Cameroun: assassinat de Martinez Zogo, la justice à pas de tortue

Poursuite du procès de l'assassinat de Martinez Zogo à Yaoundé, Cameroun.

Le 23/10/2024 à 14h43

L’affaire Martinez Zogo se poursuit au Cameroun mais à pas de tortue. On ne sait toujours pas qui a assassiné ce journaliste qui dénonçait la mal gouvernance dans le pays. Une dizaine d’audiences ont déjà eu lieu mais l’évolution de cette affaire déçoit.

Les populations ont besoin de savoir qui a commandité l’assassinat du chef de la chaine Amplitude FM, une radio urbaine émettant dans la capitale à la fréquence 103.3 FM. La dépouille du journaliste Martinez Zogo avait été retrouvée il y a plus d’un an en décomposition avancée dans une broussaille d’une banlieue de Yaoundé.

Les premières enquêtes avaient relevé que Martinez Zogo avait été discrètement suivi par des inconnus, arrêté, torturé puis assassiné. Les forces de l’ordre avaient interpellé dix-sept personnes, lesquelles sont actuellement jugées au tribunal militaire de Yaoundé.

Mais l’opinion ne comprend pas la lenteur du procès. Déjà une dizaine d’audiences depuis l’ouverture le 25 mars 2024 et les débats ne sont toujours pas amorcés.

Au départ, les avocats ont voulu que le dossier de procédure soit mis à leur disposition respective, ce qui a conduit à une longue perte de temps. Actuellement, c’est le collège d’avocats de l’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga qui exige la nullité de tous les actes pris pendant l’enquête préliminaire avant la poursuite du procès.

Cette demande repose sur le non-respect des procédures d’interpellation de leur client, la falsification de certains des actes et la mise en détention provisoire abusive de l’homme d’affaires accusé de complicité dans cette affaire d’arrestation, séquestration, torture et assassinat du journaliste.

Du fait de cette exigence, le président du tribunal a mis l’affaire en délibéré pour se prononcer définitivement sur ces différentes exceptions avant la poursuite du procès.

Pour la partie civile représentée par les avocats des ayant-droits du défunt journaliste, il s’agit d’une technique de la défense pour perdre du temps. «Comment comprendre qu’ils reviennent sur des débats qui ont eu lieu lors de la première audience? À mon avis, nous devons avancer. En somme, ils ne se soucient pas de leurs clients incarcérés», a déclaré Me Félicité Esther Zeifman, avocat des ayants-droits de Martinez Zogo.

Quant à Me Charles Tchoungang, tête de proue du collège des avocats d’Amougou Belinga, il estime que le fond n’a pas d’importance sans la forme en matière de procédure pénale. Ainsi, l’audience du 11 novembre 2024 sera plus que déterminante.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 23/10/2024 à 14h43