Nous sommes à la Gueule Tapée, l’une des 19 communes d’arrondissement de Dakar. Ici, à l’image de plusieurs quartiers de la capitale sénégalaise, le partage est érigé en principe durant le mois béni du Ramadan.
À l’approche de l’heure de la rupture du jeûne, les tables se dressent, les jeunes s’activent aux préparatifs du ndogou, épaulés par les sages du quartier. Parmi eux, El Hadj Maguette Séye, notable respecté, rappelle le sens profond de cette initiative: «Ce sont des ndogou gratuits appelés ”fisabilillah”, ce qui signifie une action sociale accomplie par la grâce de Dieu. Pendant le Ramadan, nous pensons à ceux qui veulent rompre le jeûne sans en avoir les moyens. Beaucoup viennent de loin, et il y a surtout des étudiants confrontés à des conditions de vie difficiles.»
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Chaque jour, des bénéficiaires qui se comptent en dizaines, repartent avec leur ndogou sans débourser le moindre franc. Une mobilisation rendue possible grâce à l’engagement et à la générosité des habitants.
Bouna Mbaye, résident du quartier, insiste sur la constance de l’action: «Nous distribuons ces ndogou depuis de nombreuses années. Du premier au trentième jour du Ramadan, nous finançons tout nous-mêmes. C’est un acte que nous accomplissons pour Dieu, car chaque bienfait réalisé en ce mois béni profite d’abord à celui qui le pose.»
Au menu, rien n’est laissé au hasard: café au lait, pain au chocolat, pain au beurre, thon, et même des pains omelette. Samba Mbaye, jeune volontaire, précise: «Nous ne sollicitons aucune aide extérieure. Nous donnons sans compter.»
À la cuisine, Awa Mbaye veille sur la qualité: «Ce que nous offrons ici n’a rien à envier à ce que les jeûneurs trouvent chez eux. Nous donnons ce qu’il y a de meilleur.»
Un engagement salué par les bénéficiaires eux-mêmes. Saliou Ndiaye, fidèle musulman, ne cache pas son admiration, «c’est un geste noble. Ce n’est pas facile, mais la récompense en vaut la peine. Donner à manger est un acte immense, et c’est Dieu qui y met Sa baraka.»
