Des matelas détrempés et autres biens sous les gravats souvent trempés par la pluie, des ustensiles de cuisine éparpillés, certains se frayant un espace entre des amas de briques et de tôles froissées. À Zimbabwe, Petit Bassam, Mobile… dans la commune de Port-Bouët, le décor ressemble davantage à celui d’une zone sinistrée qu’à un quartier d’habitation. Pourtant, il y a encore quelques jours, des milliers de personnes y vivaient paisiblement.
Dans ces endroits, maisons, habitations et commerces se sont effondrés sous les coups de pelleteuses pour faire place à la poussière, les débris et l’incompréhension des anciens occupants des lieux.
Comme dans plusieurs communes du District autonome d’Abidjan, les bulldozers n’ont pas chômé. Les habitations construites dans des zones considérées à risque ou réservées à des projets d’aménagement urbain ont été rasées sous le regard impuissant des occupants.
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Une opération que les autorités justifient par la nécessité de moderniser la capitale économique ivoirienne et de prévenir les drames et catastrophes liés à l’occupation anarchique des emprises publiques et des zones inondables.
Sur le terrain cependant, le discours officiel peine à apaiser la douleur des populations touchées.
«Nous ne contestons pas le développement de la ville, mais nous sommes des êtres humains, que les autorités aient un minimum d’humanisme», lance, la voix tremblante, une mère devant ce qui reste de sa maison à Petit Bassam.
«Je viens à peine d’investir plus de treize millions de FCFA pour terminer la construction de la maison que m’a laissée mon défunt père. Aujourd’hui, ils sont venus la casser, pourtant on dispose de tous les papiers. Tout ce que nous avions est sous les décombres. Désormais, nous dormirons dehors avec les enfants», raconte Moustapha Chérif, affecté par la situation, rencontré au quartier Mobile surnommé «quartier perdu».
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Partout dans les quartiers de Petit Bassam, Zimbabwe, Vridi Canal et Toviato, le même sentiment de désolation domine. Des familles entières vivent désormais sous des bâches improvisées ou à même le sol. D’autres ont trouvé refuge chez des proches déjà confrontés à leurs propres difficultés.
«C’est un déguerpissement sauvage, inhumain! C’est au nom de quoi l’embellissement d’un quartier peut-il primer sur la vie humaine? On nous surprend, nous demandant de quitter les lieux au nom du développement, mais personne ne nous dit où aller, aucun moyen d’accompagnement social n’est prévu. Comment recommencer une vie quand on a tout perdu du jour au lendemain?», déplore Daouda B., habitant et président du Comités de Gestion de Quartier (CGQ-sectoriel) au Mobile.
Le ras-le-bol est perceptible dans chaque quartier. Nombreux sont ceux qui dénoncent la manière dont les opérations ont été conduites. Certains habitants dénoncent un abus de pouvoir.
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«Non seulement nous possédons tous les titres fonciers dûment acquis auprès de l’Etat, mais encore nous n’avons reçu aucune mise en demeure. Nous avons juste reçu une information seulement qu’hier disant qu’ils viendront nettoyer sous les lignes à haute tension, sur une superficie de 22 mètres ; mais à notre malheureuse surprise, ils ont rasé tout le quartier. Beaucoup n’ont pas eu le temps de récupérer leurs nécessaires», explique Moustapha.
Et dame Cécile de questionner, «comment feront nos enfants qui vont encore à l’école?».
Dans les décombres, d’autres s’activent encore à récupérer des planches, des portes ou quelques objets épargnés par les engins. Chaque morceau de bois ou de tôle représente désormais un espoir de reconstruire un abri de fortune, provisoire.
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La situation est d’autant plus préoccupante que ces déguerpissements interviennent en pleine saison des pluies. Les intempéries qui s’abattent régulièrement sur Abidjan aggravent les conditions de vie des personnes impactées.
«Est-ce nous voir dormir à la belle étoile sous les intempéries, sans dignité qu’on appelle le développement?», s’indigne Etomé Yao, un pasteur qui également a vu son église subir la rigueur des opérations.
Des bulldozers en action lors de l'opération de déguerpissement menée dans plusieurs quartiers de Port-Bouët à Abidjan.. E. Djidja/Le360 Afrique
Malgré leur colère, plusieurs habitants reconnaissent la nécessité de lutter contre l’occupation des zones dangereuses. Ils demandent toutefois que ces opérations soient accompagnées d’humanismes et de mesures sociales plus humaines, incluant des solutions de relogement, des indemnisations ou des dispositifs d’assistance pour les ménages les plus vulnérables, dans un contexte de vie déjà difficile.
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«Nous voulons simplement être traités avec dignité. Il ne s’agit pas de nous distribuer des billets de 5.000 Fcfa ou des sacs de riz. Que les autorités puissent nous mettre des moyens à disposition afin de nous reloger», résume un N’guéta S., un autre déguerpi. «Personne ne refuse le progrès. Mais le progrès ne doit pas laisser des milliers de personnes dans la rue».
À Port-Bouët, comme dans d’autres communes touchées par les déguerpissements, les ruines témoignent aujourd’hui de la confrontation entre des réalités: celle d’une métropole qui veut se moderniser et celle de populations modestes qui peinent à trouver leur place dans cette transformation urbaine.
Dénommées «zéro mort en 2026», ces opérations qui suivent leur cours, selon les autorités, s’inscrivent d’une part, dans le cadre du l’urbanisation de la capitale, et l’autre, prévenir les drames liés à l’occupation de zones dites à risque.
Le District autonome d’Abidjan lance par ailleurs un appel aux populations vivant dans des zones dangereuses exposées aux inondations, glissements de terrain, éboulements ou situées sous des lignes à haute tension à quitter immédiatement ces lieux.






