Gisements d’or. En Afrique, c’est la ruée vers le raffinage: les pépites attendues par les pays producteurs

La Royal Ghana Gold Refinery, d'un coût de 450 millions de dollars, a une capacité de traitement de 400 kilogrammes d’or/jour, soit 120 tonnes par an.

Le 13/10/2026 à 15h42

L’Afrique, qui ne disposait que d’une seule raffinerie d’or jusqu’en 1988, en compte actuellement une douzaine pour autant de pays producteurs. Raffiné localement et coulé en lingots, cet or permettra une plus grande création de valeur ajoutée, d’emplois formels et de dividendes dont ont besoin les économies du continent. Cependant, raffiner ne suffit pas. Il faudrait également faire sauter le verrou de l’accréditation internationale LBMA que seule la raffinerie sud-africaine est détentrice en Afrique.

L’Afrique produit environ 25% de l’or brut mondial, selon le Conseil mondial de l’or, mais à peine 10% de la production est raffinée localement, selon l’Association du Marché des Lingots de Londres (LBMA).

L’or du continent est exporté à l’état brut par les multinationales qui exploitent les gisements aurifères du continent. Le raffinage est réalisé par une poignée de pays: Suisse, Belgique, Turquie, Émirats arabes unis, Chine, Inde, Canada…

En conséquence de quoi, ce sont les multinationales et ces pays raffineurs qui profitent le plus de l’envolée du cours du métal jaune.

Le prix tel que fixé à Londres est celui de l’or raffiné et moulé en lingots pur et non l’or brut exporté par les pays africains. Les producteurs africains ne bénéficient que très faiblement de la forte hausse des cours du métal jaune, sous formes de royalties, dividendes, impôts et taxes.

Seule l’Afrique du Sud était réellement intégrée dans le circuit du raffinage de l’or au niveau du continent et ce depuis plus d’un siècle.

Ce paradoxe s’explique par des contraintes structurelles et règlementaires, mais aussi par la mauvaise gouvernance, le manque de vision stratégique et la corruption qui font que l’Afrique exporte son or à l’état brut, sans valeur ajoutée, perdant par là richesses et emplois.

Toutefois, les politiques souverainistes et les stratégies de transformation locale des ressources naturelles commencent à changer la donne.

L’envolée du cours de l’or, lequel a franchi le seuil historique de la barre des 5.000 dollars l’once en février dernier, alimentée par les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques, a incité les pays africains à miser davantage sur le raffinage local de l’or et en tirer le maximum de revenus.

Le raffinage d’or, qui consiste à éliminer les impuretés et transformer le minerai brut en lingots d’or pur de 24 carats pouvant être vendu sur le marché, ne nécessite pas de gros investissements.

Les unités de raffinage les plus sophistiquées sont celles qui permettent la production de lingots d’or pu à 999,9‰, le plus haut degré de pureté possible de l’or. Ces installations comprennent, entre autres, une salle de contrôle, un scanner et une section de raffinage (machine d’électrolyse, salle de moulage et laboratoire d’analyse).

Bien que la construction d’une raffinerie ne soit pas capitalistique, les multinationales qui exploitent l’or en Afrique ont toujours rechigné à en construire, cantonnant l’Afrique à un statut de pourvoyeur de brut, avec la bienveillante complicité des dirigeants africains corrompus et/ou dépourvus de visions stratégiques.

Résultat, plus de 70% de l’or extrait officiellement au niveau du continent est raffiné à l’étranger. Si on y ajoute l’or extrait de manière informelle et qui emprunte des voies parallèles, ce sont 90% de la production d’or du continent qui sont raffinés à l’étranger.

Le reliquat est raffiné au Rand Refinery d’Afrique du Sud. Créée en 1920, celle-ci raffine l’or brut de plusieurs pays d’Afrique: Ghana, Afrique du Sud, Tanzanie, Namibie, RDC… L’unité est actuellement la seule raffinerie africaine d’or accréditée par la LBMA sur 67 dans le monde.

Les raffinerie suisses (Metalor et MKS Pamp) raffinaient l’or brut d’une quinzaine de pays: Nigeria, Maroc, Tanzanie, Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso, Ghana, Guinée, Mali…

Fort heureusement, la donne a radicalement changé. Actuellement, on compte une douzaine de raffineries d’or implantées ou en cours d’implantation en Afrique: Afrique du Sud, Zimbabwe, Rwanda, Ghana, Nigeria, RD Congo, Gabon, Burkina Faso, Guinée, Éthiopie, Mali et Tanzanie.

Après l’Afrique du Sud, le Zimbabwe a été le deuxième pays africain à se doter d’une raffinerie: Fidelity Gold Refinery. Celle-ci, entrée en activité en 1988, est une filiale 100% de Mutapa Investment Fund (fonds souverain du Zimbabwe), agit en tant qu’acheteur, raffineur et exportateur officiel d’or pour le compte de l’État.

La raffinerie avait obtenu l’accréditation LBMA en 1989 avant de la perdre en 2008 lorsque la production d’or du pays est tombée en dessous du seuil minimal requis de 10 tonnes par an. Avec la hausse de la production, Fidelity Gold Refinery essaie d’obtenir une nouvelle accréditation LBMA, sans lequel l’or zimbabwéen subirait une décote sur les cours internationaux.

