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Covid-19: au Maghreb et en Egypte, le taux de létalité est largement supérieur à la moyenne des autres pays d'Afrique

Mise à jour le 01/04/2020 à 18h22 Publié le 31/03/2020 à 16h59 Par Moussa Diop

#Société
Maghreb
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#Maroc : La contagion s’accélère dans les pays du Maghreb, tous touchés par la pandémie du coronavirus. 1.600 cas y sont confirmés, mais les cas de contagion seraient plus nombreux. Le taux de létalité de la région est, de plus, largement supérieur à la moyenne de ceux des pays plus au sud du continent.

Les cas confirmés de Covid-19 dans les cinq pays qui composent le Maghreb ne cessent d’augmenter. Une situation attendue, du fait du délai d’incubation du virus, et de son taux de reproduction, c’est à dire le nombre de personnes auxquelles une personne contaminée peut, en moyenne, transmettre le virus.

Le nombre des personnes contaminées n’a, en conséquence, pas cessé de croître au Maghreb, pour atteindre hier, lundi 30 mars, 1.534 cas officiellement communiqués par les autorités sanitaires des pays de cette région, avec 584 en Algérie, 574 cas au Maroc, 362 cas en Tunisie, 8 cas en Libye et 6 cas en Mauritanie. 

Pays Cas confirmés Cas guéris Décès taux de mortalité
Algérie 584   35 6,00%
Maroc 574   33 5,75%
Tunisie 362   8 2,21%
Libye 8   0 0%
Mauritanie 6   1 16,67%

On comptait 702 cas le mardi 24 mars dernier dans l'ensemble de ces pays. C’est dire que le nombre de cas a plus que doublé en l’espace d’une semaine.

Cette augmentation rapide des cas de contagions s’explique par le fait qu’une personne malade du Covid-19 transmet le coronavirus SARS-CoV-2 à un certain nombre de personnes de son entourage, un taux de reproduction estimé entre 2 et 3 personnes, en moyenne, dans les pays aux économies les plus développées.


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Dans les pays du Maghreb et ceux plus au sud du continent, ce taux de reproduction devrait être beaucoup plus élevé, du fait de cellules nucléaires familiales plus élargies, et de rapports sociaux qui se fondent avant tout sur la notion du groupe, primant sur l’individu. En conséquence, du fait de ces rapports sociaux différents, qui caractérisent dans leur grande majorité les sociétés des pays de l’hémisphère sud comparées à celles du nord, les cas de contaminations vont continuer à augmenter dans les pays du Maghreb et ceux plus au sud du continent, avant de se stabiliser, puis de baisser si les conditions de confinement sont respectées.

Le strict respect du confinement est d’autant plus nécessaire que les pays de ces deux régions manquent de moyens pour effectuer des dépistages en nombre.

Le fait que les Etats des pays du Maghreb aient rapidement pris des décisions fortes, dont la fermeture de leurs frontières, l’interdiction des rassemblements de foules et la mesure du confinement de leurs habitants à domicile, a permis de freiner en partie la chaîne de transmission du virus et donc de réduire le rythme d’accélération des cas de contagion.


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Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu’au Maghreb, les données statistiques annoncées minorent certainement le nombre de cas avérés de Covid-19, étant donné que seules les personnes présentant les symptômes de la maladie, ou ayant été en contact direct avec les malades, sont dépistés.

Cette situation a pour conséquence que de nombreux malades du Covid-19 tant dans la région du Maghreb, que plus au sud du continent, potentiellement vecteurs de transmission du virus, ne sont pas placés à l’isolement sous le contrôle des autorités sanitaires et représentent donc un danger pour leur entourage.

A titre d’exemple, le premier décès lié au Covid-19 enregistré en Mauritanie ne figurait pas dans la liste des 5 personnes que les autorités sanitaires avaient répertoriées comme étant malades du Covid-19 dans ce pays. Cette personne, qui était de retour d’un voyage à l’étranger, était confinée dans sa chambre d’hôtel, et était porteuse du coronavirus SARS-CoV-2.


