Le 25 juin 2026, le Conseil des ministres adoptait un décret instituant le 1er octobre de chaque année Journée nationale du retraité et de la personne âgée, en synchronisation avec la Journée internationale des personnes âgées des Nations unies.
Selon la formulation officielle, cette journée vise à «honorer les retraités et les personnes âgées pour leur contribution au développement national, valoriser leur expérience et leur savoir, et préserver la mémoire collective du pays».
Le président Oligui Nguema a personnellement donné à cette journée une portée institutionnelle forte. Ce jour-là, il reçoit les représentants des retraités au Centre de conférences de la Cité de la Démocratie et prononce un discours.
La veille, la ministre des Affaires sociales, Armande Longo Moulengui, définissait «le bien-être, c’est recevoir sa pension à temps après avoir servi l’État, et qu’elle permette de vivre décemment; c’est être accueilli avec respect dans les structures sanitaires, sans parcourir des kilomètres; c’est ne plus finir ses jours dans la solitude, oublié de sa famille et de sa communauté.»
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Mais derrière la scénographie soignée de l’événement se cache un lourd arriéré.
Les données officielles indiquent qu’en 2024, l’État a mobilisé 5,6 milliards de francs CFA pour apurer par tranches les pensions en retard et en décembre 2025, 620 millions de francs CFA supplémentaires ont été débloqués pour les allocations vieillesse et les prestations de maternité suspendues depuis des années.
Selon les données de règlement publiées en avril 2025, le gouvernement a effectivement versé 5,74 milliards de francs CFA, bénéficiant à 52.129 retraités. Ces chiffres constituent, sur le papier, un «bilan». Mais sous les chiffres, il y a un autre Gabon, plus réel.
Ce jour-là, plusieurs retraités ont brisé l’écrin de la cérémonie. Michel, militaire retraité en témoigne. «Toute la vie nous avons souffert dans l’armée. Certains y sont allés jeunes et en sont sortis vieux, comme moi. Et c’est pour percevoir 200.000 francs de pension par mois. Qu’est-ce qu’on peut faire avec 200.000 francs pour des gens comme moi qui ont des problèmes de santé?»
Colette Madjinou, retraitée, partage les mêmes soucis que le militaire: «Je n’arrive pas à vivre correctement de ma pension. Parce qu’elle est minable.»
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Barnabé Nzé, retraité: «Moi je suis venu aujourd’hui avec l’espoir qu’on nous verserait les services rendus. J’ai passé toute ma vie à prendre des avions pour défendre les couleurs du pays à l’extérieur. C’était parfois au péril de ma vie. J’attends que la nation reconnaissante me le rende.»
Jean-Pierre Ndinga pointe, lui, une injustice plus criante encore. «Il y en a qui vivent bien de leur pension comme les élus nationaux et locaux. Et ce n’est pas parce qu’ils ont plus de mérite, mais c’est par la volonté du peuple qui les a élus. Alors, il est temps de réparer cette injustice.»
L’indignation de Jean-Pierre Ndinga n’est pas sans fondement. Les recherches le confirment: le système de retraite gabonais comporte un «régime spécial», parallèle au «régime général» applicable aux retraités ordinaires.
Selon les documents officiels de la caisse des pensions et des prestations familiales des Agents de l’Etat (CPPF), ce régime spécial repose sur plusieurs textes, notamment la loi n° 5/96 de 1996 relative au régime de retraite des membres du gouvernement et des députés, la loi n°018/2001 de 2001 relative au régime spécial de retraite des sénateurs, et les ordonnances n° 5 bis et 5 ter de 2002 relatives au régime de retraite des anciens présidents, vice-présidents et Premiers ministres.
Autrement dit, la classe politique et le travailleur ordinaire sont, selon la loi, inscrits dans deux logiques de retraite différentes.
Quand un ancien militaire se débat avec une pension mensuelle de 200.000 francs CFA, le système lui-même a déjà réservé à certains une sortie décente.
Face à ces interrogations, la ligne de la Caisse des pensions et des prestations familiales des agents de l’État (CPPF) est claire.
Le général Ntumpa Lebani, conseiller à la CPPF, a souligné lors de la cérémonie: «Cette journée est une initiative personnelle du président de la République, chef du gouvernement, qui pense à toutes les couches sociales. La Journée nationale du retraité et de la personne âgée s’inscrit dans cette politique de reconnaissance du gouvernement envers les serviteurs de l’État, qu’ils soient du public ou du privé.»
La CPPF a également engagé des réformes techniques. L’institution a lancé la bancarisation des pensions, effective depuis le 30 avril 2026: les pensions sont désormais versées exclusivement par virement bancaire, et non plus par carte ou guichet du Trésor.
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Parallèlement, une coordination institutionnelle avec la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) est en cours, afin d’harmoniser les différents régimes de retraite.
Mais ces avancées techniques restent éloignées de la préoccupation centrale des retraités: une pension qui permette de vivre.
Après le symbole, le véritable examen
Dans son éditorial du jour, le quotidien L’Union écrivait: «En instituant cette journée, le gouvernement a franchi un pas politique et commencé à s’acquitter d’une dette longtemps contractée. Mais au-delà du symbole, la plus grande attente des retraités se résume en une phrase : une pension versée à temps, d’un montant décent, une protection qui protège réellement.»
Oligui Nguema a effectivement substitué des actes concrets aux promesses creuses— 5,6 milliards, 620 millions, 5,74 milliards: des chiffres inimaginables sous les gouvernements précédents.
Mais comme le dit un retraité, la question n’est pas de savoir si des fonds ont été débloqués, mais si le montant qui arrive chaque mois permet de vivre dignement.
La première Journée du retraité et de la personne âgée est un début. Le véritable examen commence le 2 octobre.
