CICSU26 à Abidjan: comment une trentaine de pays veulent rompre avec les ordonnances importées pour réinventer le soin

Lancement, le 14 avril 2026 à Abidjan, de la Conférence internationale sur la couverture santé universelle

Le 20/04/2026 à 11h41

À l’heure où le financement innovant et la souveraineté thérapeutique s’invitent au cœur des débats, la Conférence internationale sur la couverture santé universelle prévue à Abidjan promet plus qu’un simple état des lieux. Elle ambitionne d’accoucher d’une feuille de route chiffrée et d’un calendrier contraignant, marqueurs d’une Afrique désireuse de reprendre la main sur son destin sanitaire.

En fixant au mois d’août prochain la tenue de la Conférence internationale sur la couverture santé universelle (CICSU26), Abidjan ne se contente pas d’accueillir un énième symposium continental. La capitale économique ivoirienne devient l’épicentre d’une tentative de refondation intellectuelle et opérationnelle, une volonté affichée de rompre avec le mimétisme institutionnel qui a trop longtemps maintenu les systèmes de santé africains sous perfusion conceptuelle étrangère.

La capitale économique ivoirienne, Abidjan accueillera du 24 au 28 août prochain, les travaux de la Conférence internationale sur la couverture santé universelle (CICSU26), un rendez-vous destiné à l’évaluation des progrès de l’Afrique en matière d’accès équitable aux soins. Cette annonce a été faite à Abidjan à l’occasion de la tenue par les organisateurs, d’une conférence de presse pour la déclinaison des grands axes du programme de cette rencontre devant rassembler plus de 400 participants issus d’une trentaine de pays, et déboucher sur l’adoption d’une feuille de route opérationnelle, rapporte l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP).

S’exprimant à cette occasion, Albert Zé a, au nom des organisateurs, souligné le caractère urgent de renforcer les systèmes de santé en Afrique, notant que malgré les avancées notables, le Continent reste confronté à de lourds défis, notamment la mortalité maternelle et infanto-juvénile, le VIH/SIDA, le paludisme, la progression des maladies non transmissibles ainsi que les conséquences durables de la pandémie de COVID-19. Et de poursuivre dans ce sens, que cette Conférence entend ainsi devenir «un catalyseur d’actions» autour de dix axes thématiques, allant du financement innovant à la souveraineté numérique et thérapeutique.

Pour sa part, le responsable du comité scientifique, Tchanga Romeo, a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de produire ses propres modèles d’analyse en santé publique. «L’Afrique ne peut plus importer des modèles de santé conçus ailleurs. Elle doit produire ses propres savoirs et définir ses propres priorités», a-t-il estimé, faisant savoir que cette conférence débouchera sur l’adoption de la «Déclaration d’Abidjan», à même de servir de feuille de route, avec des engagements chiffrés, des indicateurs de suivi et un calendrier d’actions.

Le cap fixé par le comité scientifique, est sans ambiguïté: il s’agit de cesser d’importer des modèles d’analyse conçus pour des écosystèmes sanitaires structurellement dissemblables. Une posture qui, loin d’être une coquetterie rhétorique, est un aveu de lucidité sur les limites des recettes standardisées face à un fardeau épidémiologique aussi spécifique que tenace, allant de la persistance du paludisme et de la mortalité maternelle aux assauts silencieux des maladies non transmissibles. L’urgence soulignée par Albert Zé résonne comme un rappel à l’ordre: l’évaluation des progrès ne se fera pas à l’aune des critères de l’aide publique au développement, mais bien sur la capacité à générer une souveraineté numérique et thérapeutique tangible.

Derrière l’annonce d’une «Déclaration d’Abidjan» agrémentée d’engagements chiffrés et d’un calendrier contraignant se dessine une réalité moins policée: celle d’un continent qui, fort du traumatisme logistique et politique de la pandémie de COVID-19, cherche à sécuriser sa chaîne de valeur médicale. L’agenda des dix axes thématiques, notamment autour du financement innovant, trahit une prise de conscience aiguë. Dans un espace où les marges de manœuvre budgétaires sont exsangues, l’équité d’accès aux soins ne peut plus être financée par la seule charité multilatérale mais doit être adossée à une ingénierie financière endogène.

Le rendez-vous d’Abidjan sera donc un révélateur. Il mettra en lumière non seulement les États qui ont su sortir du lot en matière de protection sociale, mais surtout ceux capables de transformer un communiqué de presse en une trajectoire de résilience sanitaire opposable aux faiseurs de classements internationaux. L’enjeu n’est plus d’être un bon élève des institutions de Bretton Woods, mais de devenir l’architecte de sa propre survie démographique.

Par Le360 (avec MAP)
Le 20/04/2026 à 11h41