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Les raisons pour lesquelles l'Algérie n'est plus capable de mettre de l'huile à table

Mise à jour le 14/04/2021 à 14h01 Publié le 14/04/2021 à 13h01 Par Mar Bassine

#Economie
Pénurie d'huile
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#Algérie : A cause de la forte hausse des cours de l'huile de palme à Kuala Lumpur et de la dépréciation du dinar face au dollar, l'Algérie n'est plus en mesure de fournir de l'huile de table à sa population.


Qui l'eut cru? Qu'un jour, l'Algérie, qui a toujours dépensé sans compter, se retrouve incapable d'importer de l'huile de palme, denrée essentielle pour la vie de ses concitoyens. Et pourtant, c'est bel et bien arrivé et c'est l'unique raison pour laquelle les honteuses scènes de bousculade pour se procurer une hypothétique ration de la matière grasse se multiplient un peu partout dans le pays.

Il y a deux raisons à cela. D'une part, contrairement à ce que prétend le régime, les réserves de changes ont atteint leur niveau critique, soit beaucoup moins que le chiffre de 40 milliards de dollars, sorti par Abdelmadjid Tebboune, lors d’une récente interview. L’autre raison est liée surtout à la hausse vertigineuse des cours de l’huile de palme sur les marchés internationaux.


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En effet, le cours de la tonne d’huile de palme qui n’était que de 1957 dollars en mai 2020, s’échange aujourd’hui autour de 3700 dollars, soit près du double. C’est le plus haut niveau depuis janvier 2011, quand le prix de la tonne frôlait les 3800 dollars. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un peu partout dans le monde, les consommateurs ont vu les prix de l’huile de table grimper, y compris pour l’huile de soja, de colza, de maïs, d’arachide et de tournesol. Car, les cours de tous ces oléagineux sont corrélés.


Evolution du cours de l'huile de palme (Prix/tonne)

Au Maroc, par exemple, le prix de la bouteille de cinq litres a augmenté de 10 à 14 dirhams selon la marque et la qualité du produit. Or, le dirham marocain s’est même légèrement apprécié par rapport au dollar, ce qui a tendance à atténuer la hausse du prix. En Algérie, c’est tout le contraire, le dinar s’est nettement déprécié par rapport au dollar. En effet, le billet vert américain qui s’échangeait autour de 110 dinars, il y a un an, vaut désormais 132 dinars. Sur les 10 dernières années, la valeur du dollar par rapport au dinar algérien est pratiquement passée du simple au double de 70 à 132 dinars.


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Donc, l’huile est importée dans un dollar plus cher pour être vendue dans un dinar, devenu littéralement une monnaie de singe. C’est dire qu’en tenant uniquement compte de facteur, même si les cours de l’huile à Kuala Lumpur n’avaient pas pris l’ascenseur, un importateur comme Cevital était censé revendre l’huile raffinée nettement plus cher qu’en 2020. Or, il se trouve que sur cette même période de dépréciation du dinar face aux devises étrangères, les cours de la matière première importée ne permettent pas non plus de maintenir des prix constants comme le veut le régime.

Enfin, l’autre problème qui se pose c’est que l’Etat algérien, qui subventionne les produits de grande consommation, est en manque de liquidités. Plus d’huile consommée par les Algériens, ce n’est pas bon pour les affaires du Trésor public, non plus pour les réserves de change, qui sont à un plus bas historique.


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Aujourd’hui, il est évident que, si le prix de vente au consommateur final reste inchangé et que l’Etat ne veut pas supporter la différence engendrée par la hausse des cours de matière première et la dépréciation du dinar, les importateurs et les distributeurs d’huile ne pourront pas tirer leur épingle du jeu. Le groupe Cevital d’Issad Rebrab a beau expliquer disposer de quantités importantes de stocks, si les distributeurs ne parviennent plus à faire de marges, ils renonceront à mettre l’huile de table dans leurs rayons.

C’est ce qui explique que ce ne sont que de rares supermarchés qui acceptent de vendre l’huile de table, sans doute à perte, n'en faisant qu'un produit d’appel. C’est également la raison pour laquelle les autorités algériennes ont décidé de distribuer elles-mêmes l’huile de table, se substituant ainsi à l’épicier du coin, qui boude un produit qui ne lui rapporte plus.
Le 14/04/2021 Par Mar Bassine