L'Ethiopie, un colosse africain profondément fragmenté

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Le 06/11/2020 à 15h58, mis à jour le 06/11/2020 à 15h59

L'Ethiopie se considère désormais en "guerre" contre la région dissidente du Tigré, où des opérations militaires ont été lancées mercredi, faisant craindre pour la stabilité de ce mastodonte régional peuplé de plus de 100 millions d'habitants.

Au-delà du Tigré, puissante région septentrionale qui domina longtemps les structures de pouvoir à Addis Abeba, l'Ethiopie est un pays fédéral profondément fragmenté, où les foyers de tensions sont multiples.

Voici un aperçu des principales forces auxquelles fait face Abiy Ahmed, Premier ministre et prix Nobel de la paix 2019:

Un Tigré contestataire

Les tensions qui opposent Abiy aux dirigeants du Tigré sont montées en flèche après l'organisation par ces derniers d'élections régionales en septembre, un acte de défi envers Addis Abeba qui considère ce scrutin comme "illégitime".

En raison de la pandémie de coronavirus, l'Ethiopie avait reporté les élections, initialement prévues en août, et prolongé les mandats des députés nationaux et régionaux, ainsi que celui de Abiy. Pour cette raison, les dirigeants tigréens ne reconnaissent plus son gouvernement comme légitime.

La quasi-totalité des sièges a été raflée par le Front de libération des peuples du Tigré (TPLF), qui dirige historiquement la région.

Ethnie minoritaire parmi les quelque 70 peuples qui constituent le "fédéralisme ethnique" éthiopien, les Tigréens ne représentent que 6% de la population.

Après avoir mené la lutte armée contre le régime communiste du Derg jusqu'à sa chute en 1991, le TPLF a pourtant dominé la coalition au pouvoir à Addis Abeba pendant près de 30 ans, jusqu'à l'avènement d'Abiy Ahmed en 2018.

Plus récemment, les tensions avec Addis Abeba se sont cristallisées sur le contrôle des personnels et équipements militaires au Tigré, qui abrite une part importante des forces armées éthiopiennes.

Mercredi, Abiy a accusé les autorités du Tigré d'avoir attaqué deux bases militaires de la région et lancé une opération militaire en représailles.

Depuis, le Tigré est placé sous état d'urgence et les deux camps ont évoqué une situation de "guerre", mais aucune information précise n'est pour le moment disponible sur les opérations en cours.

Une Oromia troublée

Abiy est le premier chef de gouvernement éthiopien issu du principal groupe ethnique du pays, les Oromo. Mais il est loin d'être unanimement soutenu dans sa région de l'Oromia, qui enserre la capitale Addis Abeba.

Les nationalistes oromo considèrent qu'il n'a pas assez fait pour répondre à la marginalisation politique et économique dont ils estiment souffrir depuis l'ancienne domination des Tigréens.

Les organisations de défense des droits dénoncent des dérives répressives en Oromia depuis l'arrivée de Abiy, notamment dans le cadre de la lutte contre l'Armée de libération oromo (OLA), un groupe armé accusé d'assassinats, d'attentats, braquages de banques et enlèvements.

Les tensions en Oromia ont pris un tournant particulièrement violent après le meurtre en juin d'Hachalu Hundessa, un populaire chanteur oromo. Des émeutes ont fait au moins 160 morts et plus de 9.000 personnes, dont des journalistes et des leaders d'opposition, ont été arrêtées.

Début novembre, une attaque attribuée à l'OLA par les autorités régionales, y a fait au moins 32 morts au sein de la communauté amhara, la deuxième plus importante du pays.

Un Sud fragmenté

Plusieurs groupes ethniques regroupés au sein de la très diverse Région des nations, des nationalités et des peuples du Sud (SNNPR) revendiquent de longue date plus d'autonomie.

Ces demandes ont connu un regain après l'arrivée de Abiy, qui affichait initialement une volonté de démocratiser la politique éthiopienne.

Lors d'un référendum en novembre 2019, les Sidama ont ainsi massivement soutenu la création de leur nouvelle région - qui est en train de devenir la 10e du pays. 

Le projecteur s'est plus récemment tourné vers la zone de Wolaita, dont les habitants veulent imiter les Sidama, mais n'ont pas encore organisé de référendum.

En août, au moins 17 personnes ont été tuées dans cette zone après des manifestations déclenchées par l'arrestation d'un leader politique wolaita.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 06/11/2020 à 15h58, mis à jour le 06/11/2020 à 15h59