Economie

Côte d’Ivoire: un combat à la David contre Goliath dans la téléphonie

C’est une guerre de type David contre Goliath. Des dizaines de milliers de détaillants de recharges téléphoniques veulent tenir tête aux trois géants de la téléphonie mobiles en Côte d’Ivoire. Au centre de ce bras de fer, la commission qui leur est rétrocédée jugée insuffisante.

Par Georges Moihet (Abidjan, correspondance)
Le 17/12/2016 à 08h30, mis à jour le 17/12/2016 à 08h34
Orange Côte d'Ivoire MOov MTN Batailles entre cabine téléphonique et opérateurs

Allô Orange, allô Moov et allô MTN, ici ce sont les détaillants de cartes de recharge téléphonique qui vous parlent! Malheureusement, pour le moment, les trois opérateurs de téléphonie mobile ivoiriens sont hors zone de couverture et se montrent sourds aux revendications de leur réseau de distribution. 

Les détaillants de carte de recharge connus sous le nom de gérants de cabine téléphonique veulent leur part du gâteau du boom du secteur de la téléphonie mobile. Ces multinationales qui dépensent à tour de bras des dizaines de milliards FCFA de francs CFA dans des campagnes publicitaires se sont jusque-là montrés peu concernés par les appels des distributeurs à relever le niveau de leur commission.

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«Pour 10.000 Fcfa (soit 15,2 euros, ndlr) de recharges que vous vendons, nous n’avons qu’une marge de 4%, soit 400 francs (0,6 euros, ndlr). Nos démarches auprès de ces opérateurs pour relever ce niveau sont restées sans suite», a confié à la presse Paulin N’Goran, secrétaire général de l’association des gérants de cabine téléphonique de Yamoussoukro, la capitale politique du pays.

L’association a donc appelé à une grève nationale de trois jours depuis ce jeudi soir sur toute l’étendue du territoire national. L’objet visé est d’obtenir entre 10 et 20% de commission.

Selon les informations recueillies par le360 Afrique, la grève est largement suivie dans de grandes villes de l’intérieur du pays comme Bouake et Daloa. Mais dans une grande ville comme Abidjan, la situation est plus contrastée. «J’ai mon fournisseur de crédit de recharge qui m’a informé qu’il ne viendrait pas aujourd’hui parce qu’il y a une grève. Je n’avais pas l’information. Et comme il me reste juste un peu de crédit, j’attends de les écouler avant de rentrer», confie un gérant de cabine à Yopougon, une commune d’Abidjan où l’on trouve des cabines ouvertes même s’il y en a relativement moins que d’habitude.

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En Côte d'Ivoire, le fait est que plus de 95% des abonnements sont en mode prépayé et ces jeunes, assis en bordure de route avec juste une tablette en bois avec l’inscription «cabine téléphonique», sont les principaux intermédiaires pour acheter du crédit même s’il existe l’option du mobile banking pour s’en procurer.

«Pour beaucoup d’entre nous, nous sommes des diplômés au chômage et la vente de recharge est notre gagne-pain. Mais tout une journée en bordure de route, sous le soleil et la pluie, et rentrer avec à peine de quoi nourriture sa petite famille, c’est déplorable», a dénoncé Paulin N’Goran dans la presse.

Pour l’heure, aucun opérateur n’a encore réagi à ce débrayage que nombre de jeunes rencontrés soutiennent sans équivoque. Certainement, calculette à la main, ces compagnies attendent de bilan de ce mouvement avant de daigner ou non accorder une oreille attentive à ces revendications. 

Par Georges Moihet (Abidjan, correspondance)
Le 17/12/2016 à 08h30, mis à jour le 17/12/2016 à 08h34