Tabaski au Mali: à Bamako, on préfère le meuglement au bêlement

des moutons en vente au foirail de Bamako.

Le 19/05/2026 à 14h31

VidéoÀ une dizaine de jours dix de l’Aïd El-Adha, les foirails de Bamako font le plein de bêtes destinées au sacrifice, malgré les menaces terroristes d’assiéger la capitale. Mais le prix de l’ovin oblige les clients à recourir aux achats groupés de bœufs.

L’annonce d’un blocus autour de Bamako avait suscité la crainte chez les éleveurs et revendeurs de moutons. Mais avec la sécurisation de certains axes routiers, plusieurs éleveurs et vendeurs ont regagné la capitale malienne sans difficultés majeures.

Au regard de la situation d’insécurité qui prévaut au Mali, le prix des moutons pour la fête a pris l’ascenseur. Alors, certains Bamakois ont opté pour le bœuf dont l’acquisition se fait par groupes («tontines de viande») et par conséquent revient moins cher que le mouton vendu à des prix qui donnent le vertige.

Abdoulaye Guindo est de ceux-là et ce sont les 175.000 FCFA exigés pour un ovin, lui qui n’en avait que 125.000, qui ont fini par le convaincre de préférer le beuglement au bêlement. «Les prix sont plus élevés comparativement à l’année précédente. Dans ce cas, je préfère acheter un bœuf».

Lassina Diakité lui apporte une autre explication à la cherté des moutons. Pour lui, c’est le déguerpissement des parcs à bétail de la capitale malienne qui ont poussé les revendeurs a augmenté les prix, «les moutons qui valaient 50.000 fcfa l’an passé sont actuellement proposés à 100.000».

Lassina Diakité fait allusion à la décision prise par les autorités en octobre 2024 de délocaliser les parcs à bétail situés en plein cœur de Bamako. Cette décision a fait suite à l’attaque terroriste du 17 septembre de la même année et qui avait ciblé l’école nationale de la gendarmerie et l’aéroport de la capitale.

Délocalisation ou pas, il estime que les moutons sont vendus à des prix qu’il souhaiterait voir baisser à un niveau qui soit à la portée de la majorité de ceux qui souhaitent observer le sacrifice de l’Aïd El-Adha. Pour ce faire, il a invité les autorités à prendre des mesures face à cette inflation.

Mambi Sow, maquignon depuis des décennies dans la région de Mopti, est venu à la capitale pour écouler ses bêtes. Mais cette année dit-il «le pays traverse des périodes difficiles. Je suis parvenu malgré les difficultés à rejoindre Bamako avec mes moutons. Il faut que nos clients comprennent que le commerce repose sur le principe de l’offre et de la demande. Pour les clients, les prix des mouton sont élevés, tandis que les vendeurs considèrent qu’ils ne le sont pas étant donné le coût du transport et le prix de l’aliment pour bétail».

Allant dans le même sens, Issa Traoré, vendeur de moutons, estime que «les prix sont déterminés en fonction des conditions d’élevage incluant notamment les frais de transport et de l’alimentation». Selon lui, «il est essentiel que les clients soient conscients de la crise actuelle qui affecte tous les secteurs économiques du pays».

Par Diemba Moussa Konaté (Bamako, correspondance)
Le 19/05/2026 à 14h31