Le charbon fournit 80% de l’électricité de l’Afrique du Sud, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce qui contribue à faire du pays l’un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre. Il est aussi un pilier de son économie, employant plus de 90.000 personnes, ce qui rend son abandon impopulaire dans une partie de la population et de la classe politique.
L’an dernier, le gouvernement a approuvé la prolongation des dates d’exploitation de ses 14 centrales électriques au charbon à travers le pays, dont deux devraient continuer à fonctionner jusqu’en 2050.
Selon un nouveau rapport porté par des ONG, parmi lesquelles Greenpeace, cette décision pourrait causer jusqu’à «32.000 décès évitables» entre 2026 et 2050.
En janvier, les odeurs de souffre qui ont embaumé Johannesburg ont été attribués par les autorités à une pollution venant de la province voisine du Mpumalanga, la zone industrielle la plus polluée du pays.
«La pollution ne reste pas là où elle est produite, elle voyage», a expliqué à l’AFP Cynthia Moyo, militante chez Greenpeace.
Ce report de la sortie du charbon aura également de lourdes conséquences sur la santé des enfants, entraînant jusqu’à 41.000 naissances prématurées, 17.000 nouveaux cas d’asthme infantile et 370 décès supplémentaires chez les enfants de moins de cinq ans, selon le rapport.
«Le véritable coût du charbon se retrouve dans les hôpitaux et les enterrements précoces», a estimé Cynthia Moyo lors d’un entretien téléphonique.
«Pour nous, c’est une pandémie», a déclaré Sharon Mbonani, une mère de 30 ans habitant à Middelburg, dans le Mpumalanga. Elle a dû envoyer dans une autre province son fils d’un an souffrant de problèmes respiratoires.
Le rapport évalue le coût du retard pour l’économie sud-africaine à 721 milliards de rands (37 milliards d’euros), en tenant compte notamment de la pression accrue sur le système de santé public.
Riche en charbon mais à court d’énergie, l’Afrique du Sud a traversé des années de délestage avant un rétablissement de la situation il y a deux ans.
Le pays le plus industrialisé du continent est devenu, en 2021, le premier pays à signer un Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) avec des pays occidentaux, via lequel 8,5 milliards de dollars (7,2 milliards d’euros), promis principalement sous forme de prêts, doivent l’aider à diminuer la part du charbon dans sa production d’électricité. Mais les États-Unis ont annulé leur accord de plusieurs millions de dollars avec Pretoria l’an dernier.
