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Covid-19: le miracle s’est produit en Algérie, le pays immunisé sans vaccins

Mise à jour le 29/03/2021 à 20h35 Publié le 29/03/2021 à 19h49 Par Karim Zeidane

#Société
Algérie Covid-19
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#Algérie : Depuis quelques jours, médecins et médias algériens ne parlent que de l’immunité collective qui serait atteinte dans l’un des pays où la gestion du Covid-19 a été la pire au monde. Un triomphalisme qui interroge à bien des égards. 

Si Israël et les Seychelles se préparaient à l’annonce de l’immunité collective grâce à la vaccination de plus de 70% de leurs populations, l’Algérie semble vouloir leur voler la vedette. En effet, depuis quelques jours, c’est une véritable campagne sur l’immunité naturelle qui est vendue aux Algériens. Le pays l'aurait atteinte entraînant une forte baisse des contagions, comme l’attesteraient les chiffres quotidiens avec moins de 100 cas recensés par jour. 

"A voir les chiffres actuels, l’Algérie est en passe de vaincre totalement le virus. Le nombre de contaminations quotidiennes est repassé au-dessous de la barre des 100 cas, pour deux à trois décès par jour", se réjouit le site d’information Tout sur l’Algérie (TSA). 

Pour justifier cette baisse des contaminations au Covid-19, d’aucuns avancent la gestion de la pandémie par les autorités avec la fermeture des frontières qui a permis de réduire fortement le nombre de cas. Alors que d’autres y voient une autre explication plutôt "scientifique": l’Algérie aurait atteint l’immunité collective. 

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En effet, dans l’état actuel des choses, deux facteurs peuvent conduire à l’immunité collective: la contamination au Covid-19 ou la vaccination de plus de 70% de la population.

Seulement, officiellement l’Algérie est logiquement très loin de l’un ou l’autre de ces deux cas de figure. 

C’est Noureddine Smaïl, épidémiologiste, chef de service du CHU Mustapha Pacha d’Alger et directeur général de l’Institut national de la santé publique (INSP), qui a été le premier à évoquer l’éventualité d’une immunité collective, sur les colonnes d’El Watan

"Pour l’acquisition de l’immunité au Covid-19, je dirais que collectivement, nous avons probablement atteint des niveaux et des taux d’immunité qui contribuent partiellement au ralentissement de la transmission de l’infection au sein de la population, en témoigne un taux de reproduction calculé inférieur à 1", soulignait-il le 16 mars 2021. Il explique que ce coronavirus, présent en Algérie depuis une année, comme dans bon nombre de pays "a largement circulé dans la population", contredisant les données officielles des autorités sanitaires. 

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Quelques jours plus tard, le 26 mars, c’est au tour du Pr Kamel Djenouahat, président de la Société algérienne d’immunologie et chef de service du laboratoire centrale EPH Rouiba, de lui emboîter le pas en soulignant, sur sa page Facebook "il est fort possible que le taux d’immunité collective des Algériens ait dépassé les 50%, ce qui explique la baisse des cas d’infection". Et d’ajouter, "nous avons mené une étude sur le terrain auprès de 1.000 donneurs de sang et nous avons découvert que plus de 50% étaient infectés et n’en présentaient aucun symptôme". 



Seulement, ces annonces sont aux antipodes des statistiques officielles fournies par les autorités sanitaires. D’abord, en se fiant aux données du ministère de la Santé, concernant les contaminations au Covid-19, le pays comptabilise en tout, au 28 mars, 116.836 cas positifs cumulés, pour 81.067 guérisons et 3.080 décès. Autrement dit, le nombre de cas confirmés représente 0,26% de la population algérienne, forte de 44 millions d’âmes. En clair, les chiffres de contagion sont à à mille lieues de permettre une immunité collective naturelle de la population. En effet, dans un tel scénario, il faudrait que 30 millions d’Algériens aient contracté la maladie, y compris de manière asymptomatique. 

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Les chiffres officiels ont jusqu’ici prétendu le contraire, quand bien même tout le monde savait que les autorités algériennes "bidonnaient" les chiffres de contagion afin de les minimiser. D’ailleurs, le nombre de tests Covid-19 réalisés était si bas que les autorités avaient fini par ne plus les communiquer à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Or, en l’absence de tests, beaucoup d’Algériens ont pu certainement contracter le Covid-19 en étant asymptomatiques. Sachant que globalement les asymptomatiques représentent un peu plus de 80% des cas dans un pays, c’est difficile de concevoir, malgré l’absence de tests, que 30 millions d’Algériens aient déjà été contaminés par le Covid-19. 

