Algérie. Corruption: l’ancien (et tout-puissant) ministre de la Justice, interdit de quitter le territoire

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Le 24/07/2019 à 11h28, mis à jour le 25/07/2019 à 13h00

Tayeb Louh fait désormais, lui aussi, l’objet d’une interdiction de sortie du territoire algérien. L’ancien et puissant ministre de la Justice est sous le coup d'une enquête liée à la corruption, et c'est l’un des derniers piliers du clan Bouteflika à se retrouver à son tour dans le collimateur.

Le dernier en date, à être le puissant ministre de la Justice et Garde des Sceaux de l'ère Bouteflika est frappé d'une Interdiction de sortie du territoire (IST). 

Quelques jours après le départ précipité de Abdelaziz Bouteflika de son fauteuil présidentiel, des rumeurs avaient annoncé son arrestation alors que d’autres avaient évoqué sa tentative de fuir vers l’extérieur. Mais Tayeb Louh avait démenti ces allégations en se promenant et en se faisant filmer à bord de sa voiture, dans les rues d’Alger.

Beaucoup d'Algériens se demandaient pourquoi ce baron du régime Bouteflika n’avait pas encore été inquiété jusqu'à présent.

Il faut dire que pour "attraper" cet homme, il était nécessaire de "déminer le terrain" en le "nettoyant" préalablement de toutes les personnes qu’il avait lui-même nommées dans son département tentaculaire, celui de la Justice.

C’est ce qui a été fait, au cours de ces derniers mois, avec des changements opérés à la tête de toutes les grandes juridictions algériennes, notamment celle de Sidi M’Hamed et de la Cour suprême.

Ainsi, de nouveaux juges, magistrats et procureurs ont été nommés pour remplacer ceux qui étaient en place du temps de la toute-puissance de Tayeb Louh, dont certains ont été parmi ses plus fidèles serviteurs, en couvrant de nombreux dossiers liés à la corruption et aux détournements de deniers publics, aujourd’hui rouverts par le gouvernement de transition sous la houlette du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, toujours vissé à ses postes de vice-ministre de la Défense et de chef d’état-major de l’armée algérienne.

C’est suite à ces changements d’hommes dans le département de la justice, que les dossiers des anciens barons du régime, dont les anciens Premiers ministres, dont Ahmed Ouyahia, des ex-ministres et autres grands "pontes" du régime Bouteflika ont finalement atterri dans les différentes juridictions du pays, notamment celles de Sidi M’Hamed et à la Cour suprême.

Après cette purge préliminaire, Tayeb Louh s'apprête donc à suivre ses anciens compagnons du régime de Bouteflika.

Une nouvelle enquête a été ordonnée par le procureur de la République près du tribunal de Sidi M’Hamed.

Le désormais ex-ministre de Justice et Garde des Sceaux est ciblé «pour des faits punis par la loi liés à la corruption», selon un communiqué très officiellemet émis par le département qu'il a dirigé.

En attendant les résultats de cette enquête à son encontre, le procureur a interdit à l’ancien ministre de quitter le territoire algérien.

Tayeb Louh risque gros, à l’instar des anciens Premiers ministres actuellement dans le collimateur de la justice algérienne, Ahmed Ouyahia en premier lieu, ou encore Abdelmalek Sellal, tous deux actuellement en prison.

Il faut dire que Tayeb Louh, l’un des caciques les plus en vue de l'ex-régime de Bouteflika, était entré dans le gouvernement algérien en 2002. Il était alors ministre du Travail.

En 2013, il avait été nommé ministre de la Justice, un poste-clé qu'il a occupé jusqu’au tout dernier remaniement opéré par Bouteflika, le 31 mars de cette année 2019.

Par Karim Zeidane
Le 24/07/2019 à 11h28, mis à jour le 25/07/2019 à 13h00