Accord commercial États-Unis/Afrique: tout en imposant ses conditions, Donald Trump prolonge l’Agoa d’une petite année

Le président Donald Trump annonçant les surtaxes douanières appliquées aux différents pays de la planète.

Le 05/02/2026 à 16h49

L’Agoa, accord commercial qui permet aux pays d’Afrique subsaharienne d’exporter des milliers de produits sans droit de douane vers les États-Unis, a été prolongé d’une année par le président Trump. Une bouffée d’oxygène qui profite aux deux parties et qui permettra à Washington de réformer de manière structurelle cet accord en vigueur depuis 2000.

L’African Growth and Opportunity Act (Agoa), l’accord commercial préférentiel entre les États-Unis et 30 pays subsahariens en vigueur depuis mai 2000 et qui a expiré le 30 septembre 2025, a été finalement prolongé par le président Donald Trump, le 3 février.

Cette prolongation, votée pour trois ans par la Chambre des représentants en janvier dernier, n’a finalement bénéficié qu’une année de sursis après la récupération du dossier par la Maison Blanche. L’accord a ainsi été relancé avec effet rétroactif, c’est-à-dire que les exportations des pays africains concernés au cours des derniers mois -octobre 2025 à janvier 2026- seront finalement exemptées de droits de douanes.

L’Agoa, pièce maitresse des relations commerciales entre les États-Unis et les pays africains, permet à une trentaine de pays d’Afrique subsaharienne d’exporter de nombreux produits (agroalimentaires, agricoles, textile et habillement, véhicules, minerais,…) vers les États-Unis sans droits de douane, à condition de respecter une série de conditions (pluralisme politique, lutte contre la corruption, respect des droits de l’homme…).

En 2024, les pays africains ont exporté l’équivalent de 8,23 milliards de dollars de marchandises dans le cadre de l’Agoa. Selon les données de la Commission américaine du commerce international (USITC), cet accord bénéficie surtout à une poignée de grands pays africains. Ainsi, si on se base sur les données de 2024, l’Afrique du Sud et le Nigeria ont été les grands bénéficiaires de l’Agoa. L’Afrique du Sud a représenté 50% de ce montant grâce à ses exportations d’automobile, de métaux précieux, de produits agricoles,… Le pays demeure le principal bénéficiaire de cet accord préférentiel. Loin derrière, suit le Nigeria avec environ 20% du montant grâce à ses exportations d’hydrocarbures (pétrole et gaz).

Par secteur, les produits bénéficiant de cet accord sont les équipements de transport (2,6 milliards de dollars), l’énergie (1,9 milliard), le textile (1,2 milliard), l’agriculture (1 milliard), les métaux et minerais (0,8 milliard)…

Il faut dire que malgré le fait que l’Agoa soit un accord bénéfique pour les deux parties, il a été utilisé comme levier par l’administration Trump pour obliger certains pays africains à accéder à ses demandes.

C’est ce qu’avait confirmé le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, en soulignant qu’en octobre 2025 les États-Unis avaient conditionné une prolongation de l’Agoa à l’acceptation de migrants expulsés des Etats-Unis. Le Ghana, le Soudan du Sud, le Lesotho et le Rwanda ont officiellement accepté de recevoir des migrants irréguliers expulsés des États-Unis. D’autres l’ont accepté mais sans le reconnaitre officiellement.

Le Lesotho sera un grand bénéficiaire de la prolongation de l’Agoa. En effet, c’est grâce à cet accord que le pays s’est spécialisé dans la confection de jeans exportés vers le marché américain. Le secteur du textile est devenu le plus grand pourvoyeur d’emplois du pays avec plusieurs dizaines de milliers de postes créés. En 2024, ce petit pays a exporté pour 150 millions de dollars de marchandises, essentiellement du textile, vers les Etats-Unis. Suite à la mise en place des surtaxes douanières et la fin de l’Agoa, des licenciements massif avaient été enregistrés dans les unités de confections de jeans.

