Réunis jeudi à Salé, au siège du bureau régional de la FIFA au Maroc, situé au sein du Complexe Mohammed VI de football, les responsables de l’instance internationale ont livré un état des lieux détaillé de l’impact du programme FIFA Forward en Afrique. L’exercice, au-delà de la communication institutionnelle, éclaire la manière dont la FIFA entend inscrire le développement du football africain dans une trajectoire durable, en combinant investissements matériels, renforcement des capacités locales et politiques d’inclusion.
À l’échelle mondiale, la FIFA indique avoir mobilisé plus de 5 milliards de dollars depuis le lancement de FIFA Forward en 2016. L’Afrique en capte près d’un quart, ce qui en fait l’une des régions prioritaires du dispositif, au même titre que l’Asie et l’Amérique latine. Cette orientation s’explique à la fois par l’ampleur des besoins structurels du continent et par le poids croissant du football africain dans l’économie mondiale du sport.
Les chiffres communiqués pour la période 2016-2025 donnent la mesure de cet effort. Au total, 201 projets d’infrastructure ont été financés en Afrique. Ils couvrent un spectre large, allant de la rénovation de stades à la création de centres techniques, en passant par l’aménagement de terrains et d’installations annexes. Les rénovations mineures de stades, tribunes et sièges représentent 28 projets pour un montant cumulé de 21,64 millions de dollars, traduisant une priorité accordée à la remise à niveau d’infrastructures existantes plutôt qu’à la construction systématique de nouveaux équipements.
Les investissements dans les terrains naturels, incluant le gazon, les systèmes d’irrigation et la gestion de l’eau, restent plus modestes en volume financier, avec quatre projets pour un montant global de 757 501 dollars. À l’inverse, les terrains en gazon artificiel occupent une place centrale dans la stratégie de déploiement, avec 52 projets financés pour près de 42,5 millions de dollars.
Ce choix technique répond à des contraintes climatiques et budgétaires, mais aussi à une logique d’intensification de l’usage des installations dans des contextes où la maintenance du gazon naturel demeure coûteuse et aléatoire.
Lire aussi : Pourquoi la FIFA refuse toute ingérence des États dans les fédérations nationales?
La part la plus significative des financements concerne toutefois les infrastructures polyvalentes. Cent deux projets ont été consacrés à des centres techniques, sièges de fédérations, gymnases, installations médicales et bâtiments multifonctionnels, pour un total dépassant 103,6 millions de dollars. À cela s’ajoutent sept projets d’hébergement, incluant dortoirs et structures assimilées, pour un montant de 5,81 millions de dollars, ainsi que huit projets de projecteurs et d’éclairage, y compris des dispositifs solaires, représentant près de 1,49 million de dollars.
Derrière l’agrégation de ces chiffres se dessine une logique d’écosystème. La FIFA ne se limite plus à financer des terrains ou des stades isolés, mais cherche à doter les fédérations africaines d’outils complets, capables d’accueillir la formation, la médecine sportive, l’administration et la préparation des équipes nationales. Cette approche systémique vise à réduire la dépendance structurelle vis-à-vis de solutions temporaires ou externalisées, longtemps caractéristiques de nombreux pays africains.
Pour Gelson Fernandes, directeur régional de la division Associations membres de la FIFA pour l’Afrique, l’enjeu dépasse largement la matérialité des investissements. «Au-delà de l’aspect budgétaire, les projets de la FIFA ont un impact humain important», a-t-il souligné lors du briefing. Le football est ici envisagé comme un vecteur d’opportunités sociales, générateur d’emplois directs et indirects, et espace d’inclusion pour les jeunes, filles et garçons confondus.
En finançant des infrastructures de proximité et des centres de formation, la FIFA cherche à ancrer la pratique du football dans les territoires, loin des seules capitales et des grands clubs professionnels. L’objectif affiché est de créer des conditions favorables à l’émergence de talents locaux.
La projection vers l’avenir, telle que formulée par Gelson Fernandes, s’inscrit dans cette continuité. «Pour l’avenir, nous envisageons beaucoup de choses avec chaque fédération, en termes de terrains, de stades, de compétitions et de renforcement de capacité», a-t-il indiqué, laissant entrevoir une montée en puissance des volets immatériels du programme, notamment en matière de gouvernance, de gestion financière et de formation des cadres, une orientation qui répond à un constat largement partagé par les instances internationales :les limites du développement du football africain ne résident pas uniquement dans le déficit d’infrastructures, mais aussi dans la fragilité institutionnelle de certaines fédérations.
La FIFA Forward conditionne ainsi une partie de ses financements au respect de critères de bonne gouvernance, de transparence financière et de planification stratégique, conformément aux standards internationaux.
Le briefing de Salé a également permis de mettre en lumière plusieurs programmes complémentaires, conçus pour élargir l’impact de FIFA Forward. FIFA Arena, par exemple, vise à créer des espaces de jeu accessibles dans des zones urbaines ou périurbaines densément peuplées, en ciblant particulièrement les jeunes publics. Football for Schools s’inscrit, quant à lui, à l’interface entre sport et éducation, en intégrant la pratique du football dans les programmes scolaires, en partenariat avec les ministères de l’Éducation et les fédérations nationales.
Le développement du football féminin constitue un autre pilier stratégique. Longtemps marginalisé dans de nombreux pays africains, il bénéficie désormais de lignes de financement dédiées, orientées vers la création de compétitions nationales, la formation des entraineures et arbitres, et l’amélioration des conditions de pratique. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de croissance rapide du football féminin au niveau mondial, que la FIFA entend accompagner de manière plus équilibrée sur le plan géographique.
Lire aussi : Football: la CAF face aux nouveaux enjeux de gouvernance économique
L’Afrique apparaît, dans ce cadre, comme un laboratoire grâce à la diversité des contextes nationaux, la jeunesse démographique et l’enthousiasme populaire pour le football, qui offrent un terrain propice à l’expérimentation de modèles hybrides. Les responsables de la FIFA soulignent régulièrement que la réussite des projets dépend étroitement de l’implication des fédérations bénéficiaires et de leur capacité à inscrire les investissements dans des stratégies nationales cohérentes.
D’un point de vue macroéconomique, les montants engagés par FIFA Forward restent modestes au regard des budgets publics ou des investissements privés dans d’autres secteurs. Ils n’en constituent pas moins un flux financier stable et prévisible, susceptible de jouer un rôle contracyclique dans des économies souvent exposées à la volatilité. Les chantiers d’infrastructure génèrent une activité locale, mobilisent des entreprises nationales et contribuent, à la marge, à la formalisation de certaines filières.
En concentrant plus de 1,2 milliard de dollars sur l’Afrique depuis 2016, la FIFA a envoyé un signal clair quant à ses priorités géographiques. Reste à savoir si cette injection financière, sans précédent par son ampleur, parviendra à combler les écarts structurels et à inscrire le football africain dans une trajectoire de développement autonome, au-delà de la seule logique de rattrapage.