A présent, considérons l’autre cas de figure, lié à l’immunité grâce à la vaccination. Selon l’OMS, en vaccinant 70% de sa population, un pays peut parvenir à atteindre une certaine immunité pour sa population contre le Covid-19. Est-ce le cas pour l’Algérie? La réponse est non. En effet, le pays a reçu, au 29 mars 2021, 300.000 doses de vaccins, dont 50.000 Spoutnik V, 50.000 d’AstraZeneca-Oxford et 200.000 de Sinopharm sous forme de don de la Chine. 

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Ces doses devraient permettre la vaccination de 150.000 personnes au maximum. Seulement, du fait d’une campagne de vaccination démarrée sans aucune préparation, le pays n’est arrivé à vacciner officiellement que 75.000 personnes. En clair, seulement 0,17% de la population algérienne a été vaccinée. A des années lumières, donc, de la vaccination de 70% des habitants nécessaires pour atteindre une immunité collective via le vaccin. 

Alors, si la moitié de la population n’a pas été contaminée et moins de 2 Algériens sur 1.000 vaccinés, comment le pays a-t-il pu atteindre l’immunité collective? Et pourquoi une telle campagne de propagande depuis quelques jours, accompagnée par des chiffres de contagion insignifiants, communiqués quotidiennement?

L’explication de cette immunité collective résiderait ailleurs. Face à l’échec d’acquisition de quantités suffisantes des différents vaccins auprès des laboratoires pharmaceutiques à l'international et à l’impossibilité de produire le vaccin Spoutnik V, les autorités préparent ainsi l’opinion publique algérienne à une solution-miracle: une immunité collective qui tombe du ciel. 

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En effet, il est aujourd’hui certain que l’Algérie a lamentablement échoué à acquérir des vaccins auprès des laboratoires, n’ayant pu acheter que 100.000 doses. Même l’allié russe, dont l'Algérie est l’un des premiers clients de l'industrie d'armement, lui a octroyé seulement 50.000 doses dans le but de sauver l’honneur du président Abdelmadjid Tebboune, qui avait décrété le démarrage de la vaccination en janvier dernier, sans disposer de vaccins. Depuis, toutes les tentatives d’acquisition de vaccins ont échoué. Et la dernière annonce de l’acquisition imminente de 700.000 doses Spoutnik V a été un échec. Choqués, les professionnels de santé ont exigé des autorités plus de transparence en ce qui concerne l’approvisionnement en vaccins. 

Pour remédier à cet échec, les autorités avaient finalement trouvé une parade en faisant miroiter aux Algériens mécontents de leurs dirigeants incapables de leur procurer des vaccins, la production imminente du vaccin anti-Covid-19 russe Spoutnik V en Algérie. 

Le secrétaire général des Laboratoires Frater-Frazes, Abderrahmane Boudiba, avait même affirmé en janvier dernier que son laboratoire était en discussion avancée avec l’opérateur russe, pour produire les vaccins avançant même le démarrage de la production dans un délai de 2 mois, soit en mars. 

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Seulement, cet argument de la production locale n’a pas tenu longtemps. Alors que certains spécialistes parlaient d'un début de production imminente, d’autres avaient clairement signifié que cette production en l’état actuel était impossible. 

Même le président Tebboune s’est improvisé chef d’orchestre de la foule qui acclamait la production locale de vaccins. Dans une déclaration télévisée faite le 18 février dernier, il avait solennellement annoncé que le vaccin serait produit en Algérie dans 6 à 7 mois. "Il existe bien des sceptiques, mais nous avons convenu avec nos amis russes de fabriquer ce vaccin", avait-il souligné. Une promesse à laquelle peu croient encore en Algérie.

Toutefois, après ces multiples sorties médiatiques rassurantes, Noureddine Boudissa, directeur général de l’Organisme algérien d’accréditation (Algerac), qui connaît bien les capacités de l’industrie pharmaceutique du pays, a expliqué que la production du vaccin Spoutnik V, en l’état actuel, est quasiment impossible, expliquant que si l’Algérie dispose des ressources humaines compétentes, elle ne dispose pas actuellement de laboratoires spécialisés de Type 4 pour fabriquer le vaccin anti-Covid-19 russe. Le directeur général d’Algerac est allé plus loin en expliquant que le pays ne dispose même pas d’un laboratoire à même d’"homologuer un masque" de protection anti-Covid-19. 

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La production du vaccin russe en Algérie, qui engage la parole du président Tebboune, est un canular. Elle risque fort de ressembler à la campagne de vaccination qui s’est avérée un fiasco total avec seulement 75.000 doses administrées.

En clair, cette campagne d’immunité collective a tout l’air d’une panacée que le régime militaire s’apprête à administrer au peuple pour maquiller son incurie et son impéritie.
Le 29/03/2021 Par Karim Zeidane