Burkina Faso. L’or nourrit et tue: l’orpaillage clandestin, ce «mal nécessaire»

Le 19/09/2026 à 09h45

VidéoPlus d’un million de Burkinabé, sur une population de près de 25 millions d’âmes, vivent de l’orpaillage clandestin. Cette activité très ancienne, n’est pas sans risque pour les mineurs et menace l’environnement, pollué par des métaux lourds. Au premier semestre 2026, le Burkina Faso a produit 55 tonnes d’or dont 29 ont été extraites par le du sous-secteur artisanal.

À Ouagadougou, parents et citoyens s’interrogent: l’orpaillage permet-il réellement aux familles de sortir durablement de la précarité, ou crée-t-il davantage de problèmes qu’il n’en résout?

Pour Patrice Bado, c’est une réalité qui aujourd’hui attire les jeunes en quête d’argent. Mais elle n’est pas sans risque. Si certains reviennent avec des revenus qui permettent de soutenir leurs familles, d’autres connaissent des difficultés sur les sites d’orpaillage.

«L’orpaillage clandestin est une activité qui attire les jeunes en quête de revenus stables. Mais il y a danger. Beaucoup de ces jeunes gens, quand il décident de travailler dans l’orpaillage, ne le disent pas à leurs parents, car ils sont conscients des dangers que représente un tel travail. Ils leur disent simplement qu’ils veulent juste aller se faire un peu d’argent et pouvoir avoir une meilleure qualité de vie», estime Patrice, jeune fonctionnaire.

Ce témoignage rejoint ceux recueillis par les auteurs d’une enquête intitulée «Orpaillage filonien et facteurs d’ancrage territorial au Burkina Faso: le cas de la commune de Kampti». En introduction, les auteurs rappelle que l’orpaillage est une ancienne pratique des populations du Sud-ouest du Burkina Faso, mais la reprise contemporaine de cette activité par des artisans exogènes est intervenue au début des années 2000.

Dans cette étude, l’une des personnes interrogées affirme que «l’orpaillage est considéré comme une bonne chose, un mal nécessaire, car il permet aux orpailleurs autochtones de subvenir aux besoins de leur famille et de s’occuper des soins médicaux».

Entre amélioration du quotidien, accidents et incertitudes, les témoignages restent partagés. Omar Nakebo, un citoyen, a sa petite idée du phénomène. Dans son entourage, certains de ses proches ont soit bénéficié, soit subi les revers de l’orpaillage clandestin.

«J’ai un ami qui a réussi dans l’orpaillage clandestin, il est revenu pour construire une maison, on peut dire qu’il a eu de la chance. Cependant, je connais également une famille qui a perdu l’un de ses fils sur un site d’exploitation artisanale et les parents ont appris sa mort le jour même de l’annonce par les autorités», explique -t-il.

Car des accidents, parfois mortels, ne sont pas rares dans ces mines artisanales, et sont même à répétition. Dernier en date avec un lourd bilan a eu lieu en 2022. Au moins 59 mineurs avaient alors perdu la vie dans une explosion survenue dans une mine d’or artisanale à Gomgombiro dans le sud-ouest du pays.

En août 2017, huit personnes avaient été tuées et cinq autres blessées dans l’éboulement d’un site d’orpaillage artisanal à Nagriré (commune de Gogo), dans le centre du Burkina Faso.

Selon diverses sources, «le secteur aurifère officiel compte quelque 15.000 emplois directs et 50.000 emplois indirects. Mais le sous-secteur artisanal, aussi appelé orpaillage, emploie 1,5 million de personnes, et génère une production annuelle supplémentaire d’environ 10 tonnes d’or», selon le ministère des Mines.

Qu’à cela ne tienne, Ibrahim Ouattara soutient pour sa part que l’orpaillage clandestin peut être une opportunité s’il est encadré.

«L’orpaillage clandestin peut être une opportunité s’il est encadré. Présentement, beaucoup de jeunes s’adonnent à la pratique. Ils travaillent généralement dans des conditions difficiles. Une fois sur les sites, il leur est pratiquement difficile de se nourrir convenablement», déplore Ibrahim Ouattara, un étudiant.

Au-delà des revenus, l’orpaillage clandestin pose des risques pour l’environnement. Face à ce phénomène, plusieurs gouvernements africains renforcent la réglementation et les actions de contrôle, tout en cherchant des alternatives économiques pour les jeunes.

Au premier semestre 2026, le Burkina Faso a produit 55 tonnes d’or dont 29 tonnes ont été extraites par le du sous-secteur artisanal, selon le ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Gouba.

Enfin, l’environnement aux alentours des mines est durablement pollué par les techniques d’extraction de l’or qui font usage de mercure et de cyanure.

Par Jean Paul Windpanga Ouédraogo (Ouagadougou, correspondance)
Le 19/09/2026 à 09h45