Kenya: Uhuru Kenyatta réélu président tend la main à l'opposition

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Le 11/08/2017 à 22h24, mis à jour le 12/08/2017 à 07h52

Uhuru Kenyatta, réélu président du Kenya, a appelé l'opposition à développer le pays avec lui et lancé un appel au calme. Toutefois, des émeutes ont éclaté après l'annonce des résultats définitifs dans les quartiers favorables à l'opposition.

Les émeutes et des scènes de liesse ont éclaté vendredi au Kenya dès l'annonce de la réélection du président Uhuru Kenyatta pour un second mandat de cinq ans, qualifiée de "mascarade" par l'opposition.

Dans une adresse à la Nation juste après la proclamation de sa victoire par la commission électorale (IEBC), Kenyatta, crédité de 54,27% des voix, a tendu la main à son principal rival Raila Odinga, qui a récolté 44,74% des suffrages, et appelé à la paix.

"Nous devons travailler ensemble, nous devons faire équipe, nous devons grandir ensemble, nous devons ensemble faire grandir ce pays", a lancé le chef de l'Etat sortant, assurant en outre qu'"il n'est pas nécessaire de recourir à la violence".

Mais dix ans après les pires violences électorales de l'histoire du pays (1.100 morts), la victoire de Kenyatta a été suivie de scènes de violence dans des bastions de l'opposition, à Kisumu (ouest), ainsi que dans plusieurs bidonvilles et quartiers populaires de Nairobi, tels que Kibera, Kariobangi, Mathare et Dandora.

Dans le même temps, dans les villes de Nakuru, Eldoret et Nyeri, ainsi que dans certaines zones de Nairobi, des milliers de personnes chantaient et dansaient en liesse dans les rues pour fêter la victoire de leur champion, Kenyatta.

A Kibera, des supporteurs en colère de Odinga ont attaqué et pillé des commerces appartenant selon eux à des membres de l'ethnie kikuyu, celle du président Kenyatta, selon un photographe de l'AFP. La police a tiré des coups de feu en direction des émeutiers, a indiqué la même source.

Dans la ville de Kisumu, un groupe d'une centaine de personnes a également déclenché des émeutes dans le quartier de Kongele, où des échauffourées avaient déjà eu lieu mercredi, a constaté un journaliste de l'AFP. "Ils sont venus nous tuer comme en 2007", a déclaré un manifestant dans le bar d'un quartier de Nyalenda à Kisumu, où il avait trouvé refuge avec quelques personnes, après que la police eut ouvert le feu sur un groupe tentant de manifester.

Bonne tenue

Mercredi, au moins six personnes avaient été tuées, dans le bidonville de Mathare après des affrontements entre police et partisans de l'opposition, et dans l'attaque d'un bureau de vote dans l'est du pays.

Dans ce contexte tendu, les prochaines déclarations de Raila Odinga seront déterminantes. Jeudi soir, Odinga avait appelé au calme tout en ajoutant: "Je ne contrôle personne. Les gens veulent la justice". "Je pense que tout ça relève d'une mascarade totale, c'est un désastre", avait déclaré James Orengo, un des principaux leaders de la coalition d'opposition, peu de temps avant la proclamation du vainqueur.

"Pour nous, aller en justice n'est pas une alternative. Nous sommes passés par là dans le passé. Ce n'est pas une option", a ajouté James Orengo. "A chaque fois qu'une élection a été volée, le peuple kényan s'est levé pour faire en sorte que des changements interviennent afin de faire du Kenya un meilleur endroit", a-t-il lancé.

L'IEBC avait publié des résultats provisoires dès mardi soir, mais la compilation et authentification des résultats définitifs a pris trois jours, durant lesquels l'opposition a évoqué un piratage informatique -démenti par l'IEBC-, soutenu qu'il y avait eu des bureaux de vote illégaux et affirmé que Raila Odinga devait être déclaré vainqueur.

La bonne tenue des élections générales de mardi avait pourtant été unanimement saluées par la communauté internationale, qui avait également appelé au calme dans les jours suivant les élections générales de mardi. Les présidents rwandais et ougandais Paul Kagame et Yoweri Museveni ont d'ores et déjà félicité sur Twitter leur homologue kényan.

Rivalité dynastique

Les accusations de fraude ont exacerbé les passions déjà lestées d'un demi-siècle de rivalité dynastique entre les familles Kenyatta et Odinga. Le père de ce dernier, Jaramogi Oginga Odinga, fut brièvement vice-président, avant de perdre la lutte post-indépendance pour le pouvoir au profit du premier chef d'État Jomo Kenyatta, père d'Uhuru.

A 72 ans, Odinga livre certainement sa dernière grande bataille politique, lui qui s'est présenté quatre fois sans succès à la présidentielle.

En 2007, il avait rejeté la réélection de Mwai Kibaki, lors d'un scrutin entaché de nombreuses fraudes selon les observateurs. En 2013, il avait aussi contesté sa défaite et s'était tourné en vain vers la justice.

Odinga, membre de la communauté luo de l'ouest du pays, s'est une nouvelle fois présenté comme le garant d'une répartition plus équitable des richesses de l'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est.

De son côté, le président Kenyatta a mis en avant avec son colistier William Ruto le développement économique du pays, avec notamment la nouvelle ligne ferroviaire entre Nairobi et Mombasa.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 11/08/2017 à 22h24, mis à jour le 12/08/2017 à 07h52