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Covid-19: où en est la production de vaccins au niveau du continent africain?

Mise à jour le 14/06/2021 à 20h43 Publié le 14/06/2021 à 18h03 Par Moussa Diop

#Politique
Vaccins
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#Maroc : Moins de 2% des Africains sont vaccinés contre le Covid-19, par manque de vaccins. Pour contourner cet obstacle, certains pays africains ont décidé de se lancer dans la production des précieuses doses. L’Union africaine aussi s’est engagée dans un programme à long terme de production de vaccins.

Moins de 1% des vaccins utilisés en Afrique sont fabriqués sur le continent. Une situation de dépendance qui s’est avérée catastrophique avec la pandémie du Covid-19 et les restrictions mises en place par les pays producteurs de vaccins privant le continent des doses anti-Covid-19.

Conséquence, à peine 2% des Africains sont vaccinés, alors que la moyenne mondiale tourne autour de 25%.

En clair, le Covid-19 a mis en évidence la carence de capacité vaccinale actuelle de l’Afrique. Selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), relevant de l’Union africaine, l’Afrique ne fabrique que 1% des vaccins nécessaires à ses 1,3 milliard d’habitants.

Face à cette situation, la seule alternative possible reste la fabrication des vaccins au niveau du continent. Et ce, d’autant que certains pays africains ont l’expérience et les capacités de produire des vaccins localement. On compte moins d’une dizaine de fabricants de vaccins humains, à différents degrés de technicité, en Afrique. Ceux-ci sont implantés en Egypte, Afrique du Sud, Maroc, Sénégal, Tunisie, Algérie et Nigéria.

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En tout cas, face aux problèmes d’approvisionnement, certains pays africains se sont lancés dans le processus de fabrication. C’est le cas de l’Afrique du Sud et de l’Egypte. Le Sénégal, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie comptent aussi rejoindre les rangs des fabricants de vaccins anti-Covid-19.

Seulement, cette fabrication suit un processus complexe qui implique une chaîne d’assemblage et d’étapes de production qui se déroulent souvent dans différentes installations avant d’obtenir un produit final.

L’étape la plus critique étant celle de la fabrication d’ingrédients actifs, appelés antigènes ou immunogènes, qui déclenchent les réponses immunitaires. En plus de l’ingrédient actif, certains vaccins contiennent aussi des substances chimiques appelées adjuvants, dont l’objectif est de stimuler la réponse immunitaire de l’organisme, et des stabilisants qui déterminent les températures de stockage et la durée de conservation requise. Chaque composant ou ingrédient pouvant être produit dans une installation différente.

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Ce sont tous ces composants qui sont mélangés dans un processus appelé formulation de vaccin qui permettent d’obtenir le serum. Du fait de cette complexité, les laboratoires africains peuvent choisir de jouer le rôle de remplissage (Fill and finish), c’est-à-dire prendre le produit fini et le mettre dans des seringues destinées à l’injection.

Au niveau du continent, l’Afrique du Sud dispose d’un savoir-faire pour la fabrication d’ingrédients actifs au sein de Biovac et dans certaines de ses universités. Elle dispose aussi d’installations physiques pour fabriquer des vaccins. Toutefois, le pays arc-en-ciel ne dispose pas de capacité pour produire des ingrédients actifs pour les vaccins à une grande échelle.

Mais, c’est le groupe Aspen qui s’est engagé dans la production de vaccins anti-Covid-19. Cette société a investi 175 millions d’euros pour produire localement le vaccin anti-Covid-19 de Johnson&Johnson. Cette unité, située au Cap Oriental, est la seule ayant obtenu l’aval du laboratoire américain pour assembler, remplir et conditionner les doses de vaccin.

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L’entreprise sud-africaine prévoit de produire jusqu’à 250 millions de doses durant l’année, en partenariat avec le laboratoire américain. 

Outre l’Afrique du Sud, l’Egypte aussi est sur la bonne voie. Selon le ministre égyptien de la Santé et de la Population, Hala Zayed, la fabrication du premier vaccin anti-Covid-19 en Egypte sera lancée le mardi 15 juin par Vacsera, holding égyptienne pour les produits biologiques et les vaccins.

Celui-ci a reçu les matières premières pour entamer la production localement du vaccin chinois Sinovac. Les premiers vaccins seront utilisés dans un délai de 6 semaines après les vérifications nécessaires. Auparavant, une délégation de l’entreprise chinoise s’est déplacée en Egypte pour mettre à niveau l’outil de production, former le personnel et transférer son expertise dans le domaine de la production.

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Les équipes chinoises vont accompagner leurs homologues égyptiens lors de la production d’un premier lot de 2 millions de doses durant le mois de juin. Le laboratoire égyptien compte produire jusqu’à 80 millions de vaccins Sinovac par an.
La holding Vacsera a bénéficié d’une subvention de 750 millions de livres égyptiennes pour moderniser ses équipes afin de produire localement les vaccins anti-Covid-19.

Outre le vaccin Sinovac, la holding égyptienne devrait aussi démarrer ce mois-ci la production du vaccin russe Spoutnik V.

