Economie

Algérie. Automobile: après Volkswagen, l’usine d’assemblage de Kia ferme

Les décisions des autorités algériennes visant à mettre fin au fiasco du montage automobile risquent d’entraîner la fermeture de la quasi-totalité des unités industrielles. Après Volswagen, Gloviz, qui assemble les véhicules de Kia, décide d'arrêter sa production en attendant d'y voir plus clair.

Par Moussa Diop
Le 16/05/2020 à 18h22, mis à jour le 16/05/2020 à 20h12
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Les industriels et oligarques qui se sont lancés dans le montage automobile en Algérie n’ont plus aucune visibilité, après les nombreuses mesures prises par les autorités, ces dernières semaines. Le pays court vers l’arrêt d’un secteur qui n’a, à vrai dire, jamais joué son rôle d’incubateur d’une industrie automobile locale.

Ainsi, Gloviz, de Global Groupe, qui assemble les véhicules de marque Kia, vient d’annoncer la fermeture de son unité de montage dès dimanche 17 mai.

L’usine avait déjà suspendu son activité en février dernier. Puis elle l’avait reprise partiellement, après le déblocage de l’importation des kits CKD/SKD d’assemblage. Ces kits sont désormais épuisés, au moment où le gouvernement annule le système de taxes douanières préférentielles pour leur introduction sur le territoire. Et sans cet avantage, les unités de montage ne pourront plus rester compétitives.

Aussi, quand Global Group annonce espérer «une réouverture de l’usine après la publication du cahier des charges», cela signifie que la fermeture risque d’être définitive, si le gouvernement respecte ses engagements d'imposer un taux d'intégration local de 30%. L’unité, ouverte il y a deux ans, est d’une capacité de montage de 50.000 véhicules et emploie environ 2.000 salariés.

En décembre dernier, c’est Volkswagen, partenaire de l’algérien Sovac, qui avait suspendu sa production locale jusqu’à nouvel ordre. «En raison de la crise politique en Algérie, Volkswagen a pour le moment suspendu la production dans ce pays d’Afrique du Nord. Les livraisons au partenaire officiel du pays, Sovac, ont également été suspendues», déclarait le constructeur allemand.

Il avait pris cette décision à cause, notamment, d’un manque de visibilité sur son projet avec le groupe Sovac. Une conséquence de la procédure judiciaire lancée contre son propriétaire, l’oligarque Mourad Eulmi, en prison depuis juin 2019.

L’Allemand était présent en Algérie depuis 10 ans, et exploitait une usine d’assemblage en partenariat avec Sovac, à Relizane, depuis 2016.

D’autres unités industrielles, dirigées par d’autres oligarques maintenant en détention, risquent de suivre le mouvement de fermeture. Comme celle de Tahkout, qui produit des voitures de la marque Hyundai, et est à l’origine du scandale des montages «déguisés». L’usine importait des véhicules totalement assemblés, sur lesquels il n’y avait que les roues à fixer, profitant ainsi du régime douanier avantageux alors offert aux kits CKD/SKD.

Désormais, les acteurs du secteur doivent évoluer dans un environnement différent de celui de l’ère Bouteflika. Et les nombreuses mesures du gouvernement pour assainir le secteur pourraient mener à la fermeture de toutes les unités installées.

D'abord, du fait de l’absence de contenu local pour de nombreuses unités, le gouvernement algérien a exigé, en février dernier, un taux d’intégration de 30%, afin d’éviter que les acteurs industriels importent tout, voire fassent venir des voitures quasiment toutes montées. Or, actuellement, ces taux d’intégration sont estimés entre 2 et 15%.

Une situation qui s’explique par l’absence de sous-traitants et de fournisseurs d’équipements locaux. C’est dire que la condition fixée est impossible à satisfaire. Si cette règle est appliquée avec rigueur, les usines devront presque toutes mettre la clé sous la porte.

Et pour atteindre un taux d’intégration de 30%, il faudra que les constructeurs qui s’installent fassent construire des écosystèmes automobiles en faisant venir en Algérie leurs sous-traitants et fournisseurs.

Le changement de la règle 51/49% qui oblige qu’au moins 51% du capital d’une entreprise implantée en Algérie soient locaux (publics ou privés), pourrait contribuer à l’implantation d’investisseurs étrangers. Toutefois, cela prendra du temps. Et la conjoncture n’est pas favorable.

Ensuite, dans le cadre du projet de loi de finances complémentaire, les autorités algériennes ont annulé le système préférentiel d’importation de kits SKD/CKD. Ce qui va réduire la compétitivité des véhicules neufs produits localement.

En outre, les autorités ont réautorisé les concessionnaires automobiles à importer des véhicules. Ce qui ouvre le marché qui était réservée aux constructeurs locaux à une vive concurrence des concessionnaires qui connaissent mieux la clientèle et qui disposeront d'une offre plus diversifiée et de qualité.

Enfin, quel sera le sort des entreprises détenues par des oligarques derrière les barreaux, lorsqu’ils seront condamnés définitivement?

Bref, seule l’unité Renault Algérie, qui jouit d’un taux d’intégration local supérieur aux autres, pourrait éventuellement continuer à produire localement dans cet environnement. Quelques ajustements seront peut-être nécessaires pour respecter le futur cahier des charges. Mais tout dernièrement, le président Abdelmadjid Tebboune avait, en personne, tancé le constructeur français en soulignant que «L’usine Renault qui est ici n’a rien à voir avec celle qui est installée au Maroc», ajoutant «comment créer des emplois alors qu’il n’y aucune intégration, aucune sous-traitance?»

Ici encore, la visibilité n’est pas au rendez-vous.

Par Moussa Diop
Le 16/05/2020 à 18h22, mis à jour le 16/05/2020 à 20h12

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