, cette initiative représente une opportunité inédite. Dans une zone où l’accès aux infrastructures sportives structurées reste limité, le sport communautaire devient une porte d’entrée vers des rêves longtemps jugés inaccessibles: porter un jour les couleurs nationales, intégrer des académies reconnues ou bâtir une carrière sportive professionnelle.

L’engagement communautaire n’est pas passé inaperçu auprès des autorités locales. Jeanette Mutuyimana, secrétaire exécutif du secteur local de Bushoki, souligne la dimension éducative et sociale de l’activité.

« Le sport est avant tout une école de discipline… et voir des personnes âgées devenir source d’inspiration pour les jeunes est l’un des plus beaux aspects de cette initiative.»

Au-delà de la santé et de la cohésion sociale, la pratique est utilisée comme plateforme de sensibilisation à des messages de leadership national et de citoyenneté. Après l’effort physique, les participants assimilent plus facilement les informations essentielles, facilitant la communication des programmes de santé, d’éducation et de développement communal.

À Nyirangarama, le sport du samedi matin est devenu plus qu’une activité: c’est une coutume culturelle, un rituel de solidarité et une source d’énergie collective. Des enfants qui trottent joyeusement aux côtés de leurs parents, des adultes qui retrouvent du souffle, jusqu’aux aînés qui bravent l’âge et prouvent qu’on peut rester actif à tout moment de la vie — chacun trouve ici une raison de sourire, de se dépasser et de partager.

Cette pratique, nourrie d’une vision locale et d’une volonté collective, pourrait inspirer d’autres communautés au Rwanda et ailleurs: prouver que le sport, lorsqu’il devient une affaire de tous, transforme non seulement les corps, mais aussi les relations humaines et le tissu social lui-même.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 23/02/2026 à 10h37