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Algérie. Automobile: quand les voitures d’occasion coûtent plus cher que les neuves, l'interminable attente...

Mise à jour le 14/09/2021 à 16h11 Publié le 14/09/2021 à 15h36 Par Karim Zeidane

#Economie
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#Algérie : En Algérie, les véhicules d’occasion coûtent beaucoup plus cher que les voitures neuves. Une aberration unique dans le monde qui résulte de la politique adoptée par les autorités depuis 2016. Une situation qui impacte le quotidien et la sécurité des Algériens. Explications.

En Algérie, une voiture d’occasion ayant roulé plusieurs années peut coûter plus cher qu'une voiture neuve chez un concessionnaire. C’est certainement un cas unique dans le monde sachant que la règle du marché veut qu’à mesure qu’un véhicule avale des kilomètres et vieillit, sa cote diminue. Cette règle ne se vérifie pas actuellement en Algérie où acheter une voiture neuve revient souvent moins cher que celle d’occasion.

Ainsi, un Kia Picanto de 2019 a été vendu à 3 millions de dinars algériens, soit 22.730 dollars, selon Mustapha Zebdi, président de l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce).

Pourtant, chez Kia Motors Algérie, en charge de la distribution des véhicules du constructeur sud-coréen, le prix de vente de la Picanto est fixé à partir de 1,565 million de dinars algériens (TTC). C’est dire qu’avec le prix de la voiture d’occasion, on peut s’en procurer deux neuves chez le concessionnaire. Seulement, on ne trouve pas de voiture chez le concessionnaire à qui on a tout simplement interdit d’importer des véhicules neufs.

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Comment expliquer cette aberration? C’est simple. On ne trouve plus, ou presque, de voitures neuves en Algérie depuis 2019. Les gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays ont sevré l’Algérien de voitures neuves à travers des décisions politiques sans aucune vision stratégique, hormis celle de réduire, par tous les moyens, la facture des importations et donc préserver les réserves de change du pays.

En effet, il faut savoir qu’à travers une politique automobile visant à développer cette industrie, les gouvernements ont décidé dans la loi de Finances de 2014 d’obliger les concessionnaires automobiles à investir dans l’industrie automobile avant fin 2016 au risque de perdre leurs agréments de distributeurs automobiles. Et dès 2016, le gouvernement de l’époque a réduit le nombre de véhicule neufs à importer à 83.000 unités en fixant un quota à chacun des 40 concessionnaires automobiles du pays.

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Pour un pays qui importait entre 350.000 et 400.000 unités par an, cette décision a déséquilibré l’offre et la demande du marché automobile. Ensuite, le gouvernement de transition a pris la décision d’interdire les importations de véhicules neufs avant que celui du président Abdelmadjid Tebboune ne porte l’estocade en arrêtant les importations de kits automobiles destinés aux unités de montage qui continuent à fonctionner. Ainsi, avec l’arrêt de ces industries de montage, il n’y avait plus de voitures neuves importées et/ou montées sur le marché algérien.

D’ailleurs, l’industrie de montage automobile n’a jamais joué réellement son rôle. Entre 2014 et 2019, environ 400.000 véhicules sont sortis des chaînes de montage implantées en Algérie (Renault, Volkswagen, Kia et Hyundai). Pour un marché dont les besoins sont estimés annuellement autour de 350.000 unités, la production durant les 6 années couvre seulement les besoins d’une année.

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Tout le monde s’est donc orienté vers le marché de l’occasion. Seulement, sur celui-ci aussi, les autorités, guidées par le souci d’éviter des sorties de devises face à la baisse inquiétante des réserves du pays, ont sévi en interdisant les importations de véhicules d’occasion.

Conséquence, le citoyen algérien a été sevré en véhicules neufs et d’occasion par les gouvernements qui se sont succédé depuis 2016, et tout particulièrement à partir de 2019, soucieux de préserver les réserves de change du pays, sachant que plus de 3 milliards de dollars étaient consacrés annuellement aux importations de véhicules.

