Société

Vidéos. Inondations: les raisons d’un mal devenu chronique en Afrique de l’Ouest

VidéoLes inondations se multiplient dans les capitales africaines pourtant censées être plus protégées grâce aux systèmes d’assainissement. Outre les facteurs conjoncturels, celles-ci s’expliquent aussi par des failles des Etats et l’irresponsabilité des citoyens.

Par Moussa Diop
Le 30/08/2021 à 14h42, mis à jour le 30/08/2021 à 16h22
Inondations
DR

Si nulle région au monde n’est à l’abri des dégâts des inondations causées par les pluies torrentielles, en Afrique de l’Ouest, celles-ci ont des conséquences néfastes sur une population déjà diminue et des Etats incapables de leur venir en aide. Ces inondations entrainent la mort, la destruction de biens et des récoltes et des épidémies.

Depuis fin juillet, de nombreuses capitales de la région du Sahel, et même d’Afrique centrale, sont touchées par les inondations. Celles-ci prennent depuis quelques années une ampleur inhabituelle alors qu'elles se répètent chaque année au moment de l’hivernage, au plus grand désespoir des habitants.

C’est le cas à Dakar, la capitale sénégalaise, où chaque année, les habitants de plusieurs zones se retrouvent les pieds dans l’eau, notamment au niveau des quartiers de Mbao, Keur Massar, Parcelles assainies… Un scénario se répète à chaque hivernage, de juillet à septembre.

Pourtant, en 2012, le président Macky Sall, nouvellement élu président du Sénégal, a lancé le Programme décennal de gestion des inondations (PDGI) qui a englouti plus de 780 millions d’euros. Si l’installation de canaux de drainage et de 43 stations de pompage des eaux de pluie, à Dakar et dans sa banlieue, a permis d’atténuer la situation, le problème est loin d’être résolu pour de nombreux quartiers. Une autre enveloppe de 45,7 milliards d’euros est promise pour faire face à la perpétuation des inondations.Mais il subsiste un décalage certain entre les montants investis et les résultats obtenus.

Plusieurs facteurs induisent ou aggravent les effets dévastateurs de ces inondations. En premier lieu desquels, l’effet du changement climatique avec la multiplication des pluies torrentielles. Ainsi, pour de nombreux experts, ces crues inhabituelles s’expliquent surtout par le fait que certaines régions du continent sont entrées dans une nouvelle ère hydroclimatique. Le réchauffement climatique global a tendance à provoquer des pluies plus violentes. C’est le cas particulièrement au niveau de l’Afrique de l’Ouest où les périodes sèches, plus sévères, sont interrompues par des pluies violentes.

Cependant, le réchauffement climatique n’explique pas à lui seul les inondations et surtout leur impact sur les populations tenues de trouver des pompes pour évacuer l’eau de leurs demeures.

En second lieu, il y a, en effet, l’absence de systèmes d’assainissement. Beaucoup de capitales africaines sont dépourvue de systèmes de canalisation pour évacuer les eaux usées et les eaux pluviales vers la mer ou vers des centres de traitement des eaux usées.

Et les rares villes qui en sont pourvus ne le sont que partiellement. Souvent hérités de l’ère coloniale ou des premières années d’indépendance, ces de réseaux d’évacuation des eaux usées ne sont pas dimensionnés pour faire face à la pression démographique urbaine actuelle, et encore moins aux fortes précipitations enregistrées en Afrique de l’Ouest ces dernières années.

La plupart des capitales des pays d’Afrique de l’Ouest ne dispose même des systèmes de canalisation couvrant tous les quartiers. Et souvent, les seuls réseaux qui fonctionnent sont ceux des centres villes. Ainsi, une ville comme Nouakchott ne compte presque pas de réseau d’évacuation des eaux usées. Ainsi, il suffit d’une faible pluie, de moins de 30 mm, pour que de nombreux quartiers soient inondés. Et même dans des capitales pourvues de système d’assainissement comme Dakar, les nouveaux quartiers ne sont pas dotés de réseaux d’évacuation d’eau pluviale.

