L’Afrique en 2025... Et toujours ce continent qui avance à deux vitesses

Rétrospective de l'Afrique en 2025

Le 01/01/2026 à 15h39

Du renouvellement des grandes institutions panafricaines à la tenue du G20 à Johannesburg, en passant par une série d’élections nationales et des événements culturels et sportifs d’envergure, les douze mois écoulés ont dessiné une cartographie africaine où se mêlent avancées structurelles et fragilités persistantes.

L’hiver 2025 a été marqué par le rendez-vous majeur du cinéma africain. Du 22 février au 1er mars, la 29ᵉ édition du FESPACO, à Ouagadougou, a réaffirmé la vitalité de la production cinématographique panafricaine et ses enjeux de marché et d’image, couronnant plusieurs films lors d’une édition placée sous le signe du renouvellement des auteurs et des formes.

Sur le plan institutionnel, la succession à la tête de la Commission de l’Union africaine s’est réglée au cours du printemps car après un scrutin indirect, Mahamoud Ali Youssouf a été élu et a pris ses fonctions en mars 2025, actant une rotation dans la direction d’une institution confrontée aux défis de son adaptation opérationnelle et politique.

Le 29 mai, lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan, Dr Sidi Ould Tah a été élu neuvième président de l’institution, une élection que la banque a elle-même confirmée dans un communiqué officiel. Le renouvellement au sommet de la BAD intervient dans un contexte où la question du financement du développement africain et la réforme de l’architecture financière internationale restent au premier plan des priorités.

Au même moment, l’agenda électoral national a continué d’ouvrir des séquences décisives. En Guinée, la situation politique est restée une source de tensions tout au long de l’année, avant de culminer en un scrutin présidentiel très contesté en décembre. Les élections et consultations organisées en 2025 ont, à des degrés divers, mis en lumière le double mouvement de normalisation institutionnelle et de restriction des espaces politiques dans certains pays.

L’année 2025 a été rythmée par plusieurs élections présidentielles et générales aux enjeux contrastés.

En avril, le 12 avril 2025, le Gabon a tenu un scrutin présidentiel qui, selon les résultats provisoires et la confirmation du Conseil constitutionnel, a consacré Brice Oligui Nguema, ancien chef de la junte, avec un score élevé et une procédure que des observateurs ont qualifiée d’unilatérale. Sa prestation de serment début mai a marqué la fin d’une transition amorcée en 2023 après le renversement de la dynastie Bongo.

Au sud du continent, le 16 septembre, le Malawi a organisé des élections générales qui ont abouti, selon l’administration électorale et les agences de presse, à la victoire de l’ancien président Peter Mutharika, résultat qui a été confirmé et documenté par les organes officiels et la presse internationale.

L’un des scrutins les plus controversés s’est déroulé en octobre à la date du 29: la Tanzanie a connu des élections générales au cours desquelles l’issue officielle a donné une réélection écrasante pour la présidente Samia Suluhu Hassan. Observateurs et missions d’évaluation, dont la mission de l’Union africaine, ont cependant relevé des manquements aux standards démocratiques et signalé des exclusions de candidats et des tensions post-électorales avec des manifestations et des opérations de maintien de l’ordre.

La fin de l’année a vu des consultations majeures en Afrique centrale, le 28 décembre, la République centrafricaine a tenu des élections générales, et, le 30 décembre, la Guinée a connu un scrutin présidentiel dominé par le militaire Mamadi Doumbouya, dans un contexte d’accusations d’intimidation et de restrictions de l’opposition. Ces scrutins de décembre ont cristallisé la double préoccupation du continent celle de la nécessité de garantir la stabilité politique et la demande, chez nombre d’électeurs, d’un renouvellement des performances économiques.

Son voisin de Conakry a aussi subi le même sort de ce qui prévalu l’arrivée de Doumbouya au pouvoir. En pleine campagne pour sa réélection, Umaro Sissoco Embalo s’était mis en scène balai à la main, jurant d’éradiquer la corruption, l’injustice et l’inefficacité. Quelques semaines plus tard, l’image s’est retournée contre lui car le 26 novembre, à la veille de la proclamation des résultats, le «nettoyeur» a été lui-même balayé par un coup d’État militaire.

Un coup d’Etat aux zones d’ombre persistantes, aussitôt dénoncé par ses adversaires comme une «imposture» montée pour prolonger la mainmise de son clan sur le pouvoir. Dans la foulée, son ancien directeur de cabinet, le général Horta N’Tam, qu’Embalo avait propulsé à la tête de l’état-major, s’est installé aux commandes du pays. Le président déchu, après des haltes au Sénégal puis au Congo-Brazzaville, s’est finalement réfugié à Rabat, où il s’est établi avec ses proches.

Sur le plan diplomatique, 2025 a consolidé plusieurs avancées notables. En novembre, le 22 et 23 novembre 2025, Johannesburg a accueilli le sommet du G20, la première édition tenue sur le sol africain. La réunion a été l’occasion d’une déclaration des chefs d’État et de gouvernement centrée sur la dette, la transition énergétique et la réforme de l’architecture financière internationale, mais aussi d’un débat sur la place du continent dans les chaînes de valeur mondiales. Le sommet a été suivi d’un important rebond médiatique et diplomatique en raison de l’absence ou de la présence réduite de certains grands acteurs et des tensions déclarées avec la présidence américaine.