Ces deux pays ont été rejoints par le Rwanda, qui a initié le mouvement de raffinage de l’or africain en lançant Gasabo Gold Refinery en 2019. Bien qu’étant un producteur négligeable avec une production n’atteignant pas 0,5 tonne par an, cela n’a pas empêché le pays d’exporter pour environ 1,5 milliard de dollars d’or en 2024, grâce au raffinage d’or brut importé et/ou de transit pour être raffiné.

Depuis, c’est la ruée vers les raffineries en Afrique. Chaque producteur d’or en veut une dans son pays. Le Ghana, premier producteur d’or africain avec 140 tonnes par an, a inauguré le 8 août 2024 la Royal Ghana Gold Refinary dotée d’une capacité de traitement pouvant atteindre 400 kilogrammes d’or par jour avec une pureté de 99,99% (24 carats) conformément aux standards internationaux.

Pour approvisionner sa raffinerie, le Ghana s’est assuré du rachat en monnaie locale de 30% de la production des grandes compagnies aurifères via Ghana Gold Bod. Une politique qui a permis à la Banque centrale d’augmenter sensiblement ses réserves de change.

Le leader africain de la production d’or s’est fixé comme objectif l’obtention de la certification LBMA à l’horizon 2030.

La RD Congo a inauguré, le 11 mars 2026 à Kalemie, la DRC Gold Refinery, fruit d’un partenariat entre l’entreprise publique DRC Gold Trading et la société privée Lunga Mining. Cette installation industrielle est dotée d’une capacité estimée entre 500 et 600 kilos d’or par mois, soit environ 7,2 tonnes par an avec une production de lingots d’une pureté de 99,9%.

Le gouvernement congolais compte implanter d’autres unités de transformation dans différentes régions du pays: Kinshasa, Maniema, Grande Orientales et le Grand Kasaï. En 2024, le pays a exporté 28 tonnes d’or, dont 1,O8 provenaient du secteur artisanal.

Le Burkina Faso, troisième producteur d’or africain en 2025 avec 95 tonnes, a inauguré le 29 septembre 2026 la Raffinerie national d’Or du Burkina Faso (Raffinor-BF) dont la construction a démarré en novembre 2023.

D’un investissement initial de 19 millions de dollars, supporté par l’État et les privés burkinabè, Raffinor-BF est dotée d’une capacité de traitement initiale de 164 tonnes par an, extensible à terme à 515 tonnes. «Le Burkina Faso a franchi une étape historique dans sa quête d’indépendance économique», s’est réjoui le président burkinabè Ibrahim Traoré, ajoutant: «notre ambition n’est plus d’être juste un pays qui extrait et qui envoie sa matière première dehors. Nous voulons affiner tous nos métaux sur place (…) Nous voulons avoir toute la chaine de valeur sur place». L’or est la principale ressources minière du pays.

En 2025, le pays a produit 94 tonnes d’or, figurant en troisième position des producteurs africains. Un nouveau code des investissements permet à l’État burkinabè de détenir au moins 35% du capital des sociétés exportatrices.

La Guinée, très riche en ressources minières (fer, bauxite, or, diamant,…), mise sur la transformation locale pour créer de la valeur ajoutée et des emplois. Concernant le volet aurifère, Conakry dispose d’une raffinerie dénommée Nimba Gold Refinery. Implantée dans le quartier de Gbessia/BCIA à Conakry, celle-ci est entrée en activité et a expédié ses premiers lingots d’or raffinés le 9 octobre 2026.

Cette unité, dotée d’une capacité de traitement de 2.000 kilogrammes d’or par jour, extensible à 4.000 kilogrammes, est considérée comme la plus grande raffinerie d’or d’Afrique.

Pour l’approvisionner, un décret présidentiel a instauré un registre national de traçabilité de l’or qui impose aux producteurs d’approvisionner en priorité les raffineries agréées sur le territoire.

Afin de favoriser le raffinage local, la Guinée a interdit toute exportation d’or brut. Pour rendre cette interdiction solennelle, le président Mamadi Doumbouya a convoqué, le 19 juin 2026 à Conakry, l’ensemble des opérateurs miniers du pays pour leur notifier la décision. «L’or guinéen sera fondu, certifié et valorisé en Guinée avant d’être exporté vers les marchés internationaux», a t-il souligné avant de menacer de suspendre l’agrément de tout contrevenant.

Le décret du 8 juillet prévoyait une période transitoire de 90 jours arrivé à expiration le 6 octobre 2026. Depuis, tout l’or extrait dans le pays doit être affiné dans une installation agréée à une pureté minimale de 95,5%, avant de pouvoir être exporté.

En 2025, les exportations d’or brut de la Guinée sont estimées à 70 tonnes dont 50 provenant des mines artisanales et 20 des unités industrielles. Si la Guinée parvient à raffiner in situ l’or extrait dans le pays avant de l’exporter, cela pourrait générer près de 10 milliards de dollars par an de recettes.