Quand les réseaux d’assainissement existent dans certaines capitales, faute d’entretien adéquat, ils ne fonctionnent pas. C’est le cas de toutes les capitales de la région où les canaux d’évacuation des eaux usées à ciel ouvert deviennent rapidement des dépotoirs pour les citoyens. Cet incivisme contribue à boucher les faibles réseaux d’évacuation d’eaux usées contribuant à aggraver les inondations lors des pluies torrentielles.

Ce, d’autant que, contrairement à ce qui se fait dans de nombreux pays à la veille des saisons des pluies, les services d’assainissement des pays de la région n’anticipent pas les effets des pluies en débouchant les canalisations d’eaux usées avant les premières précipitations. En clair, aucun pays de la région n’accorde de l’intérêt à la prévention. On attend que la catastrophe se produise pour agir.

Par ailleurs, il y a l’effet des constructions dans des zones inondables et l’imperméabilisation des sols. Quelques soient les quantités de pluies reçues, la capacité d’absorption du complexe sol-végétation tend soit à amplifier, soit amortir l’intensité des inondations. Or, dans de nombreux pays de la région, ce complexe est détruit par la déforestation et l’imperméabilité des sols du fait de l’urbanisation galopante et sauvage à cause des constructions anarchiques. Du coup, les infiltrations des eaux des précipitations sont insuffisantes pour évacuer les eaux de pluies.

Cette situation s’explique par les lacunes dans la planification urbaine qui ont poussé, pour plusieurs raisons, les autorités à autoriser les constructions dans des zones inondables. Ainsi, à Dakar, l’un des quartiers les plus touchés par les dernières inondations est Keur Massar. Or, au niveau de ce quartier, la nappe phréatique n’est pas loin de la surface du sol. Du coup, la faible capacité d’absorption du sol et la remontée des nappes phréatiques combinées aux eaux des pluies contribuent à la stagnation des eaux en l’absence de système de canalisation.

Enfin, il y a l’effet de la poussée démographique et la forte concentration des populations dans les grandes villes, notamment dans les capitales africaines. Une situation qui pousse souvent les autorités à mettre en place de nouveaux quartiers pour loger la population. Et malheureusement, souvent ces nouveaux espaces d'habitation, à cause d’un déficit de foncier, sont érigés dans des zones qui étaient autrefois inondables (ancien marais, lit majeur d’un cours d’eau, littoral…). Et avec le retour des pluies torrentielles, les cours d’eau ont tendance à retrouver leur lit majeur emportant à leur passage les constructions anarchiques.

Face à cette situation, les Etats doivent mettre en place des politiques à même d’atténuer les effets de ces inondations. Il faut, entre autre, développer l’agroforesterie, multiplier les petits ouvrages de rétention d’eau, interdire les constructions anarchiques sur les zones inondables et surtout mettre l’accent sur l’assainissement dans les grandes villes. 

Cette situation ne concerne pas uniquement la région ouest-africaine. Elle touche toute la zone sahélienne allant de l’Afrique de l’Ouest à la Corne de l’Afrique, mais aussi des pays d’Afrique centrale. Ainsi, à la mi-août chaque année, de nombreux quartiers de Douala, la capitale camerounaise de plus de 3 millions d’habitants, sont envahis par les eaux et ce, malgré les kilomètres de canalisations construites au cours de cette dernière décennies.

Reste qu’au-delà des inondations qui hantent les nuits des habitants des quartiers de nombreuses capitales africaines durant les hivernages, il y a un signe avant-coureur d’un problème beaucoup plus inquiétant. En effet, certaines capitales et grandes villes africaines pourraient bien devenir inhabitables d’ici quelques décennies, en raison de l’élévation du niveau de la mer, provoquée par le changement climatique. C’est le cas de Lagos, la ville la plus peuplée d’Afrique avec plus de 23 millions d’habitants, de Nouakchott, la capitale mauritanienne, et de nombreuses villes côtières de l’Afrique de l’Ouest. 

Par Moussa Diop
Le 30/08/2021 à 14h42, mis à jour le 30/08/2021 à 16h22