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Pétrole et gaz: inflation, déficits budgétaires et comptes courants, les pays africains vont trinquer

Mise à jour le 25/10/2021 à 16h22 Publié le 25/10/2021 à 16h14 Par Moussa Diop

#Economie
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#Maroc : La flambée des cours du pétrole impacte négativement les pays africains. En plus des effets sur les finances publiques et les balances des opérations courantes, on redoute surtout les effets inflationnistes et sur la croissance. D'où l'urgence d'accélérer la transition énergétique.

Les cours du pétrole et du gaz flambent sur le marché international. Celui du baril de pétrole s'est inscrit à la hausse ce matin du lundi 25 octobre 2021, lors des ouvertures des marchés asiatiques pour s’établir à 86,13 dollars pour le Brent de la mer du Nord et à 84,44 dollars pour le WTI américain, les deux références mondiales du cours de l’or noir.

Des niveaux plus atteints depuis mi-octobre 2014. Cette nouvelle hausse des cours après les prises de bénéfices sont expliqués par les déclarations du ministre saoudien de l’Energie, Abdelaziz ben Salmane, durant le week-end laissant peu de place à une augmentation prochaine de l’offre de la partir de l’OPEP+. Il a en effet indiqué que «l’OPEP+ resterait prudente quant à l’augmentation de sa production». Allant dans le même sens, le ministre du Pétrole du Nigéria, Timipre Sylva, a souligné à Bloomberg que le marché était «encore trop fragile». En clair, pour le chef de file de l’OPEP (Arabie saoudite) et le premier producteur africain de l’or noir (Nigéria), il ne faut pas s’attendre à une augmentation de l’offre de l’OPEP+ au-delà de ce qui est prévu.

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Selon les projections des analystes, les cours du pétrole et du gaz ne devraient pas s’estomper selon les analystes. En effet, les levées des restrictions de voyages liés à la pandémie, la lente reprise de la production de pétrole aux Etats-Unis, la fixation des quotas de production de l'or noir par les pays exportateurs de l’OPEP+, les inondations qui ont affecté la production de charbon en Chine, la reprise du transport aérien, la reprise de l’économie mondiale, la perspective d’un rude hiver dans l’hémisphère Nord et la forte demande en gaz, ainsi que le refus de la Russie d’ouvrir les vannes de gaz à  destination de l’Europe sont autant de facteurs qui militent en faveur de la hausse des cours des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon…).

Selon les analystes, tous ces indicateurs dans un contexte de forte demande devraient contribuer à une hausse des cours du pétrole et de gaz d’ici la fin de l’année avec notamment un baril qui pourrait même franchir la barre des 90 dollars. En effet, selon les estimations de Goldman Sachs, la demande pourrait bientôt retrouver son niveau d’avant le Covid-19, soit 100 millions de barils par jour.

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Des prévisions confirmées par la Banque mondiale dans la dernière édition du Commodity Markets Outlook qui explique que «les prix de l’énergie devraient en moyenne s’établir en 2021 à un niveau supérieur de plus de 80% à celui enregistré l’année dernière».

Si ces hausses des cours vont globalement profiter aux producteurs africains de pétrole et de gaz, même si les effets seront limités par plusieurs facteurs (quotas de production, déclin de production de pétrole de de gaz, contrats long terme pour les livraisons de gaz, contrats pétroliers léonins…), il est certain que les pays africains non producteurs, mais seulement importateurs, seront fortement impactés par les effets de ces hausses.

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D’abord, à cause de la flambée des cours, ces pays verront leurs factures d’importation exploser sachant que cette rubrique pèse déjà fortement.

Ainsi, le cours moyen du pétrole, qui s’était établi à hauteur de 40 dollars en 2020, devrait ressortir à 70 dollars en moyenne en 2021, soit une hausse de 70%, selon les prévisions de la Banque mondiale. Ce qui devrait impacter négativement les finances publiques en réhaussant fortement les budgets de compensation des Etats et les balances commerciales des pays africains importateurs de pétrole, de gaz et du charbon. Et ces hausses pourraient compliquer les choix de politiques publiques à l’heure où les pays du continent se relèvent de la récession qui a sévi l’année dernière. En effet, cette flambée des cours va accentuer les déficits (budgétaires et courants) et les sorties de devises, qui ne vont pas manquer d’affaiblir de nombreuses monnaies locales et entretenir la spirale inflationniste.