Au-delà de cette condition, la prolongation de l’Agoa par l’administration Trump est aussi soumise à des conditions. Ainsi, il est demandé aux pays africains d’ouvrir davantage leurs marchés aux produits américains, notamment les produits agricoles et d’élevage. Ensuite, les Etats-Unis souhaitent plus d’implication des PME américaines dans les échanges commerciaux entre les deux régions afin d’augmenter les retombées économiques pour les Etats-Unis.

En clair, les pays bénéficiaires doivent s’ouvrir davantage aux produits et aux entreprises américaines. Seulement, on ignore comment ces conditions vont se matérialiser concrètement sur le terrain pour permettre aux pays africains de bénéficier pleinement de cet accord préférentiel.

En plus, suite à la prolongation, on ne sait pas encore s’il bénéficiera à tous les pays dans les mêmes conditions qu’auparavant. Ce n’est pas sur.

En décembre 2025, seulement 10 pays ont été placés sur la liste des pays éligibles à l’Agoa, selon la mise à jour du Bureau du représentant américain au commerce (USTR). Il s’agit Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya, la Namibie, le Malawi, l’Angola, la Tanzanie, le Ghana, le Botswana et le Togo.

Les pays exclus de l’Agoa supporteront les surtaxes douanières appliquées par Trump.

Malgré les relations tendues entre Washington et Pretoria, l’Afrique du Sud figure parmi les pays jugés éligibles, selon la liste publiée en décembre dernier.

Il faut dire aussi que les Etats-Unis, qui importent des métaux précieux d’Afrique du Sud dont le platine (l’Afrique du Sud détient 70% de la production mondiale de ce minerai devant la Russie et le Zimbabwe), ont besoin de ces minerais pour leur industrie. En important sans droit de douane, les producteurs américains améliorent leur compétitivité face aux producteurs d’autres pays concurrents dont la Chine qui offre un accès sans droit de douane à la quasi-totalité des minerais et produits agricoles des pays d’Afrique subsaharienne.

Enfin, si la prolongation de l’Agoa est une bouffée d’oxygène pour les pays africains, la prolongation pour une seule année n’encourage pas les investissements dans les pays africains d’autant plus que la Maison Blanche a indiqué travailler avec les élus américains pour «moderniser le programme afin de l’aligner sur la politique ”Amérique d’abord” du président Trump». En clair, cette prolongation d’une année va servir à réformer l’Agoa.

Jamieson Greer, représentant au Commerce de la Maison Blanche, a donné le ton de ce que deviendra l’accord. «L’Agoa du XXIe siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux et offrir un meilleur accès au marché aux entreprises, aux agriculteurs et aux éleveurs américains».

Finalement, tout le monde est gagnant. Pour les Etats-Unis, s’il y a moins de droits de douane à encaisser, les importations en franchise de douane contribuent à rendre les produits bruts importés d’Afrique et confectionnés aux Etats-Unis plus compétitifs. Ensuite, en facilitant l’accès des produits africains, Washington se met au même pied d’égalité avec la Chine qui accorde des franchises de droit de douane pour les minerais et produits agricoles à la quasi-totalité de l’Afrique subsaharienne.

Ainsi, cet accord contribue à lutter contre l’influence grandissante de la Chine en Afrique, surtout dans le domaine minier où les Etats-Unis cherchent à se libérer de leur dépendance justement de la Chine. Cette dernière a mis la main sur de nombreuses mines en Afrique pour s’approvisionner en minerais critiques (cobalt, nickel, lithium, manganèse, terres rares…).

Pour les pays africains, notamment les principaux exportateurs vers les États-Unis et qui sont éligibles, c’est une véritable bouffée d’oxygène. En effet, parmi les pays bénéficiaires de cet accord, ce sont des secteurs entiers de leurs économies qui étaient menacés comme textile au Lesotho et au Kenya, l’automobile en Afrique du Sud, hydrocarbures au Nigeria, qui se trouvent revigorés. Seulement, la durée d’une année ne favorise pas les investissements à long terme pour exporter vers les Etats-Unis.

Par Moussa Diop
Le 05/02/2026 à 16h49