Des opposants tunisiens de premier plan jugés pour complot contre l’Etat

Le président tunisien Kaïs Saïd.

Le 04/03/2025 à 09h04

Responsables de partis, avocats, figures des affaires et des médias: des dizaines de personnes, dont de grands noms de l’opposition, sont jugées à partir de mardi à Tunis, accusées d’avoir comploté contre la sûreté de l’Etat.

Pour l’un des accusés, le juriste Jawhar Ben Mbarek, actuellement en détention, il s’agit d’un «harcèlement judiciaire» visant à «l’élimination méthodique des voix critiques» en Tunisie. Comme plusieurs ONG et d’autres opposants, il dénonce un dossier «vide».

Depuis le coup de force du président Kais Saied à l’été 2021, par lequel il s’est octroyé les pleins pouvoirs, défenseurs des droits humains et opposants dénoncent la régression des droits et libertés dans ce pays qui avait lancé le «Printemps arabe» en 2011.

Plusieurs des accusés ont été arrêtés lors d’un coup de filet dans les rangs de l’opposition en 2023. Une quarantaine de personnes en tout sont poursuivies pour «complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat» et «adhésion à un groupe terroriste».

Ces accusations sont passibles de lourdes peines de prison et jusqu’à la peine capitale.

Il est reproché à un certain nombre de mis en cause, selon la défense, d’avoir eu des contacts jugés suspects avec des diplomates.

Parmi les accusés les plus connus figurent le chef du parti Al Joumhouri, Issam Chebbi, et un ancien haut responsable du parti islamiste Ennahdha, Abdelhamid Jelassi.

En font aussi partie les militants Khayam Turki et Chaïma Issa, l’homme d’affaires Kamel Eltaïef et l’ex-députée et militante féministe Bochra Belhaj Hmida, qui se trouve en France.

Après l’arrestation de plusieurs des accusés en 2023, le président Saied les avait qualifiés de «terroristes».

Dimanche, en visite dans les rues de la capitale, il a affirmé à une Tunisienne qui l’interpellait sur ses fils emprisonnés - sans lien avec le procès des opposants - qu’il n’intervenait «jamais» dans les affaires de justice. «Que cela soit clair pour tout le monde», a-t-il lancé.

Plusieurs des accusés sont en détention, une partie en liberté et les autres en fuite à l’étranger.

D’autres opposants et personnalités politiques ont récemment été condamnés à de lourdes peines de prison, dont Rached Ghannouchi, chef d’Ennahdha et ancien président du Parlement, qui a écopé de 22 ans pour «atteinte à la sûreté de l’Etat».

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dénoncé la «persécution des opposants» en Tunisie, estimant que nombre d’entre eux faisaient «l’objet d’accusations vagues et larges après avoir vraisemblablement exercé leurs droits et libertés».

La Tunisie a dit sa «profonde stupéfaction» après ces critiques, assurant que les mis en cause l’avaient été pour «des crimes de droit commun qui n’ont aucun lien avec leur activité partisane, politique ou médiatique».

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 04/03/2025 à 09h04