Fermer

Algérie: 2017, ça risque de «casser»

Mise à jour le 14/01/2017 à 20h09 Publié le 14/01/2017 à 19h01 Par Karim Zeidane

#Politique
émeutes Béjaïa
© Copyright : DR

#Algérie : 2017 est une année charnière pour l’Algérie. La situation économique et sociale est telle que le spectre d’un "printemps algérien" n’est pas exclu. C'est l'avis de nombreux observateurs.

Pour l’Algérie, les prévisions se suivent et malheureusement se ressemblent. Le FMI, la Banque mondiale, d’autres institutions et quantité d’observateurs avertis prévoient que 2017 sera difficile pour l’Algérie. Les manifestations du début d’année donnent une idée des tensions perceptibles qu’une étincelle pourrait allumer. C’est ainsi que Mondafrique a titré, dans un article publié aujourd’hui «Afrique 2017, ça passe ou ça casse en Algérie». L’auteur de l’article explique d’emblée que 2017 est «l’année de tous les dangers en Algérie».

Il faut dire que ce ne sont pas les ingrédients d’une explosion sociale qui manquent. En effet, à cause de la chute des recettes pétrolière, le pays fait face à une crise financière aigüe: un déficit budgétaire, une dépréciation du dinar qui renchérit le coût des importations et augmente l’inflation importée auxquels s'ajoutent un chômage en augmentation et pour couronner le tout, une loi de finances 2017 qui se traduit par une hausse des prix des produits de première nécessité.


Algérie : pourquoi malgré la reprise des cours, le pétrole restera une malédiction


Face à ces facteurs, la réaction du gouvernement algérien s’est résumée à imposer l’austérité, à baisser des subventions et augmenter des taxes.
Conséquence, de nombreux projets d’investissement sont aujourd’hui suspendus dont le métro d’Alger, les autoroutes, etc. Seulement, ce remède semble devenir aujourd’hui un véritable obstacle à la croissance d'une économie vivant déjà au ralenti.

Pour remédier à la crise, à la baisse des recettes et créer des emplois, l’Etat essaye d’attirer les investisseurs étrangers. Toutefois, la manière n’y est pas. Ainsi, au niveau du secteur automobile, les constructeurs sont forcés d'installer leurs usines de montage dans le pays pour pouvoir y écouler leurs marques. L’obstacle majeur à l’implantation des investisseurs étrangers reste cette loi qui n’accorde au maximum qu’une détention de 49% du capital d’un projet en Algérie. Une situation qui n’enchante pas les grands groupes financiers et industriels qui rechignent, quand ils ont le choix, à la différence des constructeurs automobiles, de s’implanter en Algérie.

Et pour faire face au déficit budgétaire, la loi de finances a été élaborée en misant sur les recettes fiscales et la baisse des dépenses liées aux subventions et aux investissements. Ainsi, l’Etat a procédé à des augmentations des taxes et rehaussé les prix de certains produits de base, comme les carburants. Une situation à l’origine de la grève du début d’année et des émeutes de Béjaïa.

Selon Mondafrique, «le spectre de 2011 plane sur le pays», rappelant qu’«en janvier 2011, des émeutes contre la cherté de la vie ont ravagé tout le territoire algérien provoquant une série de changements politiques pour ramener la paix sociale».


LIRE AUSSI :
Algérie: les prévisions économiques de Sellal pour calmer les esprits


Conscientes des risques d'une explosion sociale, les autorités algériennes semblent s’y être préparés. «Officiellement, au niveau de la DGSN, la police algérienne, tout a été prévu pour parer à des mouvements de masses. Les rapports des renseignements généraux algériens décrivaient une rue en colère et exaspérée par les mauvaises conditions sociales aggravées par la crise financière. Ces rapports mettaient en garde les autorités contre une explosion sociale dès la fin 2016». Actuellement, les signes de tensions sociales sont nettement perceptibles. 

C’est dans ce contexte que l’Algérie se prépare à des élections législatives en avril prochain. D’ici là, les observateurs pensent que beaucoup de changements se produiront au sein de l’appareil politique qui dirige le pays sachant que de nombreuses têtes sont décriées et que la guerre souterraine de la succession est déjà enclenchée. Les changements au sein du parti FLN ne sont que les prémisses d’importants changements au sommet de l’Etat.


LIRE AUSSI :
Algérie: la Banque Mondiale abaisse ses prévisions de croissance et contredit Sellal


Reste que la principale poudrière algérienne est liée à la situation économique. Les hausses des taxes et les baisses des subventions réduisent considérablement le pouvoir d’achat des Algériens très durement touchés par le niveau élevé du chômage. Bref, pour Mondafrique, 2017, «c’est l’année où le régime algérien risque de laisser des plumes s’il ne réussit pas sa mutation économique».

Seulement, les dernières prévisions de la Banque mondiale ne tablent pas sur des améliorations. Il faut dire qu’avec l’épuisement de la manne financière, l’Etat algérien, après avoir asséché le Fonds de régulation des recettes, n’a plus les ressources financières nécessaires pour investir ou acheter la paix sociale en calmant une population face à la gabegie des oligarques du pays.


LIRE AUSSI :
Algérie-émeutes: les imams appelés à la rescousse face à la «fitna»


La seule option du pays reste l’endettement extérieur. Une solution qui n’offre pas de marges de manœuvre comparativement au flot de devises offert par un prix de baril de pétrole élevé, comme ce fut le cas pendant plusieurs années. On comprend ainsi aisément pourquoi Alger fait tout pour redresser les cours du baril de pétrole. Pour le moment, en vain. 
Le 14/01/2017 Par Karim Zeidane