La saison 2026 de la Ligue Africaine de Basketball (BAL) est annoncée pour débuter le 27 mars en Afrique du Sud. Celle-ci se dessine comme un tournant significatif dans la structuration du sport professionnel continental. L’annonce récente des 12 équipes participantes et du calendrier révèle une dynamique d’expansion géographique et de consolidation institutionnelle aux implications économiques et symboliques majeures. Dans le cadre de cet article, nous allons analyser ce qu’il en est à travers le prisme de la géopolitique sportive africaine.
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Commençons par les nouveaux arrivants. L’introduction de cinq équipes inaugurales– Dar City (Tanzanie), JCA Kings (Côte d’Ivoire), Maktown Flyers (Nigeria), Johannesburg Giants (Afrique du Sud) et Club Africain (Tunisie)– constitue l’élément le plus frappant de cette sixième édition. Une expansion qui porte à 12 le nombre de nations représentées, contre 7 lors de la saison précédente.
Une diversification géographique, couvrant désormais l’Afrique de l’Ouest (Nigeria, Côte d’Ivoire, Sénégal), l’Afrique du Nord (Égypte, Tunisie, Maroc, Libye), l’Afrique Centrale (Angola), l’Afrique de l’Est (Kenya, Rwanda, Tanzanie) et l’Afrique Australe (Afrique du Sud), qui est un indicateur robuste de la pénétration et de l’attractivité croissante du projet BAL.
Comme le souligne Amadou Gallo Fall, président de la BAL, «accueillir cinq nouvelles équipes au sein de la famille de la BAL est un signe fort de la croissance continue de la ligue, de l’impact qu’elle a sur l’écosystème du basketball africain et de l’immense talent qui se développe à travers le continent». Une inclusion stratégique de nouveaux marchés (Tanzanie, Côte d’Ivoire, Nigeria, Afrique du Sud, Tunisie) élargit le bassin de fans, les opportunités commerciales et le vivier de talents, renforçant le caractère véritablement panafricain de la ligue.
Cartographie des 12 nations en lice
| Pays | Statut | Équipe(s) | Mécanisme de qualification | Rôle événementiel |
|---|---|---|---|---|
| Tanzanie | Nouveau participant | Dar City | Road to BAL | - |
| Côte d’Ivoire | Nouveau participant | JCA Kings | Road to BAL | - |
| Nigeria | Nouveau participant | Maktown Flyers | Champion national automatique | - |
| Afrique du Sud | Nouveau participant + Hôte | Johannesburg Giants | Road to BAL | Hôte Conférence Kalahari (Pretoria) |
| Tunisie | Nouveau participant | Club Africain | Champion national automatique | - |
| Angola | Historique (6 saisons) | Petro de Luanda | Champion national automatique | - |
| Égypte | Historique | Al Ahly | Champion national automatique | - |
| Maroc | Historique | FUS Rabat | Champion national automatique | Hôte Conférence Sahara (Rabat) |
| Rwanda | Historique | APR | Champion national automatique | Hôte phases finales (Kigali) |
| Sénégal | Historique | ASC Ville de Dakar | Champion national automatique | - |
| Libye | Régulier | Al Ahly Ly | Road to BAL | - |
| Kenya | Régulier | Nairobi City Thunder | Road to BAL | - |
Source: BAL.
Le système de qualification illustre une approche hybride réfléchie. L’accès direct octroyé aux champions nationaux de sept pays (Angola, Égypte, Maroc, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Tunisie) récompense la force et la stabilité des ligues domestiques de ces nations, tout en assurant une base compétitive solide.
En parallèle, les cinq places restantes, conquises via les tournois «Road to the BAL» organisés par FIBA Africa, offrent une voie cruciale d’ascension pour les clubs de pays où le basketball est émergent ou en développement (comme la Tanzanie, la Côte d’Ivoire, la Libye représentée par Al Ahly Ly, et le Kenya avec Nairobi City Thunder). Un mécanisme essentiel pour stimuler la compétition au niveau continental en amont de la BAL et pour offrir une visibilité et une expérience internationale à des clubs et fédérations moins exposés.
Trophée de la Ligue africaine de Basketball (BAL)
Pretoria, Rabat, Kigali: les 3 hubs
Le calendrier et la localisation des phases de groupe confirment une stratégie événementielle délibérée de rotation et de régionalisation. La Conférence du Kalahari à Pretoria (Afrique du Sud) et la Conférence du Sahara à Rabat (Maroc) ne sont pas de simples appellations géographiques. Elles reflètent une segmentation logique du continent pour regrouper les équipes par proximité géographique (bien que non exclusivement stricte), optimisant potentiellement les déplacements et ciblant des bassins de supporters régionaux distincts.
L’Afrique du Sud, hôte d’ouverture avec une nouvelle franchise (Johannesburg Giants), et le Maroc, hôte de la conférence nord-africaine dans une arène moderne (Complexe Prince Moulay Abdellah), sont ainsi positionnés comme des pôles événementiels majeurs. Une décentralisation, culminant avec les phases finales à Kigali (Rwanda), éprouvée depuis plusieurs saisons, qui permet de diffuser les retombées économiques (tourisme, hôtellerie, restauration, billetterie) et médiatiques à travers différentes sous-régions, renforçant l’appropriation locale de la ligue. La vente de billets via des plateformes comme Ticketmaster.za et la promesse de Fan Zones gratuites témoignent d’une volonté d’amélioration de l’expérience spectateur et d’engagement communautaire.
La liste des équipes présente un équilibre révélateur entre stabilité et renouvellement. La présence constante de Petro de Luanda (Angola), seule équipe qualifiée pour les six saisons, et des champions en titre Al Ahly (Égypte, 2023) et Petro de Luanda (2024), assure une continuité compétitive et un haut niveau de jeu.
À l’inverse, les cinq nouveaux entrants et le retour de clubs comme Nairobi City Thunder (Kenya) ou ASC Ville de Dakar (Sénégal) après des absences, injectent une dose d’incertitude et de fraîcheur. Une combinaison vitale pour la crédibilité sportive de la ligue tout en maintenant l’intérêt des supporters par la découverte de nouvelles rivalités et histoires.
L’expansion à 12 équipes et 42 matchs représente une augmentation significative de l’activité économique générée par la ligue, tant en termes d’événements locaux (billets, hébergement, restauration, emplois saisonniers) que de droits médiatiques et de partenariats commerciaux à l’échelle continentale et internationale.
Ainsi, la BAL s’affirme progressivement comme un produit sportif et de divertissement panafricain viable. La déclaration d’Amadou Gallo Fall, «nous nous réjouissons de mobiliser nos passionnés alors que nous continuons à établir la BAL comme la référence sportive et de divertissement du continent», résume cette ambition stratégique. Le modèle de partenariat entre la NBA et la FIBA Africa, unique dans le monde de la NBA, démontre sa capacité à créer une infrastructure compétitive professionnelle adaptée au contexte africain.
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Ainsi, comme l’on peut le constater, les défis restent nombreux– pérennité financière des clubs, développement continu des infrastructures, approfondissement de l’engagement des fans– mais la trajectoire tracée par cette annonce est claire: la BAL renforce méthodiquement son ancrage géographique, son impact économique régionalisé et son statut de plateforme suprême du basketball de club en Afrique. Elle incarne un projet panafricain concret, où le sport devient un vecteur de visibilité, de développement économique localisé et d’unité symbolique à travers le continent.










