Angola: le ras-le-bol des oubliés du système dos Santos

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Le 22/08/2017 à 10h32

Les angolais aspirent au changement. Nombre d'entre eux comptent voter mercredi au profit de l'Unita pour sanctionner la politique du parti au pouvoir depuis l'indépendance du pays.

La plupart n'ont la carte d'aucun parti, ils n'en auraient d'ailleurs pas les moyens. Mais tout au long de la campagne pour les élections générales angolaises mercredi, ils ont grossi les rangs des rassemblements de l'opposition avec un seul mot d'ordre à la bouche: "changer".

Adolescents précipités hors de l'école sans y avoir appris un métier, jeunes diplômés exclus du marché du travail ou quadragénaires licenciés pour cause de crise économique, ces hommes et femmes sont les très nombreux oubliés de l'Angola du président José Eduardo dos Santos.

Jean Domingo est un de ceux-là. Dans un terrain vague poussiéreux de la capitale Luanda, il vient d'entendre le réquisitoire au vitriol du chef de l'Unita (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola), Isaias Samakuva, contre le régime. Il votera pour lui au élections générales de mercredi.

"Nous avons besoin de changement", assure Jean, "il faut installer au pouvoir un parti qui a le souci du sort des Angolais, pas celui de se remplir les poches".

Diplômé de l'université, il travaillait dans la communication jusqu'à ce que son entreprise mette la clé sous la porte, il y a six ans. A 49 ans, il n'a jamais retrouvé de travail et confie ne plus survivre aujourd'hui que "par la grâce de Dieu".

"La vie est vraiment trop difficile", regrette-t-il. "Tout est devenu beaucoup trop cher. Les jeunes ne peuvent plus faire d'études. Il n'y a plus de travail, ni pour eux, ni pour les anciens comme moi. C'est terrible".

Survivre

A la fin de la guerre civile en 2002, l'Angola a surfé sur la vague des cours élevés de l'or noir, dont il est le principal producteur africain avec le Nigeria, et affiché des taux de croissance à deux chiffres.

A grands coups de pétrodollars, sa capitale Luanda s'est hérissée de gratte-ciels et est devenue l'une des villes les plus chères de la planète.

La chute des prix du baril il y a trois ans a précipité le pays dans une crise dévastatrice. Sa croissance devrait à peine dépasser 1% cette année, sa dette s'est creusée, sa devise a dégringolé, son inflation galope à plus de 40% et le chômage s'est envolé.

Mateos Simon, 28 ans, en a fait les frais. Il a été remercié du jour au lendemain par l'hôpital où il était infirmier. L'établissement était incapable de continuer à le payer.

"Je vis dans une maison où il n'y a plus ni eau, ni électricité", confie-t-il du bout des lèvres. "Comme je n'arrive pas à retrouver un emploi dans mon secteur, je survis en lavant des voitures dans la rue".

Très remonté contre le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1975, il l'accuse d'être l'unique responsable de son sort.

"Si on ne lui obéit pas, le MPLA ne fait rien pour nous", accuse Mateos Simon. "Il faut que ça change, tout de suite. Quarante-deux ans, ça suffit !"

Qu'ils partent!

"Les dirigeants du parti au pouvoir ont ruiné l'économie du pays. Ils ont volé les richesses et n'ont rien laissé au peuple", bouillonne Domingas Ngunza, une femme de ménage de 27 ans. "Il est plus que temps qu'ils s'en aillent".

Ses détracteurs reprochent au président sortant - qui ne se représente pas - d'avoir fait main basse sur des pans entiers de l'économie du pays, confiée à sa famille ou à des proches. L'an dernier, José Eduardo dos Santos a nommé sa milliardaire de fille, Isabel dos Santos, à la tête de la compagnie pétrolière nationale.

Même s'il préfère le jaune du parti d'opposition Casa-CE aux couleurs rouge et vert de l'Unita, Adelino Luis, 23 ans, partage exactement le même constat.

"Le peuple angolais en a assez de dos Santos, de sa famille et de leurs promesses non tenues", assure cet étudiant en histoire de 23 ans venu écouter le chef de ce parti, Abel Chivukuvuku, très populaire parmi la jeunesse des villes du pays.

"Le logement, l'éducation, la santé, rien ne va plus dans ce pays", continue le jeune homme, "je me demande pourquoi je vais à l'université, je sais bien que je n'aurai pas de travail en sortant".

Soldat démobilisé il y a dix ans, Domingos Malongos, 42 ans, ne connaît plus depuis que le chômage. Il a placé tous ces espoirs dans une victoire de l'Unita, mais il redoute que le MPLA l'empêche à tout prix, y compris en recourant à des fraudes massives.

"Le peuple n'a plus peur du pouvoir, assure-t-il, alors si le MPLA nous vole notre victoire, on ne se laissera pas faire."

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 22/08/2017 à 10h32