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Vidéo. Mali: l'abandon annoncé du Franc CFA continue à susciter des réactions contradictoires

Mise à jour le 07/01/2020 à 15h37 Publié le 07/01/2020 à 15h35 Par notre correspondant à Bamako Diemba Moussa Konaté

#Economie
Vidéo. Mali: l'abandon annoncé du Franc CFA continue à susciter des réactions contradictoires
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#Mali : La réforme du Franc CFA suscite bien des réactions. Si certains y voit une réforme visant à sauver le Franc CFA, d’autres pensent qu’elle est nécessaire à l’avènement de l’Eco. Le360 Afrique a interrogé des financiers à Bamako, et vous livre les principales réactions des médias locaux à ce sujet.

La réforme du Franc CFA, annoncée par surprise le 21 décembre dernier en marge de la visite du président français Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire, continue de susciter de vives réactions de la part de leaders politiques, d’économistes, de professionnels du monde de la finance, mais aussi des citoyens de la région.

Ainsi, à Bamako, cette réforme continue à susciter des réactions parfois très contradictoires.

Globalement, les acteurs financiers ont peu confiance envers les réformes annoncées par les dirigeants de la région.

Ces réactions, ainsi que celles des citoyens de bamako, recueillies il y a quelques jours dans les rues de la capitale malienne, illustrent les positions divergentes vis-à-vis de cette réforme annoncée.

Une réforme qui ne fait pas vraiment l’unanimité, malgré les avancées notables concernant la fin de la centralisation de 50% des réserves de changes au Trésor français, et le départ des administrateurs français des institutions en charge du Franc CFA.


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Dans les médias de la région, les réactions de nombreux dirigeants politiques et économiques africains sont caractérisées par une certaine perplexité. 

Parmi les premiers à avoir réagi à cette réforme, l’opposant ivoirien Mamadou Koulibali, président du parti Lider.

Pour lui, Il est «triste de constater, encore une fois, que Ouattara a trahi les peuples ouest-africains qui voulaient s’offrir une bonne monnaie, l’Eco, dans la CEDEAO, et auxquels il vient de voler leur rêve d’intégration monétaire, en sacrifiant cet espoir à un vestige de l’esclavage qui a pris les avatars de la colonisation et qui, moribond, cherchait une source vivifiante pour rebondir».

Dans le même ordre d'idées, l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, co-auteur, avec Fanny Pigeaud de «L’Arme invisible de la Françafrique. Une histoire du franc CFA», publié en 2018, très présent dans les médias sénégalais depuis l’annonce de cette réforme, affirme que «le Franc CFA n’est pas mort. Macron et Ouattara se sont seulement débarrassés de ses atours les plus polémiques».


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Son compatriote et économiste sénégalais Cheikh Tidiane Dieye avance quant à lui que la réforme du Franc CFA est une arnaque politique (…) une décision opportuniste, un vol. ce sera une réforme du CFA et en aucun cas un avantage pour la création de l’Eco, puisque ce dernier n’a jamais envisagé son existence par rapport à la France».

Même son de cloche auprès de l’économiste Demba Moussa Dembelé, pour lequel cette réforme est une manœuvre visant «à torpiller le projet de la CEDEAO, ou de le retarder le plus possible. Ils coupent l’herbe sous le pied des critiques en éliminant les symboles qui fâchent sans toucher au fond du problème. Ce que demandent les peuples africains, c’est la fin du Franc CFA, et non sa réforme».


Cependant, tous les hommes politiques ne sont pas opposés à cette réforme, y compris ceux qui se sont montrés très virulents envers cette monnaie coloniale.

C’est notamment le cas de l’opposant sénégalais Ousmane Sonko, qui avait inscrit la sortie du Franc CFA dans son programme lors de la présidentielle sénégalaise de février 2019.

Le leader du Pastef accuse même ceux qui sont contre cette réforme d’un excès de zèle.

Pour lui, «l’Eco est une grande victoire pour l’Afrique».


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De même, pour l’économiste sénégalais Felwine Saee, la réforme du Franc CFA «n’est pas la rupture ou le grand bouleversement attendu».

