Afrique du Sud : début de campagne de Julius Malema pour déloger l’ANC du pouvoir

Le très populiste Julius Malema, président du parti communiste sud-africain "Economic Freedom Fighters" (EFF).
Le très populiste Julius Malema, président du parti communiste sud-africain "Economic Freedom Fighters" (EFF). . DR
Le 10/02/2024 à 13h12

En Afrique du Sud, l’EFF, le parti dirigé par Julius Malema, gagne en popularité et pourrait bien ravir la place de premier mouvement d’opposition aux prochaines élections générales qui approchent à grand pas. L’ANC, éclaboussé par les affaires de corruption, risque de perdre sa majorité absolue au Parlement.

Le parti radical de gauche sud-africain mené par le sulfureux Julius Malema, qui a fait de la provocation et des discours chocs sa marque de fabrique, lance aujourd’hui samedi 10 février sa campagne en vue des prochaines élections générales, à haut risque pour l’ANC au pouvoir. Dès le début de la matinée, des dizaines de bus affrétés par les Combattants pour la liberté économique (EFF) ont déversé militants et soutiens aux abords d’un stade de 55.000 places près de Durban (est), capitale du KwaZulu-Natal et province clef comptant le plus grand nombre d’électeurs. T-shirts rouges, drapeaux du parti et nourriture ont été méthodiquement distribués plusieurs heures avant l’arrivée de Julius Malema, qui doit s’exprimer dans l’après-midi. « Nous sommes partis à 02H00 du matin », raconte Mnqondisi Nkosi, un étudiant de 26 ans, à la descente du bus. « Nous sommes fatigués mais nous sommes prêts pour notre leader ».

Les quelque 27,5 millions de Sud-Africains inscrits sur les listes électorales devront se rendre aux urnes entre mai et août pour renouveler leur Parlement, qui désignera ensuite le prochain président. La date précise du scrutin doit encore être annoncée. Selon les enquêtes d’opinion, le Congrès national africain (ANC) au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, éclaboussé par les affaires de corruption et critiqué pour ne pas réussir à sortir la première puissance industrielle du continent d’un climat socio-économique morose, risque de perdre sa majorité absolue au Parlement pour la première fois de son histoire. Ces derniers mois, les partis d’opposition ont activement cherché des stratégies d’alliances pour déloger l’ANC. Le premier parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), encore largement perçu comme un parti blanc mais qui a tenté ces dernières années de gagner des parts d’électorat noir, a monté une coalition avec dix petites formations politiques. Ce parti qui administre la ville du Cap a toutefois fermement refusé de se rapprocher de l’EFF, invoquant de profondes divergences de « valeurs et principes ».

- « Défier le pouvoir » -

Le parti de Malema, qui s’inspire du marxisme-léninisme, a notamment ouvertement affiché son soutien au président russe Vladimir Poutine après l’invasion de l’Ukraine début 2022. Le parti fait par ailleurs régulièrement les titres de la presse locale pour les sorties provocantes de son leader, souvent sur fond de discriminations raciales. Les députés de l’EFF n’ont pas assisté cette semaine au discours annuel sur l’état de la nation du président Cyril Ramaphosa. L’an dernier, plusieurs d’entre eux avaient investi la scène et interrompu le discours du chef d’Etat. Malgré ces frasques, la cote de popularité du parti semble être en hausse et la formation pourrait venir ravir la place de premier mouvement d’opposition dans le pays. Selon un récent sondage Ipsos, l’EFF et le DA pourraient en effet se tenir dans un mouchoir de poche, avec 17% et 20% des intentions de vote. Aux élections générales de 2019, l’EFF n’avait obtenu qu’à peine plus de 10% des voix. « Malema est populaire parce qu’il s’est imposé comme quelqu’un osant défier ouvertement le pouvoir en l’accusant d’avoir échoué à libérer le peuple noir », selon l’analyste politique Sandile Swana. Et « l’EFF s’est forgé une identité de parti de jeunes intellectuels et penseurs défendant l’éducation des Noirs », ajoute le spécialiste.

Ces dernières années, le parti a tenté d’élargir sa base en ciblant notamment dans les universités une jeunesse en colère devant une pauvreté grandissante et un chômage endémique. Autoproclamé « commandant en chef des pauvres », Julius Malema, qui fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires, promet sempiternellement emplois, logements et éducation gratuite pour tous. L’une de ses propositions phare est le retour de la terre aux Sud-Africains noirs avec l’application de mesures d’expropriation sans compensation. Aujourd’hui âgé de 42 ans, Julius Malema a fondé l’EFF en 2013 après avoir violemment claqué la porte de l’ANC dont il dirigeait la Ligue des jeunes.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 10/02/2024 à 13h12