Pour cette année, certains pays entrent dans une zone de haute tension électorale. Rarement autant de pays n’auront, en l’espace de douze mois, soumis leurs équilibres institutionnels et leurs trajectoires économiques au verdict des urnes. De Kampala à Cotonou, d’Addis-Abeba à Rabat, de Lusaka à Juba, chaque scrutin dépasse la simple arithmétique électorale pour devenir un test de résilience de l’État ou de crédibilité démocratique. Dans un continent traversé par l’inflation, la dette, la pression démographique et les recompositions géopolitiques, 2026 apparaît comme un moment de vérité démocratique comme économique par ailleurs.
Ce qui rend cette période singulière, c’est qu’elle oppose deux dynamiques contradictoires. D’un côté, une jeunesse urbaine, connectée, politiquement impatiente, confrontée au chômage et au coût de la vie. De l’autre, des régimes souvent installés dans la durée, dont la survie repose sur le contrôle des institutions électorales, des forces de sécurité et des ressources publiques.
La confrontation ne se joue donc pas seulement dans les urnes, mais dans la capacité des États à produire des élections crédibles dans un environnement socio-économique sous pression.
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L’Ouganda est le symbole le plus éclatant de cette tension. Le 15 janvier 2026, le pays organise une présidentielle et des législatives dans un contexte où Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, brigue un nouveau mandat après avoir fait lever les verrous constitutionnels sur la durée et l’âge. La Commission électorale a confirmé la date du scrutin, tandis que les grandes agences internationales décrivent déjà une campagne sous haute surveillance sécuritaire.
L’opposition, incarnée par Bobi Wine, s’appuie sur une jeunesse urbaine qui voit dans l’économie pétrolière émergente une promesse confisquée par un pouvoir vieillissant. Le gouvernement, lui, met en avant la stabilité, les investissements énergétiques et la croissance. Le scrutin devient ainsi un référendum sur la longévité du régime plus qu’un simple choix de politique publique.
Cette même dialectique entre continuité et basculement traverse le Bénin. En avril 2026, le pays élira un nouveau président après deux mandats de Patrice Talon. Les législatives de janvier serviront de prélude stratégique, car elles détermineront l’équilibre parlementaire dans lequel se déroulera la présidentielle. La Commission électorale nationale autonome a publié son chronogramme, ce qui donne au processus une ossature institutionnelle solide. Mais derrière cette rigueur procédurale se cache un enjeu politique majeur sur la capacité du système taloniste à survivre à son fondateur.
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Plus au nord, l’Algérie prépare ses législatives prévues pour juin 2026 dans un climat de lassitude sociale et de prudence politique. Depuis le Hirak, le système a cherché à se régénérer sans se transformer radicalement. La participation électorale est devenue un indicateur plus important que la victoire d’un parti, tant elle mesure la confiance des citoyens dans la capacité du Parlement à peser réellement sur les choix économiques et sociaux. Dans un pays où la rente hydrocarbure reste centrale, l’enjeu du scrutin est de savoir si la représentation politique peut accompagner la diversification économique sans provoquer de chocs sociaux.
Prévues pour septembre 2026, les élections législatives marocaines, qui renouvelleront les 395 sièges de la Chambre des représentants, s’annoncent comme un test majeur pour le Rassemblement national des indépendants (RNI) du premier ministre, d’Aziz Akhannouch. Elles interviennent dans un contexte de réformes du cadre électoral engagées par l’administration, à l’issue de consultations avec les partis, afin de renforcer la transparence, la participation et la représentation des femmes et des jeunes.
Au-delà des règles du jeu, le scrutin sera d’abord un arbitrage sur la performance économique et sociale. Le coût de la vie, l’emploi des jeunes, la qualité des services publics et l’équité territoriale dominent les préoccupations d’un électorat urbain et populaire dont la confiance dans les partis reste fragile.
Au Soudan du Sud, les rivalités entre Salva Kiir et Riek Machar font des élections générales en décembre 2026 un pari sur la paix elle-même.
Sur le plan politique, la bataille opposera les principales forces parlementaires dont le RNI, l’Istiqlal, le Parti authenticité et modernité (PAM), l’Union socialiste des forces populaires (USFP) ou encore le Parti du progrès et du socialisme (PPS), qui occupent aujourd’hui des positions clés au Parlement dans une compétition où la capacité à proposer des réponses crédibles au malaise social primera sur les alliances. Les législatives de 2026 diront ainsi si le système politique parvient à convertir la stabilité institutionnelle en adhésion citoyenne, condition clé pour le prochain cycle de réformes du Royaume.
