Gabon. Matériel vétuste, gestion inefficace, gabegie... la face obscure des délestages

Des clients attendent devant une imprimerie que l'électricité soit rétablie.

Le 11/02/2025 à 09h39

VidéoMalgré la récente acquisition par le gouvernement de transition de nouveaux groupes électrogènes, la Société d’énergie et d’eau du Gabon ne parvient toujours pas à éclairer le pays, laissant de nombreuses régions dans le noir, notamment Libreville.

«Devant l’urgence énergétique actuelle, j’ai pris des mesures pour y remédier: deux nouveaux groupes de 1500 Kva et 850 Kva ont été acquis, et un accord a été conclu avec Kar Powership pour fournir 70 MW à Libreville d’ici 5 jours, à un coût réduit», a indiqué Brice Clotaire Oligui Nguema sur facebook. Et comme pour se justifier, le chef de l’Etat précise «Nous héritons d’un système fragile où les infrastructures fonctionnent à flux tendu, mais je reste déterminé à améliorer l’accès à l’électricité pour tous les Gabonais

Pourtant, rien n’y fait. Le Gabon vit une reprise des coupures de courant quasi quotidiennes depuis plusieurs semaines. Les populations sont à bout de nerfs dans les quartiers, bureaux administratifs publics et privés. Dans cette bibliothèque du département de Lettres modernes de l’Université Omar Bongo, le cercle de réflexion des étudiants est sur le point d’annuler une réunion de travail, faute d’électricité dans la salle. Ici, tout le monde suffoque de chaleur. «Depuis près d’ un mois, nous vivons avec des coupures intempestives au sein de notre Université. Celle-ci dure depuis 8h du matin et il est 11h», se désole Ismaël Zoko Diakité, secrétaire général du Cercle de réflexion.

Les délestages tournants étaient initialement programmés durant la nuit, entre 23 heures et 4 heures du matin. Mais plus les jours passent et plus les coupures s’étalent sur toute la journée, provoquant des pertes considérables.

Propriétaire d’une imprimerie universitaire, Edou ne sait plus où se donner de la tête. «Notre activité économique est totalement paralysée avec un chiffre d’affaires en forte baisse. D’autant plus que nous travaillons environ de 7 à 8 heures par jour. Si on a des coupures qui durent 4 heures, rien ne va. Sans compter les pertes de machines.»

Le scandale des groupes électrogènes

Officiellement, le niveau inédit de délestage est attribué au manque de capacité de production de la SEEG dont la direction a été limogée en septembre dernier par le chef de l’Etat. L’entreprise pointe une vétusté de ses ouvrages, vieux de plus de 40 ans pour la plupart. Mais un autre facteur pèse sur la situation, les menaces contre le personnel d’exploitation qui se multiplient sur le terrain. «Il faut un renouvellement absolu des ouvrages pour qu’on essaie de reprendre la maintenance. Aujourd’hui l’agent de la SEEG est exposé au quotidien. Nous habitons tous les mêmes quartiers et nous subissons tous ces délestages», a regretté Firmin Panzou Ngoubou.

Et ce ne sont pas les investissements qui font défaut, mais la probité: sur les 14 groupes électrogènes acquis pour 3 milliards de F CFA l’année dernière, 10 n’avaient pas pu être branchés, car «pas compatibles» avec le système existant.

Pour en finir avec la gabegie, le porte-parole du syndicat du personnel des secteurs eau et électricité de la SEEG appelle à une collaboration franche et étroite entre les autorités et les partenaires sociaux pour trouver des solutions durables à la situation actuelle de l’entreprise.

Face à la frustration populaire, Davin Akouré, ministre gabonais de l’Énergie, a présenté ses excuse aux populations affectées: «Nous sommes conscients de cette difficulté. Donnez-nous un peu de temps pour que nous puissions aplanir ces difficultés et améliorer notre quotidien», a-t-il imploré tout en rappelant que la sortie de crise nécessitera des efforts soutenus et des délais incompressibles.

Ce dernier avait été reçu par Clotaire Oligui Nguema a reçu le 6 février, entrevue durant laquelle des solutions ont été envisagées: renouvellement et maintenance des équipements, structure d’appoint d’urgence et à long terme, la construction du grand barrage de Booué qui permettra d’améliorer la fourniture en énergie.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 11/02/2025 à 09h39