Tabaski à Dakar: «Je n’arrive même plus à vendre des arachides», au foirail de Rufisque, la crise écorne les petits métiers

Des moutons au niveau du foirail de Rufisque.

Le 15/05/2026 à 08h55

VidéoBêlements des moutons plus discrets, marchandages infructueux, charrettes à l’arrêt... que le temps des Tabaski profitables à tous semble lointain. A Rufisque, les petits métiers pâtissent d’une crise qui s’éternise.

Au-delà des vendeurs de moutons, ce sont toutes les activités annexes qui souffrent. Vendeurs de foin, restauratrices, transporteurs ou petits commerçants, tous dressent le même constat, celui d’une campagne morose marquée par la baisse du pouvoir d’achat et la rareté des clients.

Assis à côté de ses sacs de foin, Ibrahima Diack regarde les acheteurs passer sans s’arrêter. Pour lui, la hausse des prix a cassé la dynamique du marché. Et les vendeurs de bétail, eux-mêmes en difficulté, n’arrivent plus à suivre. «Le foin est cher, le sac coûte 8.000 FCFA. Les vendeurs de moutons ont du mal à en acheter. La somme avec laquelle on pouvait avoir 20 sacs ne permet maintenant que d’en obtenir 10»

Un peu plus loin, les vendeurs de moutons tentent malgré tout d’attirer les rares clients. Les discussions s’éternisent, mais se terminent souvent sans accord.

Le regard inquiet, Abou Ndiaye explique que nourrir les animaux sans parvenir à les vendre devient un véritable casse-tête financier. «Les gens viennent, demandent les prix puis rebroussent chemin. Ils n’ont pas d’argent. Pour nous, qui devons nourrir nos bêtes sans réaliser de ventes, c’est l’inquiétude. Cela explique aussi la cherté du bétail.»

Dans les allées du foirail, certains continuent de se battre malgré l’âge et les difficultés physiques. Depuis plusieurs décennies, Aïcha Diallo vit au rythme des saisons de Tabaski. Mais aujourd’hui, même les petites ventes ne suffisent plus à faire rentrer de l’argent.

Assise, elle raconte avec émotion comment son activité a progressivement décliné. «Je suis ici depuis 40 ans. À l’époque, j’avais encore de la force et je vendais le petit-déjeuner ainsi que le déjeuner. Mais je suis handicapée depuis 10 ans maintenant, et je ne peux plus vendre que des arachides et de l’eau. Et même cela, ça ne marche pas.»

Le ralentissement du marché touche également les charretiers, indispensables dans le transport des animaux et des marchandises. Eux aussi dépendent directement des ventes de moutons pour espérer gagner leur journée.

Adossé à sa charrette, Ousmane Kébé décrit une situation qu’il juge bien différente des années précédentes, avec des clients de plus en plus rares. «On rend grâce à Dieu, mais notre activité ne marche pas. Je travaille dans le transport par charrette; si les gens n’achètent pas de moutons, notre activité ne tourne pas. Contrairement aux années précédentes, c’est la crise partout. Le pays est à l’arrêt, les gens n’ont pas d’argent.»

Au foirail de Rufisque, la Tabaski approche donc dans une ambiance inhabituelle. Derrière les enclos remplis de bétail, ce sont des dizaines de petits métiers qui tentent de survivre dans un contexte économique difficile. Et ici, chacun espère encore un sursaut de dernière minute pour sauver une campagne qui, jusque-là, peine à convaincre.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 15/05/2026 à 08h55