Ensuite, il y a l’impact inflationniste de la hausse des cours du pétrole sur les pays africains. En effet, la flambée des cours du baril va impacter le coût de production de nombreux produits importés et le tarif du transport de marchandises dans un contexte mondial de forte hausse du coût du conteneur.

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Conséquence, le coût de revient des produits arrivant en Afrique vont augmenter et au dernier ressort, c’est le consommateur africain qui trinquera. Et cette inflation importée liée à la hausse du cours du baril a tendance à irriguer tous les circuits économiques à cause des effets du tarif des carburants sur les transports, le coût de l’électricité, la production des biens…

Ainsi, cette inflation importée a tendance à entraîner une spirale inflationniste touchant tous les produits aussi bien importés que produits localement induisant des pertes de pouvoirs d’achat des ménages africains aussi bien des pays non producteurs et producteurs de pétrole. 

D’ailleurs, des hausses des cours des produits de base (blé, farine, maïs, huile, lait...) sont signalés depuis quelques semaines un peu partout sur le continent. 

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En outre, cette situation inflationniste pourrait affecter la consommation intérieure de nombreux pays et impacter négativement leur croissance. Ainsi, la flambée des cours du pétrole et du gaz pourrait amenuiser la croissance de plusieurs pays africains importateurs de pétrole et de gaz, surtout ceux dépendant des exportations de produits de base à destination de la Chine, premier importateur mondial de pétrole, et dont l’économie demeure vulnérable face à la flambée des cours du baril de pétrole. Un ralentissement de la demande de celle-ci risque d'affecter la reprise de certains pays du continent devenus très dépendants de la seconde puissance économique moniale. D’ailleurs, selon diverses projections, un Brent à 100 dollars à fin 2021, ce qui ne peut plus être écarté, pourrait engendrer un repli de la croissance mondiale de l’ordre de 0,6% par rapport aux prévisions actuelles.

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De même, la hausse des cours du baril de pétrole risque de compromettre la sécurité alimentaire des Africains. Outre l’effet inflationniste et les pertes de pouvoir d'achat, la forte hausse du cours du gaz agit négativement sur le marché de l’engrais dont la production mondiale baisse, augmentant par conséquence son cours. Or, le prix de ces intrants aura inévitablement des conséquences sur les productions agricoles du continent.

Donc, cette nouvelle flambée des cours des énergies fossiles aura des impacts négatifs sur les économies africaines. Elle prouve, une fois de plus, que la prudence s’impose en matière de prévision des cours des matières premières du fait de l’impossibilité de disposer de tous les paramètres nécessaires. La pandémie du Covid-19 est venue perturber l’«équilibre» du marché pétrolier portant le cours de l’or noir à des niveaux qui n’étaient pas envisagés par le plus optimistes des analystes et des institutions financières.

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Et dans tous les cas, cette nouvelle flambée devrait pousser les pays africains, notamment ceux non producteurs de pétrole et de gaz, à accélérer leur transition énergétique vers les énergies renouvelables, notamment le solaire, l'éolienne, la géothermique, et les hydrogènes verts, sachant que les potentialités du continent sont très faiblement exploitées.

Certains pays africains sont bien engagés sur ce processus. C’est le cas du Maroc où les énergies renouvelables ont représenté 36,8% du mix énergétique en 2020 et devraient dépasser 52% en 2030. Outre les effets positifs en matière de protection de l’environnement, cet engagement a permis de réduire fortement la dépendance vis-à-vis des importations des énergies fossiles et donc de la volatilité des cours. Malheureusement, cette transition énergétique est loin encore d’être une priorité pour de nombreux pays du continent.
Le 25/10/2021 Par Moussa Diop