Parallèlement, l’activation de mécanismes régionaux et la mise en œuvre opérationnelle de la Zlecaf ont continué d’alimenter l’agenda économique continental : rapports et foras, dont l’Afreximbank, ont publié au cours de l’année des analyses chiffrées sur l’état du commerce intra-africain et les besoins d’investissement pour transformer les chaînes de valeur. Ces documents mettent en évidence l’écart entre le potentiel d’intégration (marché de plusieurs milliers de milliards de dollars) et la lenteur des infrastructures et des politiques publiques nécessaires à son exploitation.

Les crises sécuritaires ont marqué l’année 2025 à plusieurs reprises. Le conflit soudanais s’est prolongé, avec des épisodes de violence et une détérioration humanitaire signalée par les organisations internationales ; la situation a donné lieu à des appels répétés au cessez-le-feu et à des mesures de pression diplomatique, tout en suscitant des enquêtes et des sanctions ciblées contre des réseaux accusés d’alimenter le conflit.

Dans la région du Mozambique, l’insurrection liée à des groupes affiliés à l’État islamique a connu une nouvelle intensification en 2025, provoquant des déplacements massifs et mettant en tension la fragile reprise économique autour des projets gaziers offshore. Les événements de l’année confirment que la sécurisation des grands projets extractifs et la protection des populations civiles demeurent des défis prioritaires.

Sahara: la consécration du plan marocain d’autonomie

Consacrant «l’autonomie sous souveraineté marocaine» comme la solution la plus réalisable et incitant l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU à mener des négociations sur la base du plan d’autonomie, la résolution 2797 du Conseil de sécurité a été adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité. Point d’inflexion majeur dans le processus de règlement du conflit sur le Sahara marocain, la décision sonne la fin de partie pour l’Algérie et interroge sa capacité à tourner la page d’un demi-siècle d’hostilité envers le Maroc et de se projeter vers l’avenir.

Cette décision marque en même temps une date importante dans l’histoire contemporaine du Maroc et conforte la vision et la détermination du roi Mohammed VI pour solder le conflit artificiel du Sahara.

Le fait que le Conseil de sécurité exhorte le SG de l’ONU et son envoyé personnel à «mener des négociations s’appuyant sur la Proposition d’autonomie du Maroc» est capital. On ne parle pas d’une «proposition d’autonomie» abstraite, mais bien de celle du Royaume, donc d’un plan national et souverain. En langage onusien, cela s’appelle les limites d’un mandat ou le cadre à ne pas dépasser. Et le Conseil de sécurité a décidé que le cadre des négociations se fera sur la base de la proposition d’autonomie, formulée par le Royaume du Maroc.

L’année 2025 a été jalonnée d’annonces d’investissements et d’initiatives stratégiques sur le plan économique. Le rapprochement entre des entreprises mondiales et des acteurs panafricains de l’infrastructure numérique a été l’un des traits marquants, c’est la collaboration entre Nvidia et le groupe panafricain Cassava (projet annoncé/confirmé tout au long de 2025) a posé les jalons d’un déploiement d’installations d’informatique accélérée (GPU) destinées à réduire le «compute gap» africain et à soutenir le développement local de l’intelligence artificielle.

Les projets annoncés, assortis d’engagements financiers et d’un calendrier d’implantation dans plusieurs pays, ont été largement repris par la presse spécialisée et par les communiqués d’entreprise.

Dans la sphère financière, la gouvernance des institutions régionales a été au centre des préoccupations publiques : la passation à la tête de la Banque africaine de développement, le 29 mai a été immédiatement interprétée comme un arbitrage stratégique pour la conduite des investissements dans les infrastructures et la lutte contre la pauvreté. Les rapports d’organismes financiers continentaux ont souligné la nécessité d’une plus grande mobilisation des ressources internes et d’une rénovation des cadres de solvabilité pour accompagner la transition énergétique et la diversification économique.

Sur le plan sportif, l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations a donné lieu à une forte attention médiatique continentale et internationale: la 35ᵉ édition, programmée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, a été suivie comme un fait d’image et d’attractivité pour le pays hôte. Les phases finales et les performances sportives ont été largement couvertes par les agences et ont constitué un marqueur de soft power régional.

Des enjeux d’image

La tenue des grands festivals et biennales — FESPACO en février-mars, le Festival international du film de Marrakech en décembre et la visibilité croissante des contributions africaines à des manifestations globales (Venise, biennales d’art et d’architecture) — a illustré, tout au long de 2025, la trajectoire ascendante des industries culturelles du continent. Ces événements ont conjugué remise de prix, appels à financement et débats sur la mobilité des œuvres et la préservation des patrimoines.

L’année 2025 laisse un héritage contrasté. Du côté des avancées, la tenue à Johannesbourg du G20, l’élection d’un nouveau président de la BAD et des annonces d’investissements technologiques sont des signaux positifs en faveur d’un renforcement des capacités économiques et d’une intégration accrue. Les rapports d’analyse économique insistent néanmoins sur l’écart persistant entre annonces et réalisations car il reste à transformer l’investissement en gains productifs durables et inclusifs.

En revanche, la persistance des foyers de violence- du Soudan au nord du Mozambique— et les failles constatées dans plusieurs processus électoraux rappellent que la consolidation démocratique et la sécurité restent des préalables indispensables à toute trajectoire de croissance soutenable. La diplomatie africaine, enfin, montre une capacité croissante à peser sur les grandes scènes internationales, sans pour autant résoudre les différends régionaux qui continuent d’alimenter la fragilité.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 01/01/2026 à 15h39