Le seul marché automobile restant est donc celui de l’occasion algérien. Et la voiture n’étant pas un produit de luxe, surtout quand les transports en commun ne sont pas disponibles qualitativement et quantitativement, les citoyens algériens sont dans l’obligation de recourir à ce marché de l’occasion national. La fermeture des principaux points de vente à cause de la pandémie n’a fait qu’amplifier la rareté des véhicules disponibles vendus désormais via internet.

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Et comme «la rareté fait la valeur», les prix des voitures d’occasion n’ont cessé de flamber face aux tergiversations des autorités qui multiplient les annonces quant à la reprises des importations de véhicules neufs et d’occasion.

Aujourd’hui, les autorités se targuent d’avoir réduit le déficit commercial après avoir comprimé la facture des importations. Sauf que ce résultat a été obtenu en privant les Algériens avec des pénuries à la pelle qui sont derrière l’inflation de nombreux produits.

Et c’est donc l’Algérien lambda qui trinque à plusieurs niveaux. D’abord, ne pouvant se procurer le véhicule neuf de son choix à un prix raisonnable, il est obligé de faire des sacrifices énormes pour s’offrir une voiture d’occasion à un prix prohibitif. Sinon, il doit faire face à des problèmes quotidiens de mobilité.

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Ensuite, quand il souhaite changer une pièce défectueuse de sa voiture, l'usager est obligé de recourir à la contrebande ou à la contrefaçon face à l'absence de pièces de rechange chez les concessionnaires.

En outre, la vétusté du parc automobile, à cause de la faiblesse de son renouvellement, des politiques mises en place depuis 2016 (quotas d’importations de véhicules, interdiction d’importation de véhicules neufs et d’occasion et arrêt des importations de kits pour les unités de montage automobile) et l’absence de pièces détachées chez les concessionnaires font que l'état de la sécurité routière inquiète les Algériens.

En effet, sans renouvellement du parc, les voitures qui devraient être retirées de la circulation pour leur dangerosité continuent à circuler, contribuant aux accidents qui pourraient être évités normalement.

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Enfin, en l’absence d’importations de véhicules, les concessionnaires automobiles, pour ce qu'il en reste encore, agonisent et ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui sont sacrifiés à cause des politiques des dirigeants.

Avec ces politiques, ce sont les citoyens et les petits opérateurs, dont particulièrement les concessionnaires, qui trinquent. C’est dans ce contexte que ces concessionnaires automobiles ont interpellé le président Abdelmadjid Tebboune pour qu'il autorise les importations de véhicules neufs comme cela a été décidé en janvier 2021 par son gouvernement. A l'époque, il avait en effet décidé de libérer les importations de véhicules neufs, tout en plafonnant la facture à un montant maximum de 2 milliards de dollars. Ces véhicules devant être soumis à une taxe de 35% et une TVA de 19%.

Avec ces taxes, il ne faut pas s’attendre à revoir les anciens prix du neuf être appliqués. Il n’en demeure pas moins que les prix des voitures neuves importées seront beaucoup moins cher que les prix pratiqués actuellement pour les véhicules d’occasion vendus sur le marché algérien.

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Et avec un montant de 2 milliards de dollars, les importations porteront, selon les experts, entre 120.000 et 150.000 unités, loin de satisfaire la demande annuelle de véhicules neufs du marché, sachant que la facture annoncée comprend tous les segments de véhicules (voitures touristiques, bus, pick up, matériel agricole, camion...).

Seulement, depuis cette annonce, rien de concret n'a été entrepris. Ce fut un effet d'annonce, comme les précédentes annonces. Les concessionnaires butent toujours sur les mêmes problèmes.

Ainsi, les concessionnaires et les citoyens doivent-ils encore patienter. Les autorités algériennes ne sont pas pressées d'ouvrir les vannes de l’importation de véhicules neufs.
Le 14/09/2021 Par Karim Zeidane