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Algérie: l’ONU annonce une forte hausse du taux de chômage, le Covid-19 n’explique pas tout

Mise à jour le 18/01/2021 à 16h54 Publié le 18/01/2021 à 16h11 Par Karim Zeidane

#Economie
Crise social en Algérie
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#Algérie : Le taux de chômage a augmenté de 3,6 points en 2020, comparativement à l’année précédente, selon un rapport de l’ONU. Le Covid-19 n'explique pas tout. Le chômage était sur un trend haussier à cause d’une crise économique et financière aiguë. Explications

Selon le rapport «Analyse rapide de l’impact socio-économique du coronavirus sur l’Algérie» de l’ONU, la pandémie du Covid-19 a augmenté fortement le taux de chômage. Celui-ci a atteint 15%, contre 11,4% en 2019, soit une hausse significative de 3,6 points.

A cause du Covid-19, tous les secteurs de l’économie algérienne sont touchés par la crise, à cause du confinement de la population durant plusieurs mois.

Selon le rapport, «le nombre final de pertes annuelles d’emplois en 2020 dépendra de manière décisive de l’évolution de la pandémie du coronavirus (…) Selon les résultats de notre modèle, le taux de chômage se situerait autour de 15%», indique le rapport.


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Toutefois, il faut souligner que la pandémie a trouvé un environnement favorable marqué par une crise économique et financière sans précédent. Une situation qui a fait que le gouvernement était démuni face à la crise et n’a pu y faire face.

En effet, bien avant la pandémie du Covid-19, certains secteurs clés dont celui du bâtiment et des travaux publics étaient déjà à l’agonie. En mars 2020, avant même que le pays n’enregistre son premier cas de Covid-19, selon Mouloud Kheloufi, président de l'Association générale des entreprises algériennes (Agea), 25.000 entreprises du secteur du bâtiment, travaux publics et hydrauliques (BTPH), dont de nombreuses TPE et PME étaient à l’arrêt avec 200.000 salariés au chômage technique.

Et le secteur de la production des matériaux de construction accusait à cette date une baisse de production de 70 à 80% à cause des nombreuses mises à l’arrêt de chantiers. Outre la situation de certains oligarques en démêlés avec la justice, le gel de nombreux projets étatiques à cause de la crise financière ont entrainé ce secteur vital dans une crise profonde. Il faut dire que l’Etat a gelé presque tous les projets de logements et d’infrastructures faute de ressources budgétaires.


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D’autres secteurs dont ceux de l’électroménager, de l’électronique et de l’automobile ne sont pas mieux lotis et sont à l’arrêt depuis bientôt une année pour certaines entreprises, avec à la clé des milliers d’employés à la rue. Ainsi, Renault Production Algérie a licencié plus de la moitié de ses salariés à cause de la crise que traverse le secteur et qui est antérieure à la pandémie du Cocid-19.

En clair, la pandémie du Covid-19 est venue accentuer une crise économique déjà aiguë.

Et le pire, c’est qu’aucun plan de relance n’a été concocté par les dirigeants algériens pour sortir de cette situation. Le nouveau modèle économique promu par le président Abdelmadjid Tebboune n’est pas encore mis en place et pourrait être compromis faute de moyens. La chute des recettes d’exportations des hydrocarbures de 40% à 20 milliards de dollars en 2020 va impacter davantage l’économie algérienne en aggravant les déficits jumeaux -déficit budgétaire et déficit du compte courant- et soulever un véritable problème de financement de l’économie algérienne.


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Au-delà des moyens financiers se pose aussi celui des compétences placées au plus hautes fonctions de l’Etat. D’ailleurs, le président Tabboune, après deux mois d’absence pour des raisons de santé, a personnellement critiqué une partie de son gouvernement dont l’argentier du pays. Ce qui donne une idée sur les capacités réelles du gouvernement à faire face à une crise économique aussi aiguë dont les conséquences sociales sont actuellement étouffées par la pandémie du Covid-19 qui impose confinement, distanciation physique, interdiction de rassemblement, etc.

Du coup, le taux de chômage réel devrait être beaucoup plus élevé en Algérie. Et le risque de tensions est important au moment où le gouvernement n’a plus de marges de manœuvre pour acheter la paix sociale, comme ce fut le cas durant des décennies à coup de subventions tous azimuts. La chute inexorable du matelas des réserves en devises inquiète sur l’avenir des importations dont certaines sont nécessaires pour la relance économique (biens d’équipements) et d’autres essentiels du fait que le pays ne produit pas grand chose (produits alimentaires, produits pharmaceutiques, etc.).


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Ainsi, après avoir sevré le peuple à coups de subventions et de largesses, le gouvernement commence à récolter les conséquences. La plupart des entreprises publiques sont au bord du gouffre. C’est le cas de la Sonelgaz si endettée qu’elle a décidé d’entamer des coupures de gaz aux ménages.

Les créances de Sonelgaz détenues auprès de ses clients sont de 160 milliards de dinars en 2020, soit 1,21 milliard de dollars, dont 53% sont détenues auprès des privés et 47% auprès des administrations.

In fine, 2021 sera une année difficile à gérer pour Tebboune déjà trop diminué par les effets de la pandémie…
Le 18/01/2021 Par Karim Zeidane