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Cette personne semblait bien portante, jusqu’à la veille de son décès, intervenu 14 jours après son arrivée sur le sol mauritanien, et donc à la veille de la fin de sa période de confinement obligatoire. Ce n’est qu’après son décès qu’une autopsie a pu confirmer que le défunt était bien porteur du coronavirus, bien que n’en présentant pas les symptômes.

Autre sujet d’inquiétudes: le taux de létalité des suites du Covid-19 des personnes contaminées par le virus au Maghreb reste relativement élevé, si on exclut les cas des malades qui viennent de pays durement touchés par la pandémie, comme l’Italie et l’Espagne, qui ont enregistré le plus de décès liés au Covid-19.

Ainsi, sur 1.534 cas positifs confirmés, on compte 77 décès, soit un taux de létalité de 5,02 %. Comparativement, au niveau mondial, sur 801.400 cas confirmés, on compte 38.743 décès, soit un taux de létalité de 4,83 %.


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Mais ce pays de la partie orientale de l’Afrique du Nord qu'est l’Egypte, où 656 cas de malades du Covid-19 ont été confirmés, et 41 décès annoncés, dépasse, par son taux de létalité de l’ordre de 6,25%, les taux enregistrés dans les pays du Maghreb.

Toutefois, si on exclut les cas particuliers de malades du Covid-19 venus d’Italie (où un bilan fait état de 11.591 morts pour 101.739 cas, soit un taux de létalité de l’ordre de 11,39%) et d’Espagne (où un bilan fait état de 8.189 morts sur 94.417 cas confirmés, soit un taux de létalité de l’ordre de 8,67%), le taux de létalité du Covid-19 au niveau mondial tombe à 3,13% (18.963 décès pour 605 244 cas confirmés).

Plus clair encore, comparativement à l’ensemble des pays au sud du continent, où globalement 3.192 cas de malades du Covid-19 ont été confirmés, on dénombre près de 50 décès, soit un taux de létalité de 1,57%. Si on exclut les différents biais statistiques, on peut indiquer que le Covid-19 est beaucoup plus meurtrier au Maghreb et en Egypte que dans les pays du sud du continent.

Cette faiblesse du taux de mortalité des pays du sud du continent, dont les équipements infrastructurels en matière de santé sont, de notoriété publique, réputé dans leur majorité être moins performants que ceux des pays du Maghreb, s’explique sans doute par l’usage, dans plusieurs pays de la chloroquine, pour le traitement du paludisme et de la malaria, des maladies qui entraînent annuellement des dizaines, voire des centaines de milliers de morts dans ces pays. Habitué par la force des choses à être traités par la chloroquine, l’organisme des habitants de ces pays résisteraient sans doute mieux à au danger de contagion potentielle que représente le coronavirus.


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A ce titre, avec les résultats concluants des tests réalisés en laboratoire, à Marseille, dans le sud de la France, par le professeur Didier Raoult, infectiologue et biologiste, spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes, de plus en plus de médecins proposent de prescrire la chloroquine même aux formes les plus bénignes du Covid-19.

Les pays du Maghreb devraient eux aussi connaître une baisse du taux de létalité du Covid-19 dans les jours qui suivent, suite à l’adoption de traitements à base de chloroquine par les Etats pour le traiter les cas de Covid-19.

Selon Mohamed Bekkat Berkani, président, en Algérie, du Conseil national de l’Ordre des médecins, et membre de la Commission nationale de veille et de suivi de l’évolution de l’épidémie du coronavirus en Algérie, la réaction de patients malades du Covid-19 d’ores et déjà traités à l’hydroxychloroquine, un dérivé de la chloroquine, devrait se manifester dans  10 jours.
Le 31/03/2020 Par Moussa Diop