Au Sénégal, l’Institut Pasteur de Dakar, l’un des deux laboratoires qui disposaient des moyens pour détecter le coronavirus au début de la pandémie du Covid-19 en Afrique, compte se lancer dans la production du vaccin d’ici 2022. L’Institut Pasteur de Dakar ayant une expérience dans le domaine et étant producteur pré-qualifié par l’OMS depuis 1966, du vaccin contre la fièvre jaune, le Sénégal est soutenu dans son projet par la France, la Banque européenne d’investissement (BEI),…

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A ce titre, l’entreprise de biotechnologie Univercells de la Wallonie a signé deux déclarations d’intention avec l’Institut Pasteur de Dakar et l’Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (IRESSEF) du Sénégal pour y produire des vaccins pour la région ouest-africaine. «Ces synergies permettront au Sénégal de développer ses propres vaccins et ainsi viser l’autonomie en privilégiant la production locale de vaccins. Ces collaborations prometteuses ont également pour objectif, à plus long terme, d’étendre cette production à toute l’Afrique de l’Ouest », a souligné Elio Di Rupo, ministre-président de la Wallonie, lors de la visite en mai dernier du président Macky Sall en Belgique.

L’Institut Pasteur de Dakar, présent au Sénégal depuis 120 ans, produit des vaccins depuis 80 ans. Lieu de la découverte du virus de la fièvre jaune en 1927, il produit le vaccin antiamaril depuis les années 1930 et figure parmi les 4 producteurs de par le monde agréé par l’OMS et contribue à la disponibilité mondiale de ce vaccin.

Outre le Sénégal, la Tunisie, le troisième pays le plus touché par la pandémie du Covid-19 au niveau du continent, s’est engagée à produire localement le vaccins anti-Covid-19.

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La Tunisie fabrique localement le vaccin contre la BCG, l’un des vaccins les plus compliqués à produire. Toutefois, le Dr Nizar Laabidi, chef de production de l’Institut Pasteur de Tunis, cité par le quotidien émirati The National, soulève les problèmes liés au financement pour se procurer des composants, la disponibilité des ressources matériels et humaines, et surtout le savoir-faire qui est impossible à acquérir en si peu de temps. Selon l’expert, seul un transfert de technologies des vaccins contre le Covid-19 pourrait permettre sa production.

Le Maroc ambitionnait de devenir un grand producteur de vaccins. Et la pandémie du Covid-19 a relancé son projet. Le Royaume a mis en place une stratégie nationale pour atteindre cet objectif et répondre à la demande croissante africaine.

Pour y arriver, il est prévu la création d’une plateforme au niveau de la cité Tanger Tech. Et le laboratoire chinois Sinopharm devrait accompagner le Maroc avec un transfert de technologie en partenariat avec un laboratoire privé marocain. Le projet consiste techniquement à produire des doses injectables pré-remplies de vaccins fournis par le laboratoire chinois. De même, il est prévu de transformer l’Institut Pasteur de Casablanca en une véritable plateforme de production de vaccins en tout genre.

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Par ailleurs, le Rwanda aussi s’est engagé à produire localement des vaccins. Le président Paul Kagame a annoncé que son pays allait accueillir la première  usine de fabrication d’ARNm, lors d’une discussion virtuelle sur la pandémie. Il a été le premier pays du continent à utiliser un vaccin à ARNm en mars dernier, en administrant le vaccin Pfizer/BioNTech. L’autre vaccin ARNm utilisé contre la pandémie est celui fabriqué par Moderna.

Une chose est sure, si de nombreux pays africains souhaitent s’engager dans la production de vaccins anti-Covid-19 et possèdent des dispositifs industriels pour fabriquer des doses contre le Sars-Cov-2, tous les pays africains auront besoin de l’accompagnement des laboratoires maîtrisant la technologie pour les produire rapidement.

En plus, sans l’engagement et le soutien à l’achat de doses fabriquées en Afrique, il sera difficile de construire une véritable industrie de vaccins. Or, avec des marchés locaux de faibles tailles, la production de doses, à l’échelle suffisante, ne pourra se faire qu'avec la garantie d’achat de ceux-ci au niveau du continent.

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En conséquence, l’implication de l’Union africaine peut contribuer à faire évoluer la situation. C’est ainsi que l’institution panafricaine a annoncé le lancement d’un partenariat pour la fabrication de vaccins africains (Pavm). Pour y arriver, l’UA, en partenariat avec la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi) qui copilote le programme Covax avec l’OMS, la banque panafricaine Afreximbank et l’Africa finance corporation, a scindé le continent en 5 pôles de recherche et de fabrication de vaccins qui seront développés dans chacune des 5 grandes régions du continent (Afrique du Nord, Afrique occidentale, Afrique centrale, Afrique australe et Afrique de l’Est).

En clair, la pandémie du Covid-19 représente une opportunité pour mettre en place une feuille de route à même de permettre au continent de réduire sa dépendance en vaccins et d’être en mesure de faire face à des pandémies comme le Covid-19. A ce titre, le CDC Afrique s’est fixé un objectif ambitieux: que 60% des vaccins, dont le continent a besoin d’ici 2040, soient produits au niveau du continent.

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La levée improbable des brevets sur les vaccins contre le Covid-19 pourrait aussi contribuer à faciliter la production des vaccins au niveau du continent.

En attendant, un seul pays africain s’est lancé dans un processus de développement du vaccin anti-Covid-19, le Nigéria. Le pays avait débloqué 25 millions de dollars pour développer localement ce vaccin en janvier dernier. En mars, le secrétaire du gouvernement fédéral, Boss Mustapha, a annoncé que deux vaccins étaient en cours de développement. Ils doivent passer les étapes d’essais cliniques et de certification avant d’obtenir leur homologation. 
Le 14/06/2021 Par Moussa Diop