À l’autre extrémité du spectre, l’Éthiopie s’avance vers des législatives prévues en juin 2026 dans une atmosphère lourde d’incertitudes. Le gouvernement a annoncé la date, mais la capacité réelle de l’État fédéral à organiser un vote dans l’ensemble du territoire reste une question ouverte. Les tensions ethniques, les conflits récents et les déplacements de population font de ce scrutin un test de crédibilité nationale.
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A Addis Abeba, Abiy Ahmed et son Prosperity Party cherchent à transformer la sortie de crise en légitimité politique, tandis que les oppositions régionales dénoncent une centralisation excessive. Ici, l’économie et la politique sont indissociables, car la reconstruction, l’investissement et la stabilité monétaire dépendent directement de la reconnaissance du pouvoir issu des urnes.
En Afrique centrale, le Cameroun et le Congo illustrent deux formes de verrouillage institutionnel. À Yaoundé, les législatives de 2026 interviennent après la prolongation du mandat de l’Assemblée nationale jusqu’en mars, ce qui montre à quel point le calendrier électoral est devenu un instrument politique.
Dans un pays confronté au conflit anglophone et à la dégradation du pouvoir d’achat, le vote est perçu moins comme un mécanisme de choix que comme un thermomètre de frustration sociale. À Brazzaville, la présidentielle de mars 2026 devrait reconduire Denis Sassou Nguesso, selon les configurations politiques actuelles. La question n’est pas tant de savoir qui gagnera, mais avec quel degré de participation et quelle crédibilité institutionnelle, dans une économie toujours dépendante du pétrole.
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Plus au sud, la Zambie offre un autre contraste. La Commission électorale a publié un calendrier détaillé pour le scrutin du 13 août 2026, donnant au processus une transparence technique rare dans la région. Le président Hakainde Hichilema joue sa crédibilité économique après des réformes difficiles liées à la dette et à l’inflation. L’opposition, elle, tente de capitaliser sur le mécontentement social. Ici, la bataille électorale se jouera sur la capacité du gouvernement à prouver que la discipline macroéconomique produit des bénéfices tangibles pour les ménages.
En Afrique de l’Ouest, la Gambie s’apprête à une présidentielle en décembre 2026, dans un pays encore marqué par la transition post-Jammeh. La commission électorale a publié son calendrier opérationnel, signe d’un État qui tente d’institutionnaliser la démocratie. Adama Barrow cherche un nouveau mandat, mais la question centrale est celle de la confiance dans les institutions, dans une économie fragile et très dépendante du tourisme et de l’aide extérieure.
Dans les petits États insulaires comme le Cap-Vert et São Tomé-et-Principe, 2026 sera également une année charnière. Le Cap-Vert, souvent cité comme modèle démocratique, jouera sur la crédibilité de ses politiques économiques et sociales dans un contexte de vulnérabilité aux chocs extérieurs. São Tomé, lui, affronte une volatilité politique chronique, et la présidentielle de juillet suivie des législatives de septembre devra déterminer si le pays peut sortir d’un cycle de crises exécutives qui pèse sur l’investissement et la gouvernance.
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Dans la Corne de l’Afrique, Djibouti et la Somalie incarnent deux extrêmes. À Djibouti, la réforme constitutionnelle levant la limite d’âge ouvre la voie à une nouvelle candidature d’Ismaïl Omar Guelleh pour la présidentielle prévue en 2026. Le pays, clé stratégique pour les puissances étrangères, reste économiquement stable mais socialement sous tension. En Somalie, en revanche, l’élection de 2026 est encore largement une équation politique non résolue, tant la sécurité, le modèle de vote et les compromis entre élites conditionnent la tenue même du scrutin. Les organisations internationales alertent déjà sur le risque d’une crise de légitimité si aucun accord politique n’est trouvé.
Enfin, le Soudan du Sud, qui doit organiser des élections générales en décembre 2026 après de multiples reports, représente le cas le plus fragile. La transition prolongée, l’absence de recensement et les rivalités entre Salva Kiir et Riek Machar font de ce scrutin un pari sur la paix elle-même. L’économie pétrolière, minée par la corruption et l’instabilité, ne peut se redresser sans un État légitime. L’élection n’est donc pas un aboutissement mais un préalable à toute reconstruction.
Au total, 2026 ne sera pas une simple succession de dates électorales. Ce sera une confrontation entre États et sociétés, entre promesses économiques et réalités sociales, entre institutions formelles et légitimité vécue. Dans un continent où la croissance ne suffit plus à acheter la paix sociale, chaque bulletin de vote pèsera bien plus que le nom d’un président ou d’un député. Il pèsera sur la capacité de l’Afrique à entrer dans une décennie de stabilité ou à replonger dans le cycle des contestations et des transitions inachevées.
















