Politique

Afrique: après la tournée du chef de la diplomatie russe, Blinken et la diplomatie américaine se mettent en branle

A peine Sergueï Lavrov rentré de son périple africain que les Etats-Unis mettent en branle leur machine diplomatique pour contrer la Russie et réaffirmer leur présence géopolitique en Afrique. Le continent risque de redevenir le terrain d’une nouvelle «Guerre froide»...

Par Moussa Diop
Le 01/08/2022 à 14h34, mis à jour le 01/08/2022 à 14h39
Antony Blinken
Antony Blinken, chef de la diplomatie américaine. | DR

Après le président français Emmanuel Macron, qui a bouclé sa tournée africaine durant laquelle il n’a pas raté une seule occasion de titiller la Russie, allant jusqu’à la désigner comme «l’une des dernières puissances impériales coloniales» en Afrique, ce sont les Etats-Unis qui annoncent des tournées de plusieurs de leurs diplomates sur notre continent. Ceci, après l’offensive de charme du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui, au lendemain de l’accord sur les exportations de céréales, a montré que Moscou est loin d’être isolée diplomatiquement en Afrique.

Pour contrer la démarche russe, et démonter les affirmations russes selon lesquelles la crise alimentaire est le résultat des sanctions internationales, le Département d’Etat américain a annoncé que des diplomates américains vont se rendre dans plusieurs pays du continent. 

Ainsi, du 7 au 9 août prochain, le secrétaire d'Etat Anthony Blinken se rendra en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo et au Rwanda. Il s’agira du deuxième périple en Afrique subsaharienne du chef de la diplomatie américaine, après celui effectué en 2021 au Kenya, au Nigeria et au Sénégal.

Une semaine plus tard, c’est Linda Thomas Greenfield, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, qui se rendra au Ghana puis en Ouganda, pays où Lavrov a séjourné durant son périple qui l’a également mené en Egypte, en République du Congo et en Ethiopie. Puis, Samantha Power, la patronne de l’Agence américaine de l’aide au développement (Usaid) prendra le relais pour se rendre au Kenya et en Somalie. En tout, les diplomates américains vont visiter 7 pays du continent dans le but de contrecarrer l’influence diplomatique russe. Ces visites montrent que les Etats-Unis comptent miser sur des alliés influents régionalement (Afrique du Sud, Nigeria, Sénégal, Kenya, Rwanda, RDC…).

D'après le Département d’Etat américain, ces périples visent à montrer «aux pays africains qu’ils ont un rôle géostratégique essentiel et sont des alliés cruciaux sur les questions les plus brûlantes de notre époque».

Il faut dire que la crise ukrainienne a montré que l’Afrique peut peser sur l’échiquier politique mondial. Le vote de la résolution sur la guerre en Ukraine à l’ONU a été un coup fatal pour les Occidentaux qui ont été surpris par le nombre élevé de pays africains qui se sont opposés, abstenus ou qui ont simplement refusé de participer. En effet, plus de la moitié des pays africains n’ont pas voté pour la résolution. Ce qui a constitué un signal d’alarme pour les Occidentaux.

A travers ces visites, les Etats-Unis comptent réaffirmer leur présence géopolitique en Afrique, un continent où ils se sont laissé dépasser par de nombreux pays (Chine, Russie, Turquie…). Et ces tournées marquent un certain changement de la politique américaine marquée au cours de ces dernières années par une rivalité avec la Chine devenue le premier partenaire économique du continent. Or, désormais, c’est le retour de la Russie sur les plans politique, économique et surtout militaire et géopolitique qui inquiète Washington et ses alliés. D’ailleurs, la tournée de Lavrov a été marquée par des joutes à distance avec le président français Emmanuel Macron.

Ainsi, si la présence économique chinoise en Afrique était devenue au cours de ces dernières années une source de tensions entre Washington et Pékin, la présence de paramilitaires russes en Afrique et l’invasion de l’Ukraine semble réanimer les jeux d’alliances des deux puissances sur le continent. La non-condamnation par la majorité des pays africains de l’invasion russe de l’Ukraine, traduisant la volonté d’émancipation de nombreux pays du continent, n’a toujours pas été acceptée par les pays occidentaux.

Du coup, l’Afrique est revenue au cœur des enjeux diplomatiques entre la Russie et les puissances occidentales. C’est comme si on était revenus à la période de la «Guerre froide», avec, depuis quelques années, un retour diplomatique et militaire de la Russie au niveau du continent. Sa présence militaire via les forces paramilitaires de Wagner en Centrafrique et au Mali et ses tentatives d’installation de bases navales sur le continent montrent clairement ses ambitions géostratégiques.

En réponse, les Etats-Unis essayent de se repositionner diplomatiquement sur le continent. D’ailleurs, la visite du chef de la diplomatie américaine en RDC et au Rwanda, deux pays qui sont au bord d’une guerre à cause des rebelles du M23, montre que Washington a besoin de stabilité dans cette région, notamment en RDC, pays qui regorge de nombreuses matières premières, notamment des minerais dont les Etats-Unis et le monde ont besoin (cobalt, cuivre, terres rares..). Pour les Etats-Unis, s’ils sont devenus indépendants du point de vue énergétique, il demeure essentiel de sécuriser les sources de certaines matières premières, dont celles qui étaient jusqu’à présent importées de la Chine et de la Russie.

Bref, les Etats-Unis s’était éloignés de l’Afrique sous la présidence de Trump. Mais la crise ukrainienne montre aux Américains que l’Afrique existe et peut peser dans le concert des nations. De plus, après la domination économique chinoise et bientôt celle turque, l’Occident comprend qu’il peut aussi perdre sa domination militaire au profit des Russes.

Maintenant reste à savoir si ce regain d'intérêt et cette ruée des grandes puissances sera à l'avantage de l'Afrique ou si cette dernière ne fera que subir, comme toujours...

Par Moussa Diop
Le 01/08/2022 à 14h34, mis à jour le 01/08/2022 à 14h39