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Pétrole: l’Algérie dévoile le niveau de ses importantes réserves de pétrole et de gaz, mais...

Mise à jour le 28/04/2020 à 15h06 Publié le 27/04/2020 à 16h27 Par Karim Zeidane

#Economie
Pétrole algérie
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#Algérie : Le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, vient de dévoiler le niveau des réserves de l'Algérie en pétrole et gaz. Pour lui, au rythme actuel, le pays a encore 27 ans de production de l’or noir. Malgré ce potentiel, Alger a du mal à enrayer la spirale de la baisse de sa production.

C’est un sujet que les autorités algériennes ont toujours voulu garder secret, même si des institutions spécialisées ont déjà donné une idée relativement précise du niveau des réserves du pays.

Seulement, très sollicité ces derniers temps, dans le sillage de la chute inquiétante du cours du baril de pétrole et les conséquences sur l’économie algérienne, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, multiplie les sorties, les unes se voulant plus rassurantes que les autres, face à la crise que traverse le pays.

Ainsi, selon le ministre, «les réserves prouvées de pétrole en Algérie sont de 1.340 millions de tonnes, soit 10 milliards de barils». Un niveau des réserves qui placerait l'Algérie au 12e rang mondial avec moins de 0,8% des réserves mondiales.


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En outre, le ministre a souligné que les réserves en gaz naturel s’élèvent à 2368 milliards de mètres cubes, et le condensat de gaz naturel s’établit à 260 millions de tonnes. Ainsi, selon le ministre, au rythme de production actuelle, le pays a encore 27 ans de production de pétrole.

En clair, avec cette annonce le ministre veut montrer que le pays dispose de réserves importantes et peut accroître sa production pour faire face aux besoins financiers et donc économiques du pays. D’ailleurs, le ministre souligne que l’Algérie doit accroitre sa production pour relancer son économie.

Seulement, c’est à ce niveau que la situation se complique. D’abord, depuis plusieurs années, l’Algérie fait face à l’épuisement de ses puits de pétrole et de gaz du fait de l’absence d’investissements et d‘entretien. Ainsi, le pays produit actuellement environ 1 million de barils de pétrole par jour contre plus de 1,4 million en 2005, selon les données des autorités algériennes. Et la production ne cesse de décroitre avec l’épuisement des puits et le manque d’investissements dans les infrastructures qui font que les équipements de la Sonatrach souffrent d’obsolescence.


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Ensuite, la règle 51/49%, qui ne permet à l’investisseur étranger de détenir qu’une participation ne pouvant pas dépasser les 49% du capital d’une entreprise algérienne, et la fiscalité limitent l’attractivité du secteur des hydrocarbures algériens vis-à-vis des mastodontes du secteur pétrolier. Pour preuve, depuis 2008, seuls 20% des appels d’offres initiés par l’Algérie au niveau du secteur ont trouvé preneurs.

Conséquence, la production des gisements existants est sur un trend baissier alors que la consommation intérieure ne cesse de croître, réduisant chaque année un peu plus la partie de l’offre dédiée à l’export.

Face à cette situation qui n’augurait rien de bon, l’Algérie a adopté la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Celle-ci, tout en maintenant la règle 51/49%, offre un cadre juridique et fiscal qui permet de réduire le fardeau des lourds investissements et des risques élevés liés à la recherche de nouveaux gisements. Cette nouvelle loi a plus ou moins facilité des partenariats capitalistiques avec les majors mondiales du secteur des hydrocarbures grâce à un partage plus favorable de l’exploitation et des investissements. Et ce, à travers une palette de types de contrats adaptés aux différents risques industriels et un allongement de la durée des contrats. Mieux, cette nouvelle loi institue, au niveau fiscal, un taux fixe de l’impôt sur les résultats de 30% et supprime «la taxe sur les profits exceptionnels».


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N’ayant d'autre choix que de s’adosser à des majors du secteur pour exploiter son pétrole, l’Algérie a commencé à signer des mémorandums d’entente avec des partenaires étrangers pour l’exploration en Algérie, dont Exxon Mobile, Zarubezhneft, Turkiye Petrolleri Anonim Ortakliôli et Chevron. Des discussions sont en cours avec d’autres compagnies pétrolières, dont Conoco OMV, Gazprom Neft et Equinor.

Seulement, dans un secteur aussi capitalistique que les hydrocarbures, l’augmentation de la production vitale pour préparer la relance d’une économie en crise depuis plusieurs années, ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Entre la signature d’un mémorandum, le démarrage de l’exploration et la production, il faudra attendre plusieurs années. Or, l’Algérie qui voit ses réserves en devises fondre dangereusement a besoin de liquidités rapidement, surtout que les cours du baril de pétrole sont très bas actuellement et devraient le rester longtemps encore selon les projections du FMI.


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Enfin, quand bien même le pays arrive à accroître sa production dans les années à venir, rien ne garantit que la bonne gouvernance permettra d’éviter les erreurs du passé avec la dilapidation et les détournements de la manne pétrolière. On se demande toujours où est passé le pactole de plus de 1.000 milliards de dollars que l’Algérie a engrangé durant les deux décennies de pouvoir sous Bouteflika. Un montant gaspillé par le régime Bouteflika sans offrir au pays une diversification économique qui fait défaut encore à l’Algérie qui continue de dépendre totalement des hydrocarbures qui lui assurent, bon an mal an, plus de 95% de ses recettes d’exportations et 60% de ses ressources budgétaires.

En clair, disposer de réserves colossales est une chose, exploiter de manière efficiente ces réserves et utiliser les revenus à bon escient, en est une autre. Après tout, l'un des pays qui disposent des plus grandes réserves de pétrole au monde est le Venezuela. Et à l’instar de l’Algérie, ce pays manque de tout…
Le 27/04/2020 Par Karim Zeidane