Toutefois, ajoute-t-il, il s’agit d’«une étape symboliquement intéressante», en ce sens que «les représentant français quittent les organismes de décision et que le compte d’opération reviennent en Afrique, nous permettant d’avoir des ressources en liquidités à investir dans la zone et de se défaire en partie de la tutelle de Paris».

De même, Moubarack Lo, économiste et président de l’Institut Emergence, spécialisée dans les études économiques et statistiques et dans la planification stratégique, voit dans cette réforme «une transition en douceur, qui facilitera la fusion avec les autres pays de la CEDEAO».

Il ajoute que «rien n’empêche d’améliorer quelques éléments dès 2020: l’ancrage sur un panier de devises, la préparation de l’impression des billets et pièces sur le continent».

Autre divergence, l’annonce que le Franc CFA sera renommé «Eco» laisse perplexe de nombreux observateurs, sachant que l’Eco est le nom qui avait été retenu en juin 2019 par les quinze pays de la CEDEAO, pour désigner la monnaie unique de la région.

D’où cette question: pourquoi les pays de l’Uemoa vont rebaptiser le Franc CFA en en tabnt qu'Eco, sans remplir les critères de convergence d’entrée dans la monnaie unique de la CEDEAO?


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Ainsi, certains pensent que cette décision, qui émane de la France et des dirigeants des pays francophones de la zone CFA, peut contribuer à créer la zizanie au sein de l’espace CEDEAO, notamment vis-à-vis des pays anglophones de la région (dont le Nigeria et le Ghana), opposés à la tutelle française, qui demeurerait ne serait-ce que symbolique, avec la garantie d'une convertibilité offerte à l’Eco par Paris.

L’annonce par le gouverneur de la BCEAO, Tiémoko Meyliet Koné, que «les décisions actées le 21 décembre 2019 à Abidjan, représentent ainsi un tournant majeur vers la mise en place de l’Eco et n’affectent en rien l’usage quotidien du Franc CFA par les populations et les entreprises de l’Uemoa», n’a pas apaisé davantage ceux qui soutiennent que cette réforme permet d’empêcher la réforme d’intégration monétaire des pays de la CEDEAO.

Ainsi, Jihin Ibrahim, politicien et activiste nigérian, a souligné sur Twitter que «les 8 pays du CFA ne peuvent mener l’intégration monétaire alors qu’ils ne représentent que 21% du PIB de l’Afrique de l’Ouest et 32% de la population. Le Nigeria représente à lui seul environ 66% du PIB de la CEDEAO et 55% de sa population. Le Nigeria seul peut jouer un rôle de chef de file dans la création de l’Eco».


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Au delà de ces polémiques, cette réforme a reçu le soutien du Ghana, pays membre de la CEDEAO et non membre de la zone CFA.

«Nous, au Ghana, sommes déterminés à faire tout ce que nous pourront pour rejoindre les membres de l’Uemoa –Union économique et monétaire ouest-africain- rapidement, dans l’utilisation de l’Eco, qui, nous le croyons, nous aidera à lever les barrières commerciales et monétaires», a souligné le président ghanéen, Nana Akufo-Addo.

Reste que la position officielle du géant nigérian est encore très attendue.

Pesant entre 65 et 70% du PIB de la CEDEA0, la position de la première puissance économique africaine sera déterminante.

L’annonce faite par le conseiller spécial pour les médias et la communication du ministre des Finances, du Budget et de la Planification, Yunusa Abdullahi, montre la volonté de prudence du géant de la région.

«Le gouvernement se penchera sur le changement opéré par l’Union économique et monétaire ouest-africain (Uemoa), au sujet de l’Eco, qui devra constituer la monnaie unique de la CEDEAO», a-t-il laissé entendre.

Bref, la réforme du Franc CFA divise fortement les citoyens, mais aussi les activistes, les économistes et les hommes politiques africains.

Seul l’avènement de l’Eco en 2020, en lieu et place du Franc CFA, sera à même d’atténuer les réactions hostiles à cette réforme derrière laquelle, malgré certains avantages notables, certains voient une «main invisible» visant à ralentir davantage la marche vers l’avènement de la monnaie unique de la CEDEAO, annoncée en 2020.
Le 07/01/2020 Par notre correspondant à Bamako Diemba Moussa Konaté