Côte d’Ivoire: «le permis à points», la nouvelle trouvaille pour mettre de l’ordre sur les routes

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Le 03/11/2016 à 18h12, mis à jour le 03/11/2016 à 18h17

Ce sera une innovation de taille dans le milieu du transport routier en Côte d’Ivoire. Le «permis à points» sera bientôt instauré, a annoncé le gouvernement. Une ultime mesure destinée à mettre un terme à l’indiscipline criarde sur les routes ivoiriennes.

Le «permis à points» est la dernière trouvaille du gouvernement ivoirien pour redorer l’image de son secteur routier réputé comme l’un des plus meurtriers du continent, mais surtout mettre au pas les chauffeurs qui font de l’indiscipline une règle de conduite.

A Abidjan, la capitale économique, en effet, mauvais stationnements provoquant ralentissements et bouchons, non respects des feux tricolores et des limitations de vitesse, viol du code de la route, etc., sont devenus des faits si fréquents qu’on y prête peu d’attention. Et des quartiers populaires comme Abobo et Adjamé détiennent la palme de l’indiscipline, en particulier dans les transports publics. Un indice? «Vous allez remarquer que presque tous les taxis communaux, les mini bus (communément appelés «Gbaka») ont en commun la carrosserie gravement cabossée», répondra-t-on dans la capitale, tant les accrochages sont monnaies courantes.

«Un accident même mortel est rarement sanctionné par un retrait de permis, de sorte que les chauffeurs n’ont aucune retenue» croit savoir Yacouba Dembélé, fonctionnaire, habitué des fameux «gbaka» qui ont pour particularité vitesse, indiscipline et accidents fréquents.

«Le manque d’un système de sanction efficace pousse tout le monde à l’indiscipline comme par rouler sur le trottoir lors des embouteillages», renchérit un autre agent public.

Les régimes ivoiriens successifs ont eu beau jeu à se montrer menaçant sans pouvoir jamais changer les habitudes. Se faisant l’écho de fraudes sur le permis de conduire, une première réforme avait eu lieu en 2008 avec l’instauration du permis de conduire biométrique en format carte de crédit(en remplacement de celui à plusieurs volets), puis une seconde en 2014, toujours avec la promesse de rendre le document infalsifiable. Mais rien n’y fit : ni la mauvaise conduite, ni les soupçons de fraude n’ont totalement disparus.

En 2015, selon les chiffres de l’OSER, l’office de la sécurité routière, 10.632 accidents de circulations ont été enregistrés sur les routes ivoiriennes faisant 883 morts. Et le facteur humain est mis en cause dans 94% des cas.

Le gouvernement ivoirien n’a pas encore donné de détails sur les contours de son ultime solution destinée à rendre ses routes plus sûrs, laissant le champ à toute sorte d’interrogations : si le système de contravention (qui n’a en réalité généré que plus de corruption des agents des forces de l’ordre) n’a eu l’effet escompté, ce mécanisme suffira-t-il bouleverser les vieilles habitudes? La question reste posée en attendant la mise en œuvre effective du nouveau système.

Par Georges Moihet (Abidjan, correspondance)
Le 03/11/2016 à 18h12, mis à jour le 03/11/2016 à 18h17