Dans le même sillage, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a inauguré le 10 octobre 2026 la première raffinerie d’or du pays. Implantée dans la Zone économique spéciale de Bole Lemi à Addis-Abeba, la National Precious Metals Refinery a nécessité un investissement d’environ 50 millions de dollars, porté par une co-entreprise au sein de laquelle Ethiopian Investment Holding, la holding publique, détient une participation majoritaire.

La raffinerie propose des prestations couvrant la fonte, les essais, l’affinage, le raffinage, le moulage et la fabrication de lingots d’une pureté élevée de 99,90% à 99,99% pour les producteurs locaux dominés par les mineurs artisanaux et régionaux. Elle offre aussi le service de certification de l’or raffiné. «Elle permet aux pays voisins et aux compagnies minières de la région d’apporter leur or en Éthiopie pour un raffinage avancé, sa certification, sa valorisation et sa vente, sans devoir l’exporter hors du continent», s’est félicité le Premier ministre Abiy Ahmed.

Contrairement aux pays ouest-africains où chacun construit sa raffinerie, l’Éthiopie se positionne comme un centre de raffinage pour les pays est-africains. Actuellement, l’Éthiopie est un producteur moyen avec 44 tonnes en 2025-2026 qui ont généré 5,65 milliards de dollars de recettes, grâce à l’envolée du cours du métal jaune, dépassant ainsi les 3 milliards de dollars issus des exportations de café.

La production en augmentation reste très largement dominée par le secteur artisanal. Ce dernier a ainsi fourni 40,86 tonnes, contre 3,21 tonnes pour les compagnies titulaires de licences minières. Avec le raffinage local, l’Éthiopie souhaite capter davantage de valeur ajoutée issue de sa production d’or.

Au Mali, les autorités ont lancé en juin 2025 la construction de la raffinerie SOROMA-SA à Bamako, en partenariat avec un groupe russe. Cette unité, dotée d’une capacité d’environ 120 tonnes par an, permet de raffiner la totalité de la production actuelle du pays.

Idem pour la Côte d’Ivoire dont l’entrée en production de la première raffinerie du pays portée par la Société ivoirienne des métaux précieux (SIMEP) est prévue pour le premier semestre 2027 avec une capacité de traitement de 100 tonnes de métal jaune par an.

Au final, on compte aujourd’hui une douzaine de raffineries en activité et/ou en cours de réalisation: Afrique du Sud, Zimbabwe, Rwanda, Ghana, Tanzanie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Mali, RD Congo, Nigeria…

À travers ces raffineries déjà fonctionnelles et d’autres en cours de réalisation, les pays producteurs africains cherchent, d’abord, à capter davantage de valeur ajoutée issue de leurs ressources minières, notamment l’or dont la transformation ne nécessite pas de technologies et de process complexes.

Ensuite, le raffinage permet aux États africains de renforcer la traçabilité de leur or et de lutter contre l’informel, la contrebande et les pertes de revenus. Et afin de réussir leur pari du raffinage local, la Guinée, le Burkina Faso et le Mali ont décidé d’interdire l’exportation d’or brut.

En outre, le raffinage local contribue à alimenter les réserves de change des Banque centrales du continent. Enfin, le raffinage d’or vise à augmenter sensiblement les recettes d’exportations.

Reste qu’implanter des raffinerie ne suffit pas. Les nombreuses raffinerie d’or présentes en Afrique souffrent encore d’un problème d’accréditation. En effet, seule Rand Refiney d’Afrique du Sud dispose encore aujourd’hui de l’accréditation LBMA sur le continent. Un obstacle qui fait que l’Afrique du Sud soit le principal importateur d’or brut africain destiné au raffinage.

Or, sans le label LBMA, il sera difficile d’écouler sur les marchés internationaux l’or raffiné en Afrique aux meilleures conditions.

Il serait par conséquent judicieux que les pays africains disposant de raffineries convainquent les banques centrales qui souhaitent renforcer leurs réserves en or et les négociants mondiaux, que l’or raffiné en Afrique offre davantage de garanties de traçabilité que celui labellisé LBMA. Cette démarche leur permettra d’éviter des décotes importantes par rapport au cours de l’once d’or en vigueur sur le marché mondial.

Malgré cet obstacle, il est beaucoup plus avantageux pour les pays africains d’exporter des produits raffinés localement, même à des taux de pureté moins élevés, que d’exporter leur or à l’état brut.

Et pour réussir le pari du raffinage, les pays africains devraient encadrer et formaliser la production artisanale pour améliorer la professionnalisation du secteur extractif et encourager la commercialisation via des circuits officiels attractifs.

La démarche entreprise par la Banque nationale d’Éthiopie qui a proposé aux mineurs artisanaux des prix supérieurs aux cours internationaux pour les inciter à céder leur production à des canaux formels, devrait inspirer les autres pays.

Enfin, et pour une réelle industrialisation du raffinage de l’or sur le sol africain, les producteurs du continent devraient se conformer aux normes afin d’obtenir le label LBMA, ce qui leur permettra de tirer pleinement profit du cours de l’or sur le marché international.

Par Moussa Diop
Le 13/10/2026 à 15h42