Côte d’Ivoire. Orpaillage clandestin et industries peu scrupuleuses prospèrent au mépris de l’environnement

Côte d’Ivoire. Comment l’orpaillage clandestin et l’industrie dévorent le patrimoine hydrique

Le 23/05/2026 à 14h19

Réunis à Abengourou, les industriels ont entendu le directeur du Centre public ivoirien antipollution dresser un réquisitoire contre le laisser-faire environnemental. Son message, qui mêle appel au civisme économique et menaces à peine déguisées, illustre la fragilité d’un pays où le Code de l’environnement reste une option, pas une obligation.

Quand le directeur du Centre public ivoirien antipollution (CIAPOL) doit convaincre des industriels qu’une étude d’impact n’est pas une contrainte mais un avantage concurrentiel, n’est-ce pas là l’aveu que, des années après les lois, la régulation environnementale ivoirienne fonctionne encore l’humeur des décide bonne volonté ?

La Côte d’Ivoire traverse une véritable crise environnementale due à l’orpaillage clandestin et à certaines activités industrielles qui ne respectent pas les normes environnementales, alerte le CIAPOL.

«Aujourd’hui, l’orpaillage clandestin et certaines activités industrielles mettent gravement en péril les ressources hydriques», indique le directeur du CIAPOL, Yapo Ossey Bernard lors d’une rencontre de sensibilisation des industriels sur le respect des normes environnementales tenue dans la ville d’Abengourou.

Le responsable préconise le renforcement de la vigilance et des mécanismes de prévention, citant la récente mortalité massive de poissons dans le fleuve Bandama, après le déversement accidentel de près de 4.000 tonnes de mélasse par une unité sucrière.

Le directeur du CIAPOL a appelé les opérateurs économiques au strict respect des normes environnementales, afin de préserver les ressources naturelles, notamment les cours d’eau menacés par l’orpaillage clandestin et certaines activités industrielles.

De même, il s’est dit favorable à l’obligation pour toute entreprise de réaliser une étude d’impact environnemental et social avant son installation, puis de déclarer ses activités au CIAPOL afin de se soumettre à des inspections régulières.

«Le Code de l’environnement ne doit pas être perçu comme une contrainte, mais comme un cadre garantissant une activité économique responsable et durable», soutient Yapo Ossey Bernard, estimant qu’une entreprise respectueuse des normes environnementales renforce sa compétitivité et sa crédibilité.

La Côte d’Ivoire ne fait pas face à une simple accumulation d’incidents, mais à une crise que le directeur du Centre ivoirien antipollution qualifie de «véritable crise environnementale», un terme qui, dans la bouche d’un responsable public, trahit une inquiétude bien plus aiguë que ne le suggère la langue policée des communiqués.

L’image des milliers de poissons morts flottant sur le Bandama, victimes d’un déversement accidentel de près de 4.000 tonnes de mélasse par une sucrerie, agit comme un révélateur brutal.

Ce n’est pas un simple accident industriel, c’est le symptôme d’un pourrissement plus profond des équilibres hydriques, patiemment minés par deux forces qui agissent souvent en parallèle: l’orpaillage clandestin, véritable gangrène des têtes de bassin, et un tissu industriel dont le respect des normes semble encore trop dépendre de rappels à l’ordre.

Ce qui sidère, à la lecture de l’alerte lancée depuis Abengourou, c’est la manière dont le CIAPOL est contraint de rappeler aux opérateurs économiques des évidences: réaliser une étude d’impact avant de s’installer, déclarer ses activités, accepter des inspections.

Autrement dit, en 2026, il faut encore plaider pour que le Code de l’environnement ne soit pas perçu comme une contrainte, mais comme un cadre de survie collective.

Yapo Ossey Bernard l’exprime avec franchise: une entreprise respectueuse des normes renforce sa compétitivité. Le message est habile, car il parle le langage du profit à un secteur qui ne jure que par lui, mais il masque à peine un constat d’échec préventif.

Pendant que les discussions d’Abengourou tournent autour des nuisances sonores, des mauvaises odeurs et de la dégradation des sols, ce sont les fleuves entiers qui changent de couleur, empoisonnés par le mercure des orpailleurs illégaux et les rejets organiques massifs.

La crise environnementale ivoirienne se distingue ainsi par un paradoxe typique des puissances économiques africaines en transition accélérée: le pays affiche des ambitions de développement durable et industriel, mais son régulateur semble encore contraint de courir après des catastrophes annoncées, plutôt que de les devancer.

L’épisode du Bandama n’est pas un fait divers, mais la preuve que les mécanismes de prévention, que le directeur appelle pourtant de ses vœux, demeurent largement théoriques.

Ce qui est fait, ou plutôt pas fait, parle plus fort que les discours de sensibilisation: à l’instant même où le CIAPOL exhorte à la vigilance, des unités sucrières déversent des tonnes de mélasse et des puits clandestins relâchent des boues toxiques dans l’indifférence des bassins éloignés de la capitale.

La Côte d’Ivoire se démarque donc en mal, non par la gravité absolue de ces faits (d’autres nations voisines les connaissent), mais par le décalage troublant entre la conscience aiguë du problème, énoncée depuis une institution publique, et l’impuissance manifeste à enrayer sa répétition.

Le fleuve meurt, le CIAPOL alerte, les industriels écoutent poliment, et le cycle recommence, pendant que la moindre pluie lessive les sols dégradés vers des cours d’eau déjà agonisants. Voilà la photographie d’une nation où l’or et le sucre coulent à flot, mais où l’eau vitale s’épuise en silence.

Par Le360 (avec MAP)
Le 23/05/2026 à 14h19