La nuit est tombée sur le 2ᵉ arrondissement de Libreville, mais dans ce bar animé de La Campagne, quartier toujours vibrant, la lumière des écrans et la chaleur des débats illuminent les visages.
Ici, les supporters des Panthères du Gabon, des Lions Indomptables du Cameroun et des Éléphants de Côte d’Ivoire se mêlent à ceux des équipes encore en course sans animosité. Un constat s’impose: même éliminés, ces férus du ballon rond n’ont pas éteint leur passion. Bien au contraire. Ils la transforment en une célébration du beau football et d’un fair-play exemplaire.
La première voix qui s’élève est celle de Chimène Nombo, Gabonaise au regard pétillant. «J’aime le football et c’est dans le sang. Je suis née dans une famille avec beaucoup de garçons. On aime tous le football» lance-t-elle avec un large sourire, entourée de ses frères.
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Sa voix devient alors plus posée, pédagogique. «Même si le Gabon a été éliminé, ce n’est pas grave… Mais ce qui me gêne, c’est de ramener la CAN à 4 ans» Sa conclusion, prononcée avec une conviction tranquille, résonne comme une vérité partagée par tous autour du comptoir: «Or, ce sont des moments de grand fair-play.»
Une transition naturelle, presque évidente, qui passe de la déception nationale à l’essence même du tournoi: le respect et le partage.
De cet amour du jeu pur exprimé par Chimène, la conversation glisse vers l’admiration pour ceux qui brillent encore sur la pelouse. C’est Abdellaziz, un Camerounais à la voix chaude, qui prend le relais.
Son pays aussi regarde désormais la compétition de l’extérieur, mais son analyse est toute tournée vers l’excellence des autres. «Le Sénégal est en train de monter en puissance, bien que l’Égypte dispose d’un beau palmarès, analyse-t-il, le doigt pointé vers l’écran où défilent les images d’un match récent. Cette équipe [le Sénégal] m’a vraiment fait plaisir en tant que Camerounais», et d’ajouter, emporté par l’émotion collective qui règne ici: «tout au long de cette CAN, je suis ému par la qualité de jeu des équipes.»
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Son témoignage illustre parfaitement cette capacité à mettre de côté la rivalité pour s’émerveiller simplement devant le spectacle sportif.
Cette émotion palpable, ce plaisir pris au jeu des autres, trouve un écho puissant chez le dernier intervenant, Ibrahim Orlando, un Ivoirien dont le pays a également quitté la course. Son constat est sans appel, mais dénué d’amertume, teinté d’une admiration presque fière pour un voisin ouest-africain. «Le Sénégal nous a impressionnés avec un beau football, commence-t-il. Le football se joue dans les détails. C’est ce que le Sénégal a compris, contrairement à la Côte d’Ivoire.» Puis, dans un élan qui résume l’état d’esprit de toute cette soirée, il conclut, la main sur le cœur: «Vraiment, ils nous ont bien représentés.» Nous. Le pronom est fort. Il ne divise pas, il inclut. Il suggère qu’au-delà des frontières, une performance africaine sublime est une victoire partagée.
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Dans la fumée légère et le bruit des bouteilles de bière qui s’entrechoquent, ces trois voix, dans l’ordre où elles se sont exprimées, tissent une même histoire. Celle d’une passion qui survit à l’élimination, d’une défaite sportive transformée en victoire humaine.
Les supporters de La Campagne, comme tant d’autres à travers le continent, rappellent que l’essence du sport réside peut-être moins dans le trophée que dans les émotions partagées et le respect mutuel. Alors que la compétition s’achève ce dimanche , c’est peut-être ici, dans ce bar de Libreville, parmi ceux qui ont perdu, que se joue la plus belle des victoires: celle du fair-play et de l’amour inconditionnel du jeu. La CAN, décidément, se gagne aussi dans les cœurs.








