Fermer

Cameroun: les poupées locales ont le vent en poupe

Mise à jour le 29/09/2019 à 15h49 Publié le 29/09/2019 à 15h45 Par De notre correspondante au Cameroun Patricia Ngo Ngouem

#Société
Cameroun: les poupées locales ont le vent en poupe
© Copyright : DR

#Autres pays : Des marques de jouets avec ambition de promouvoir les cultures camerounaise et africaine se distinguent sur le marché. Les poupées ont la peau noire, les cheveux crépus, des rondeurs, etc. Une façon de s'affranchir des codes esthétiques occidentaux hérités notamment de la colonisation.


Les poupées camerounaises relégueront-elles au placard les poupées occidentales ? Barbie et consorts seront-elles délaissées par les jeunes filles pour de nouvelles héroïnes comme Anta ou Nubia Kemita ? On en est encore loin. Cependant aujourd'hui, avoir une poupée dite africaine, ronde, peau noire et cheveux crépus, n'est plus ringard. Bien plus, c'est une affirmation culturelle.

L'ambition affichée par certaines marques comme Abena Dolls ou Muna Mboa est bien de changer les mœurs en la matière. «Il y a quelques années, j'ai fait face à une petite difficulté dans mon ménage. Étant une maman de trois petites filles, je n'arrivais pas à leur offrir des poupées, tout simplement parce que sur le marché, je ne retrouvais pas de poupées qui représentaient exactement ce que je voulais inculquer comme éducation à mes petites filles. Abena Dolls voit le jour en 2017 lorsque je lance la petite Anta, une poupée noire avec des cheveux bouclées, pour le plaisir de mes petites filles », explique la promotrice, Marie Abena.


>>>LIRE AUSSI: Art africain: le Bénin se prépare au retour du patrimoine spolié par la France


Celle-ci propose des poupées noires, albinos et métissées. Leurs noms (7Anta, Janea) et tenues (Kabangondo, Sandja, etc.) font référence aux principales aires culturelles du Cameroun. «Anta est un concept qui voit le jour dans le but de répondre au besoin d’identification culturelle de la petite fille qui, dès le bas âge, doit apprendre à aimer ce que représente la beauté de la peau noire, des cheveux africains crépus et imposants, des rondeurs des femmes noires et de l’élégance des tenues en pagnes africains », explique la marque au sujet de sa première poupée.

Un peu avant elle, la Franco-camerounaise Manuella Njomkam, promotrice de Muna Mboa (l'enfant du pays en langue duala, une ethnie du Cameroun, Ndlr) a lancé la poupée « Nubia Kemita ». L’un des buts visés était également de créer un jouet qui ait du sens, qui puisse stimuler l’imagination tout en suscitant les interrogations. C’est ainsi qu’a été conçu le packaging de cette première édition en faisant la part belle aux langues africaines. Ainsi, au dos et à l’intérieur du packaging, on peut trouver des mots et phrases traduites en différentes langues du continent.


>>>LIRE AUSSI: France: trois phases ont été proposées pour la restitution des objets d'art africain


Une façon pour ces créatrices de sensibiliser sur la dépigmentation de la peau et le complexe de la peau noire, la mode et la culture africaines dès l'enfance et affranchir des codes esthétiques occidentaux. Afin d'avoir davantage de visibilité, les poupées sont notamment vendues sur Internet. Le commerce en ligne est en effet un vecteur qui peut mieux porter ce marché face aux problèmes de distribution entre autres. Abena Dolls s'est par exemple alliée récemment avec une grosse pointure du commerce en ligne, Jumia.

« Ce n'était pas évident pour moi de faire connaître mes créations. C'est alors que j'ai entendu parler de Jumia. Jumia Mall me permettra non seulement de valoriser mes produits mais également de promouvoir le made in Cameroon », explique Marie Abena. Les prix de ces poupées camerounaises varient entre 10 et 20.000 francs CFA.
Le 29/09/2019 Par De notre correspondante au Cameroun Patricia Ngo Ngouem

à lire aussi