Trente-six officiers mis en cause ont été conduits vendredi matin dans un site militaire de la capitale, Abuja, pour y être jugés, ont indiqué les médias d’Etat.
Les autorités du pays avaient dans un premier temps nié l’existence de cette prétendue tentative de putsch à la fin de l’année dernière, avant d’annoncer en janvier avoir déjoué un plan visant à renverser le gouvernement.
S’il avait abouti, ce coup d’Etat aurait mis fin à un quart de siècle de démocratie dans le pays le plus peuplé d’Afrique.
L’armée «a inauguré une cour martiale générale chargée de juger 36 militaires en service pour mutinerie présumée visant à renverser le gouvernement en place», a déclaré un porte-parole militaire, le général de division Samaila Uba, dans un communiqué. Les juges de cette même cour ont prêté serment le jour-même, selon ce porte-parole.
Le communiqué ne précise pas le calendrier des procès, mais indique que «les procédures de la cour se dérouleront dans le respect des normes les plus élevées d’équité». Les procès se dérouleront à huis clos.
Les noms des officiers jugés par la cour martiale n’ont pas été divulgués.
Procédure civile distincte
Mercredi, dans une procédure distincte, six hommes ont plaidé non coupable d’accusations de trahison et de terrorisme après l’ouverture de leur procès devant la Haute cour d’Abuja, pour cette même tentative de coup d’État.
Les personnes inculpées sont le général de division à la retraite Mohammed Ibrahim Gana, le capitaine à la retraite Erasmus Ochegobia Victor, Ahmed Ibrahim, Zekeri Umoru, Bukar Kashim Goni et Abdulkadir Sani.
Ces six hommes sont accusés d’avoir conspiré «entre eux pour faire la guerre contre l’État afin d’intimider le président de la République fédérale», selon des documents du dossier consultés par l’AFP.
Ils sont poursuivis également pour avoir eu connaissance des intentions du colonel Mohammed Alhassan Ma’aji et d’autres de «commettre un acte de trahison» sans en informer les autorités.
M. Ma’aji a été désigné dans divers articles de la presse nigériane comme le «cerveau» du complot.
Les six accusés comparaissant devant la Haute cour sont aussi soupçonnés d’avoir planifié de «commettre un acte de terrorisme» et d’avoir «indirectement», mais «en toute connaissance de cause», apporté un «soutien» à M. Ma’aji «et à d’autres pour commettre un acte de terrorisme».
Les documents mentionnent également «Timpre Sylva (toujours en fuite)» comme ayant agi aux côtés des accusés, une orthographe qui semble erronée pour désigner l’ancien ministre du Pétrole Timipre Sylva, lequel a déjà nié tout lien avec la tentative de coup d’Etat.
Élections en vue
Malgré les démentis officiels de l’époque, des sources au sein du gouvernement et de l’armée nigérianes avaient déclaré à l’AFP que ces arrestations étaient liées à un complot de coup d’État déjoué.
En janvier, dans un revirement de situation, l’armée avait annoncé qu’elle jugerait «un certain nombre d’officiers accusés d’avoir comploté pour renverser le gouvernement».
Le Nigeria a connu plusieurs coups d’État militaires au cours de son histoire et a passé une grande partie du XXe siècle sous le joug d’une junte après son indépendance de la Grande-Bretagne en 1960.
Ce pays d’Afrique de l’Ouest est passé à un régime civil en 1999 et dispose depuis lors d’un gouvernement élu démocratiquement.
Peu après avoir nié le complot présumé, le président Bola Tinubu a procédé à un remaniement au sein de la haute hiérarchie militaire du pays.
Le chef de l’Etat nigérian briguera en janvier 2027 un second mandat.
Cette échéance électorale mobilise déjà les sphères politiques, et le président sortant cherche à mettre en avant son bilan économique dans un contexte où la situation sécuritaire du pays s’est nettement détériorée ces derniers mois.
