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Gabon: désormais, les addicts aux drogues pris en charge à Libreville

Publié le 25/06/2022 à 10h41 Par notre correspondant à Libreville Ismael Obiang Nze.

#Gabon : C'est un rêve du président de l'ONG Agir pour le Gabon qui devient une réalité. Dr Alphonse Louma Eyougha est désormais promoteur d'un centre de désintoxication des accros à la drogue au Gabon.

Il s'agit d'une des rares structures du genre située dans la commune d'Owendo (sud de Libreville). Doté d'une clinique, ce centre est orienté vers la prévention et le traitement des addictions en tous genres avec un staff composé de professionnels hautement qualifiés dans la prise en charge des patients.

«La prise en charge des addictions n'est pas un long fleuve tranquille. Vous vous imaginez une personne qui a commencé à consommer depuis 20 ans, 40 ans, ce n'est pas en une semaine que vous allez la sortir de son addiction. Pour ceux qui sont internés, il faut entre 6 et 12 mois pour qu'ils puissent retrouver la plénitude de tous leurs moyens», affirme le Dr Alphonse Louma Eyougha, président fondateur du centre de désintoxication Alia & Zédia.

Pionnier de la prévention et la lutte contre l'alcoolisme, le tabagisme et les drogues au Gabon, celui-ci est dans ce combat depuis plus de deux décennies. Et en deux ans d'existence, son centre a déjà pris en charge quelque 200 patients dont 178 souffrant d’addiction à la drogue et au tabac. Au Gabon, ce sont près de 30% des jeunes qui sont victimes d'addiction aux drogues.

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Dans les quartiers et au sein des établissements d’enseignement scolaire et universitaire, la consommation d’alcool, de tabac et de drogues illicites a atteint des proportions inégalées ces dernières années.

Dans les couloirs du centre, nous avons sondé le circuit thérapeutique de deux jeunes que nous appellerons Etienne Constantin et Louis Martial pour préserver leur anonymat. Si pour le premier, l'élément déclencheur de son addiction aux drogues résulte d'une déception sentimentale, pour le second, il s'agit de la tentation de nouvelles expériences.

«Ma copine et moi, on s'était promis l'amour. Elle est restée au Gabon en attendant d'avoir son bac, puis de me rejoindre. Avec un peu de moyens, j'ai pu la faire monter. On a fait un enfant dès qu'elle est arrivée. J'ai cru à notre amour. Sauf qu'elle était venue chercher un blanc, comme on dit. Comme je l'aimais beaucoup, j'ai chuté. J'ai commencé à boire et à prendre toutes sortes de drogue avec les amis», avoue Etienne Constantin, aujourd'hui en période de sevrage.

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Grâce à un processus de sevrage suffisamment rigoureux, Louis Martial est sur le point de se libérer de la dépendance aux drogues dures. Il est en observation thérapeutique à la clinique Alia & Zédia depuis 4 mois. «Depuis que je me suis débarrassé de ces addictions, je me sens plus libre, moins fatigué, parce que toutes ces drogues jouaient sur mon organisme. C'est la famille qui a opté pour que je vienne dans le centre. Entre le centre et ma famille, ça se passe bien», confie-t-il.

En vue de leur réhabilitation, les patients participent à des randonnées, pratiquent des arts plastiques et dramatiques, le sport, mais aussi le kundalini yoga pour rééquilibrer leur mental. «On a déjà expérimenté cette forme de yoga dans le traitement des addictions aux Etats-Unis dans les années 70. On a ainsi fait sortir 2 millions d'Américains de cet état-là. Donc nous essayons ce programme au service de nos enfants ici. Ce sont des exercices physiques et des méditations pour renforcer le cerveau. Parce que l'addiction fait perdre la volonté», affirme Gabriel Har Dyal Singh, instructeur de yoga.

Si les données fiables sur l’ampleur de la toxicomanie en Afrique centrale et de l’Ouest sont insuffisantes, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime qu’il y a plus de 34 millions de consommateurs de cannabis et 1,8 million de consommateurs de cocaïne dans ces deux régions. Si au niveau mondial, une personne sur six souffrant de troubles de la dépendance reçoit un traitement, en Afrique, c’est seulement une sur 18 qui y a accès.
Le 25/06/2022 Par notre correspondant à Libreville Ismael Obiang Nze.