Fermer

Algérie: la pseudo industrie de l'électroménager tuée par de mauvais choix politiques

Mise à jour le 29/10/2019 à 19h17 Publié le 29/10/2019 à 19h15 Par Karim Zeidane

#Economie
Electroménagers
© Copyright : DR

#Algérie : Les entreprises des secteurs électroménager et électronique tirent la sonnette d’alarme. Une quarantaine d’unités pourraient mettre la clé sous le paillasson avec, à la clé, une perte de 40.000 emplois. En cause, l’impact des deux mesures prises ces derniers mois par le gouvernement Bedoui.

Décidemment, la politique industrielle algérienne a montré ses limites, aussi bien au niveau du secteur automobile que celui de l’électroménager et électronique.

Ainsi, après les fermetures des unités de montage automobile faute de kits CKD/SKD, dont celui du leader sur le marché local, Renault Algérie, c’est au tour des unités spécialisées dans la fabrication de produits électroménagers (produits blancs et gris) et électroniques (téléphones) de tirer la sonnette d’alarme.

Selon les professionnels du secteur, près de 40 unités de fabrication d’appareils électroménagers et électroniques menacent de cesser leurs activités. Une décision qui mettrait quelque 40.000 employés au chômage, d’après les opérateurs du secteur.


LIRE AUSSI: Algérie. Le fiasco de la politique industrielle pousse Renault à envisager la suspension de sa production


Cette annonce de fermeture est le résultat des politiques successives mises en place par les différents gouvernements algériens au cours de ces dernières années.

D’abord, pour montrer un semblant d’industrialisation de l’économie algérienne, les autorités ont poussé les oligarques proches du régime à se lancer dans la mise en place d’unités de montage d’articles électroménagers et électroniques.

A l’instar des unités automobiles, les opérateurs ont commencé à importer tout en kits CKD et SKD pour faire uniquement le montage en Algérie, sans réellement apporter de valeur ajoutée.

Du coup, il y a eu une multiplication d’unités de montage de produits électroménagers et électroniques, détenues surtout par des oligarques proches de l’ancien régime et dont la production n’a réellement de «Made in Algérie» que l’étiquette.

Dans le sillage, il y a eu une inflation de la facture d’importation des kits CKD/SKD destinés au montage.


LIRE AUSSI: Algérie. Fiasco de l'industrie automobile: Bédoui porte un coup dur aux opérateurs


Suite à la chute du régime de Bouteflika, et face à une facture des importations que les autorités n’arrivent pas à réduire, le gouvernement Bedoui a décidé, à l’instar du secteur automobile, de mettre en place des quotas pour les importations de kits CKD/SKD. Les opérateurs se voient ainsi liés à des contraintes d’autorisations que délivre le ministère de l’Industrie.

Une décision qui vise à limiter le montant de la facture des importations de pièces, mais qui limite, par la même occasion, les volumes de production des acteurs du secteur. Une situation qui a poussé certains acteurs à réduire la cadence de leur production. Certaines unités, en manque de kits, sont déjà à l’arrêt.

Le coup fatal de cette politique tatillonne a été donné au secteur par le ministère des Finances en prenant la décision, le 29 septembre dernier, de substituer «au paiement cash des importations, actuellement en usage, le recours au différé de paiement de neuf mois, sans que celui-ci n’excède une année, s’agissant des opérations des produits électroménagers (les produits blancs et les produits gris) et de téléphonie». Seulement, se demandent les opérateurs du secteur: quel est ce fournisseur étranger qui va expédier sa marchandise en Algérie et attendre 9 mois pour se faire payer?


LIRE AUSSI: Algérie. Automobile: comment une politique industrielle précipitée a mené au désastre


A cela s’ajoutent d’autres contraintes à venir, à partir de fin décembre prochain, dont l’obligation à ce que les importations soient en FOB, le recours, en priorité, aux moyens de transport (navires, avions, etc.) battant pavillon algérien.

Conséquence pour les opérateurs du secteur: avec les quotas et les conditions de paiement des fournisseurs, il est impossible de poursuivre leurs activités. Du coup, cette décision de mettre la clé sous le paillasson vise à répondre à cette politique et à mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il lâche du lest, comme ce fut le cas au niveau du secteur automobile où le gouvernement, après l’arrêt des unités industrielles automobiles, a décidé d’ouvrir à nouveau les vannes des importations des kits CKD/SKD pour relancer un secteur en quasi arrêt.
Le 29/10/2019 Par Karim Zeidane